15èmes journées pharmaceutiques du centre

La révision de la loi 55/73, les intoxications, ainsi que les allergies médicamenteuses ont fait l’objet des 15èmes journées pharmaceutiques du centre, organisées les 10 et 11 avril  à Sousse, à l’initiative du Conseil régional de l’Ordre des pharmaciens du centre et avec la participation d’un grand nombre de pharmaciens exerçant dans les régions du nord, du centre et du sud. S’inscrivant dans le cadre de la formation continue des pharmaciens, cette manifestation a permis aux participants de prendre connaissance des nouveautés dans le domaine pharmaceutique. Ce rendez-vous de Sousse  a aussi   été une  occasion unique d’échanger, de découvrir et de partager un moment agréable autour de trois  ateliers : la gestion du stress, les dermatoses courantes en officine et le pharmacien et les dispositifs médicaux.  

 

Kamel Bouaouina

Pour cette année, les thèmes choisis ont tourné autour des intoxications liées aux médicaments. « L’usage exagéré, voire abusif, des médicaments, explique Abderrahmane Ben Slimane, président du Conseil régional de l’Ordre des pharmaciens du centre, est une des conséquences de l’évolution du niveau socioculturel de la population. Les effets néfastes ne tarderont pas à apparaître, conduisant généralement à des drames. Drames qui pourraient être évités avec une bonne éducation sanitaire et une plus grande vigilance de la part du pharmacien, éducateur sanitaire par excellence ». Le sujet s’insère dans la continuité logique des différents thèmes sélectionnés pour les dernières sessions : il fait suite au thème des médicaments psychotropes en 2013 et à celui des médicaments en gériatrie en 2014.

Il s’agit ainsi de démontrer l’ampleur des intoxications par les médicaments, leur fréquence, leurs causes, leur prise en charge et leur prévention. Azza Sammoud, professeur en pédiatrie à l’hôpital Béchir Hamza de Tunis, a précisé que les  intoxications médicamenteuses accidentelles de l’enfant sont un vrai problème de santé publique et représentent une cause fréquente d’admission dans les services d’urgences pédiatriques. Les médicaments sont responsables de plus d’une intoxication sur deux, la quantité de médicaments pouvant en provoquer dépendant de la substance prise. Certains médicaments sont plus toxiques que d’autres et tout dépend du poids du sujet. Les jeunes enfants peuvent, par exemple, être intoxiqués en absorbant quelques comprimés seulement d’un produit dosé pour les adultes. On observe deux pics de fréquence, 3 ans (ingestion accidentelle, prédominance masculine) et 14 ans (intoxication volontaire, volontiers poly-médicamenteuse, prédominance féminine).

Les enfants présentent des spécificités uniques en toxicologie médicale. En effet, certains médicaments sont extrêmement dangereux pour les plus jeunes, alors même qu’ils ne sont exposés qu’à des quantités paraissant insignifiantes. Si les vomissements provoqués sont définitivement à proscrire, le lavage d’estomac et le charbon activé restent en bonne place dans la prise en charge en aigu. Il existe des antidotes mais leur utilisation raisonnée doit être basée sur la balance bénéfice/risque de leur administration chez l’enfant. Les principaux médicaments responsables d’intoxications graves sont ceux ayant une action sur le système nerveux central, sédatifs, hypnotiques, anticonvulsivants, antidépresseurs, morphiniques… Certains gestes sont alors à proscrire en cas d’intoxication par de tels produits, comme le lavage gastrique, les vomissements provoqués, l’ingestion d’eau ou de lait. Les pharmaciens, en tant que professionnels de santé, ont donc la responsabilité d’intervenir à chaque étape du circuit du médicament afin d’y appliquer les moyens de prévention.

 

Les allergies médicamenteuses

 

Le Dr  Samira Aouadi, spécialiste en pneumo-allergologie à l’hôpital Abderrahmane Mami de l’Ariana, s’intéresse aux allergies médicamenteuses. Comment s’expriment-elles ? Quels en sont les facteurs favorables ? Qui touchent-elles le plus ? Comment s’en prémunir ? Les médicaments sont des moyens thérapeutiques indispensables à la médecine contemporaine mais, malgré leurs effets bénéfiques incontestables, ils peuvent être responsables de nombreuses réactions allergiques. L’allergie médicamenteuse est due à la sensibilisation de l’organisme, directement liée au médicament lui-même ou, le plus souvent, aux métabolites dérivés de ce médicament. Elle se constate dans 10 % des prises médicamenteuses, même si tous les médicaments peuvent provoquer des allergies. Les antibiotiques, quant à eux, représentent 50 % des allergies médicamenteuses. Parmi celles attribuées à des médicaments, seuls environ 25 % sont d’origine réellement médicamenteuse. Les manifestations allergiques médicamenteuses vont de la simple irritation cutanée à l’arthrite et aux problèmes rénaux. La réponse de l’organisme peut concerner plusieurs systèmes mais la peau est le plus souvent affectée. Ces réactions sont très variées, pouvant être redoutables, dans la mesure où la réponse de l’organisme est brutale,  et mettre une vie en danger. Tout effet indésirable d’allure allergique lors de prises médicamenteuses doit être considéré comme une réaction d’hypersensibilité, jusqu’à preuve du contraire, et doit induire, au moins temporairement, la suspension du traitement. La prise en charge en milieu spécialisé ou en officine, des règles à observer pour éviter les rechutes et le pharmacien dans son rôle d’éducateur sanitaire sont primordiaux dans ce contexte.

