1er Congrès maghrébin de pharmacie hospitalière à Hammamet

Premier Congrès maghrébin de pharmacie hospitalière

La pharmaco-économie ou comment bâtir des ponts entre le monde clinique et le monde économique ?

La pharmacie hospitalière a connu, ces dernières années, des mutations profondes ayant valorisé les qualités professionnelles des pharmaciens dans toutes leurs dimensions : scientifiques, experts incontournables du médicament et des dispositifs médicaux, acteurs majeurs de la santé publique, mais également gestionnaires ou encore références en matière d’assurance qualité. La contribution de la pharmacie hospitalière à l’amélioration de la qualité des soins dans les hôpitaux est, aujourd’hui, incontestable, le pharmacien hospitalier étant un acteur de poids dans le circuit des produits pharmaceutiques.

L’hôpital, lui-même, est en pleine mutation et la mise en place de mesures lui permettant de s’adapter aux évolutions de la société, de l’économie et des techniques est nécessaire. C’est dans ce cadre que s’inscrit le premier Congrès maghrébin de pharmacie hospitalière, intitulé « Usage rationnel des produits pharmaceutiques », organisé par l’Association tunisienne de pharmacie hospitalière (ATPH) du 6 au 8 février 2015 à l’hôtel Royal Hammamet.

Kamel Bouaouina

Par ce premier Congrès maghrébin, nous avons souhaité réfléchir ensemble, pharmaciens hospitaliers des pays du Maghreb, aux priorités que nous devions définir pour faire face à ces défis. L’hôpital de demain sera, en effet, ce que ses professionnels en feront » a précisé Myriam Guerfali, Présidente de l’ATPH. « Dans un modèle d’hôpital nouveau, alliant optimisation des plateaux techniques et capacité de prise en charge des maladies chroniques et du vieillissement de la population, la pharmacie hospitalière est appelée à jouer un rôle de premier plan.

Abdallah Jallel, Président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens et Myriam Guerfali, Présidente de l’ATPH.
Abdallah Jallel, Président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens
et Myriam Guerfali, Présidente de l’ATPH.

Acteurs clés concernant l’utilisation des produits de santé, ainsi que dans l’enseignement et la recherche, nous avons, nous pharmaciens hospitaliers, un rôle stratégique à jouer au sein des  établissements de santé. Le thème principal de ce congrès, à savoir l’usage rationnel des produits de santé, est une preuve de notre implication totale dans la stratégie nationale de rationalisation des dépenses et en dit long sur notre engagement dans le processus de développement économique ».

S’agissant, avant tout, de la santé du citoyen, les autres thèmes du congrès viennent étayer cette action de rationalisation, ainsi la pharmaco-économie ou la sécurisation des circuits de produits pharmaceutiques. En effet, les thérapeutiques évoluent très vite, les progrès de la recherche dans le médicament, comme dans le domaine du dispositif médical, ouvrent la voie vers de nouveaux traitements, au rapport bénéfice-risque parfois étroit et au coût élevé. Les pharmaciens hospitaliers font partie des acteurs qui rendront possible l’accès à ces traitements de manière sécurisée, tout en aidant à en maîtriser les dépenses par des études médico-économiques, dont la conduite se fait dans un contexte où les budgets qui leurs sont alloués ne sont pas extensibles.

La mission principale du pharmacien hospitalier est d’être responsable des produits pharmaceutiques et de contribuer à leur usage sûr, efficient et rationnel.

La sécurisation des circuits des produits pharmaceutiques, autre thème du congrès, traite des difficultés inhérentes aux pharmaciens hospitaliers et aux propositions d’amélioration car, en effet, l’interrogation doit porter sur les effectifs en pharmaciens, préparateurs et ouvriers à rapporter au nombre et à la structure en lits de l’établissement, sans oublier les patients en ambulatoire.

La norme visant à ce qu’il y ait un pharmacien pour 100 lits d’hospitalisation et pour 200 malades en ambulatoire ne serait pas utopique dans ce cas et deviendra un challenge de la profession pharmaceutique, afin de garantir l’équité de la prestation de services pharmaceutiques sur tout le territoire. L’amélioration de la qualité des prestations pharmaceutiques à l’hôpital nécessiterait des préparateurs ou des techniciens supérieurs formés en pharmacie hospitalière.

Le développement de cette profession est tributaire de l’adéquation de la formation initiale, assurée par la faculté de pharmacie, aux spécificités des activités pharmaceutiques dans les établissements de santé.

Quant à la formation continue, il apparaît aujourd’hui indispensable de créer, au niveau de la faculté de pharmacie, des cours (Diplômes d’université, Certificats d’études complémentaires, etc.) axés sur les différents aspects de la pharmacie hospitalière : pharmaco-économie, stérilisation, nutrition parentérale, oncologie et préparation des cytostatiques, pharmacie clinique et soins pharmaceutiques, etc. La conception des locaux de pharmacie hospitalière, leur plan, leur surface, leur agencement et leur utilisation doivent permettre d’assurer, dans les meilleures conditions, la préparation, le stockage, la circulation et la conservation des produits pharmaceutiques, ainsi que leur dispensation, en évitant toute atteinte à la qualité de ces produits.

La pharmacie hospitalière doit disposer de tout le matériel nécessaire de préparation, de contrôle, de distribution, de dispensation et de transport afin d’éviter tout risque d’erreur ou de contamination, ainsi que de tous les moyens de communication lui permettant d’assurer les missions de vigilance, d’information, d’analyse pharmaceutique des ordonnances et de formation qui lui sont dévolues. A l’instar des pharmacies d’officine, la réglementation devrait définir des normes de surface, d’équipement et de personnel par capacité ou par activité, de manière à garantir le minimum requis de sécurité du circuit des produits pharmaceutiques.

« La collaboration, la multiplication des échanges et le resserrement des liens entre pharmaciens hospitaliers augurerait d’une approche nouvelle, que nous espérons fructueuse quant à une ouverture vers l’extérieur pour une coopération étroite et efficace avec tous les professionnels de la chaîne de soins des différents pays du Maghreb.

Les recommandations d’amélioration du premier congrès de pharmacie hospitalière visent à assurer la crédibilité, la qualité et la possibilité de comparaison des prestations de service et de la qualité des activités pharmaceutiques entre les différentes pharmacies hospitalières tunisiennes et celles des pays du Maghreb, pour répondre efficacement aux besoins sanitaires et sociaux. » a conclu Myriam Guerfali.

 

Le pharmacien hospitalier :un acteur incontournable dans la chaine des soins

 

Ce premier congrès maghrébin a été rehaussé par la présence de conférenciers venus d’Algérie, de Tunisie, du Maroc, de Libye  et de France, lesquels ont participé à cette rencontre afin de mieux faire connaître la pharmacie hospitalière.

Ce fut un  espace d’échange professionnel scientifique, dont l’état actuel de la profession hospitalière et l’établissement des modalités de son évolution auprès des autorités sanitaires et de la communauté universitaire au Maghreb ont été les sujets phares. Inès Fradi, Directrice générale de la Pharmacie et du Médicament, a évoqué, quant à elle, le circuit des produits de santé en Tunisie et le rôle de la  Direction de la Pharmacie et du Médicament (DPM) : « C’est une unité technico-administrative du Ministère de la Santé publique. Elle gère, explique-t-elle, tous les aspects administratifs liés à la pharmacie, au médicament et aux activités apparentées.

Elle coordonne les activités du système national d’Assurance-qualité des médicaments et procède au contrôle technique lors de l’importation des médicaments, des accessoires médicaux et des produits cosmétiques  dont la vente est limitée aux pharmacies. La DPM assure la tutelle des organismes étatiques en matière de médicament et de veille à la gestion des psychotropes et des stupéfiants et ce, sur les plans national et international.