Pour sa part, le directeur du service de pharmacie-toxicologie de l’Ecole nationale de médecine vétérinaire de Sidi Thabet, Samir Ben Youssef, a abordé, lors de son intervention, la toxicité indirectement due à certains médicaments utilisés en élevage, comme les additifs alimentaires, les hormones et les antibiotiques. Il s’est interrogé sur  l’origine des  produits les plus incriminés, leurs acheminement jusqu’à l’homme, leur impact sur sa santé, les règles de leur bon usage par les éleveurs, celles à observer pour se prémunir contre une éventuelle contamination lors de la consommation, les signes d’une atteinte éventuelle due à des résidus, le traitement et enfin l’éducation sanitaire des clients en pharmacie. Il a également évoqué  les risques sanitaires liés aux résidus d’antibiotiques dans les denrées d’origine animale et l’intérêt des laboratoires d’analyses  à les inspecter, afin d’évaluer le risque d’apparition de réactions allergiques déclenchées chez les personnes sensibles à certaines familles d’antibiotiques et ce, suite à la consommation de ce type d’aliments.

 

 

Table ronde : vers la révision de la loi 55/73 du 3 août 1973

 

En marge de ces 15èmes journées pharmaceutiques du centre, le Conseil régional de l’Ordre a organisé, le vendredi 10 avril, une table ronde autour de la question qui préoccupe tous les pharmaciens ces derniers temps, à savoir la révision de la loi 55/73 du 28 Août 1973 qui organise la profession pharmaceutique. Animée par Jalel Abdallah, président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, cette table ronde a été rehaussée par la présence de Saïd El Aïdi, Ministre de la Santé, et a réuni plusieurs pharmaciens, ainsi que des députés de la région du centre, afin de les informer et sensibiliser quant à l’importance de ce projet et l’attention qu’il  mérite de la part du législateur tunisien et ce, non seulement dans l’intérêt des pharmaciens mais surtout dans le but d’assurer un meilleur service de santé pour le citoyen tunisien. Le président du Conseil régional de l’Ordre des pharmaciens du centre, Abderrahmane Ben Slimane, a appelé à accélérer la réforme des textes législatifs organisant les professions pharmaceutiques et à mettre en place un nouveau statut qui répond aux attentes des pharmaciens et des citoyens. Selon Jalel Abdallah, les pharmaciens ont présenté, dès les années 90, des propositions de réforme des textes législatifs en vigueur, en particulier la loi n°73/55 du 3 Août 1973, qu’il a qualifiée d’obsolète et dépassée. « Cette réforme a pour objectifs d’améliorer l’exercice du métier, d’adapter le secteur aux derniers progrès scientifiques et d’offrir de meilleures prestations sanitaires au citoyen tunisien », a-t-il précisé.

Les pharmaciens présents ont  été nombreux à prendre la  parole et ont appelé à la  revalorisation de la profession pharmaceutique par la défense de ses intérêts moraux et matériels, celle-ci ne pouvant plus continuer à dépendre d’une loi organique dépassée. Parmi les recommandations des professionnels, il a été question de la revalorisation de la pharmacie hospitalière, de la suppression de la parapharmacie, de la révision de la vente en gros et du numerus clausus de l’officine, de l’autorisation de pratiquer la biologie pour les pharmaciens des localités démunies de laboratoires d’analyses médicales, de la révision du cahier des charges pour les grossistes répartiteurs en pharmacie, de la promulgation d’une loi pour la pharmacie industrielle et de la révision des marges bénéficiaires des pharmaciens.

A cette occasion, le Ministre de la Santé a indiqué que son département compte sur le rôle important des pharmaciens dans la mise en application des programmes de sensibilisation sanitaire et dans la lutte contre les mauvais comportements alimentaires. Il a également appelé les pharmaciens à s’ouvrir davantage à la communauté scientifique internationale, à être en phase avec les avancées scientifiques et à s’inspirer des expériences des pays développés, tout en précisant que son département est prêt à réviser la loi 55/73.

Ce rendez-vous de Sousse a été clôturé par la présentation orale des trois meilleurs posters.