La DPM est chargée de l’élaboration, de l’application et du suivi de la politique pharmaceutique nationale. Elle délivre l’ensemble des autorisations nécessaires pour la pharmacie, le médicament et les activités connexes. Il est essentiel de signaler que la DPM exerce actuellement en Tunisie un rôle pivot dans la coordination des différentes structures impliquées dans le système national d’Assurance-qualité du médicament.

La contribution de la pharmacie hospitalière à l’amélioration de la qualité des soins dans les hôpitaux est, aujourd’hui, incontestable et le pharmacien hospitalier est un partenaire incontournable dans le circuit des produits pharmaceutiques ». Et Abdallah Jallel, Président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, a renchéri sur cette notion et a ajouté que, pour sa part, l’objectif du pharmacien hospitalier est de fournir, à l’équipe médicale et aux patients, des produits pharmaceutiques de qualité, de contribuer à leur usage rationnel, tout en utilisant, de façon optimale, les ressources disponibles.  Du distributeur au clinicien, les pharmaciens ont pu apporter une nouvelle dimension aux soins pharmaceutiques. 40 % du budget des établissements hospitaliers sont destinés aux médicaments, le pharmacien étant présent dans des secteurs où l’usage des médicaments est complexe, comme les soins intensifs, la nutrition parentérale, l’hémato-oncologie, la transplantation ».

Quand à Khadija Chellali, du CHU Mustapha Pacha d’Alger, elle est intervenue sur l’expérience algérienne en matière de gestion des pharmacies hospitalières : « 924 pharmaciens exercent dans les hôpitaux, soit un pourcentage de 1,4 pour 1000 lits. Leur rôle est de contribuer à améliorer la qualité  de la thérapeutique médicamenteuse et d’assurer des standards de soins aux patients, concernant l’approvisionnement en traitements médicamenteux, grâce à une contribution performante au traitement sûr et efficace des patients. Ce sont des acteurs incontournables dans la chaîne des soins ».

 

Rôle de la pharmaco-économie dans le bon usage des produits de santé 

 

La pharmaco-économie est devenue un outil de plus en plus prisé dans l’aide à la prise de décision par les autorités de santé. A partir de situations très concrètes de pharmacie hospitalière, les questions de savoir comment aborder les problèmes de coûts avec les cliniciens, comment utiliser les données cliniques et médico-économiques dans le référencement des nouveaux médicaments sont étayées.

« Cette jeune science, comme l’a souligné le Pr Patrick Tilleul,  Pharmacien  et Chef  de  service à  l’hôpital  de la Pitié Salpêtrière, a pour objectif de bâtir des ponts entre le monde clinique et le monde économique, afin d’optimiser l’utilisation des ressources dans le secteur de la santé. En effet, elle permet de comparer les coûts engagés dans différentes stratégies thérapeutiques, parallèlement aux résultats cliniques obtenus. L’objectif est d’évaluer les coûts de la mise en œuvre de stratégies thérapeutiques d’une part, et l’apport, en termes de santé publique, de la technologie évaluée (médicaments, dispositifs médicaux, techniques chirurgicales, organisation). La pharmaco-économie est ainsi devenue un domaine incontournable dans le monde de la santé et dont le développement constant se justifie, ne serait-ce que par le poids des contraintes budgétaires. Il constitue un outil indispensable pour de nombreux acteurs au sein de l’industrie pharmaceutique, du milieu médical et des pouvoirs publics.

Ces intervenants y ont recours en tant qu’investigateurs mais, surtout, en tant qu’utilisateurs d’évaluations pharmaco-économiques.

La pharmaco-économie occupe une place croissante dans la rationalisation des décisions de santé publique et des choix thérapeutiques. Les notions de bénéfices, d’efficacité, d’efficience et d’utilité doivent être clairement distinguées. La décomposition des coûts hospitaliers conduit à séparer les coûts directs (médicaux ou non médicaux), indirects ou intangibles, les coûts fixes et les coûts variables. Les coûts des effets indésirables, de la surveillance biologique, de l’administration du médicament et des échecs thérapeutiques doivent être pris en compte ».

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