Connu pour son soutien, sa valorisation de la recherche médicale et l’émulation des scientifiques en Tunisie, le 13 décembre dernier Sanofi a, pour sa 20ème édition, organisé une cérémonie à l’occasion du couronnent des lauréats du Prix Sanofi de la Recherche en Santé avec, en prime, sa contribution à la publication des meilleurs travaux dans des revues médicales de renommée internationale telles que The Lancet.

Hela Kochbati

Sanofi s’engage dans l’émulation de la recherche en santé

Le Directeur régional de Sanofi Tunisie et fondateur de ce prix, le Dr Chokri Jeribi, a annoncé que quinze travaux ont été soumis pour cette édition et que les thématiques proposées concernaient des domaines thérapeutiques de pointe et traitant de sujets de santé publique comme les maladies métaboliques, la cancérologie, la cardiologie, la neurologie et la pédiatrie.
Les 10 membres du jury indépendant, composé d’éminents experts en médecine, pharmacie, sciences fondamentales, etc., étaient les Prs. Hechmi Louzir, Anis Klouz, Chedly Dziri, Habib Gamra, Hammadi Ayadi, Abdelhalim Trabelsi, Khaled Zghal, Mohamed Hsairi, Nabiha Felfoul et Riadh Daghfous. Ils ont décerné le premier prix au Dr Kaouther Beltaïef du service des Urgences au CHU Fattouma Bourguiba de Monastir pour Les comparaisons de faible dose versus forte dose de magnésium dans le traitement précoce de la fibrillation auriculaire.

« La Tunisie : Hub de la recherche clinique dans la région MENA »

Le potentiel de la Tunisie en matière de recherche clinique a fait l’objet d’une analyse dont les résultats ont été dévoilés durant la cérémonie de remise du Prix Sanofi et qui permet de positionner notre pays au rang d’acteur majeur en Afrique et au Moyen-Orient. Ce potentiel est prometteur d’un développement significatif à court terme.
Ainsi l’engouement de la communauté scientifique en Tunisie et les efforts du groupe Sanofi Tunisie ont permis de créer une dynamique positive pour développer le domaine de la santé notamment grâce à l’innovation et à la recherche.
Ont compté parmi les présents lors de cet événement le ministre de la Santé, Imed Hammami, qui a assuré dans son discours qu’il considérait la recherche clinique comme un axe prioritaire du ministère de la Santé, et l’ambassadeur de France en Tunisie, Olivier Poivre-d’Arvor. Lors de son allocution, le Dr Jeribi a rappelé que, depuis sa création en 1994, le Prix Sanofi de Recherche en Santé a permis de générer près de 350 travaux.
Le Pr Faiez Zannad a ensuite donné une conférence sur la Tunisie en tant que plateforme pour la recherche clinique dans la région MENA. La cérémonie a été clôturée par la remise du prix et de 20 milles dinars à la lauréate.

Le magnésium, ion à tout faire pour les arythmies ?

Aux urgences, la fibrillation auriculaire est le trouble du rythme le plus fréquemment observé. Elle touche 3 à 5 % des patients de moins de 60 ans. La prévalence double tous les dix ans à partir de 55 ans. La stratégie thérapeutique est établie après l’évaluation de la tolérance hémodynamique, l’établissement du diagnostic, la recherche d’une cardiopathie sous-jacente ou d’une cause extracardiaque. Lorsque le patient ne présente pas de signes majeurs de mauvaise tolérance clinique et si l’ancienneté de l’arythmie n’est pas connue, l’urgence n’est pas à sa réduction mais à l’appréciation de la tolérance de la réponse ventriculaire. Pour une cadence ventriculaire soutenue supérieure à 120/min, le ralentissement rapide devra être effectué.
Les médicaments qui ralentissent la fréquence ventriculaire sont les bêtabloqueurs, les inhibiteurs calciques, les digitaliques et la cordarone. Toutefois, bien que ne faisant pas partie des recommandations des sociétés savantes, le sulfate de magnésium montre une supériorité en termes d’efficacité par rapport au diltiazem®, la posologie étant de 2 g en bolus puis 1 g/h sur six heures. Etant un cofacteur essentiel du système enzymatique Na+/K+-ATPase qui participe au flux de sodium et de potassium à travers la membrane cellulaire, le magnésium permet de déterminer le potentiel nécessaire pour la dépolarisation du myocarde, l’hypomagnésémie prédisposant aux arythmies, surtout ventriculaires, pouvant même les rendre incontrôlables lorsqu’elles existent déjà.
Il existe une association entre un taux bas de magnésium en préopératoire et un risque augmenté de fibrillation auriculaire postopératoire (FAPO). Il est donc possible que l’utilisation prophylactique de magnésium en corrigeant un éventuel déficit réduise le risque de survenue d’une FAPO et donc la conséquence de prolonger la durée du séjour, d’AVC embolique et de coûts de santé.
Toutefois, il est à rappeler que trop de magnésium peut entraîner certains troubles : flush cutané, sensation de malaise, faiblesse musculaire, hypotension, vasodilatation, bradycardie, arythmies (asystolie, fibrillation auriculaire, trouble de conduction), bronchodilatation, dépression respiratoire, sevrage ventilatoire difficile, abolition des réflexes ostéo-tendineux, trouble de la vigilance, coma, diarrhée, nausée, vomissement, prolongation de la curarisation due à la diminution du taux d’acétylcholine au niveau de la jonction neuromusculaire, anomalie de la coagulation en raison d’une augmentation de l’agrégation plaquettaire et d’un retard à la formation de la thrombine, à l’ECG, allongement du PR, élargissement du QRS, bloc de branche.
Tout ceci explique le grand intérêt que suscite le magnésium de la part de nos scientifiques, les possibilités qu’il pourrait offrir en termes de thérapie d’urgence en cardiologie étant considérables. La Pre Kaouther Beltaïef, ainsi que ceux qui l’accompagnent dans ses recherches, poursuivront leurs travaux dans ce sens.

Kaouther Beltaief

Pr Kaouther Beltaief, Assistante hospitalo-universitaire au CHU Fatouma Bourguiba de Monastir

1. Quel est l’intérêt de cette étude ?

En tant qu’assistante hospitalo- universitaire, je suis spécialisée dans l’urgence médicale. Le sujet premier était un des projets sur lesquels je travaillais au sein du service des urgences à Monastir. Celui qui a été sélectionné en vue de ce prix concerne les outils pour parer à la fibrillation auriculaire. C’est un trouble fréquent et dont la prise en charge est disponible dans notre pays. Tous les médicaments pour traiter cette maladie cardiaque sont disponibles en Tunisie et de nombreux patients viennent en consultation pour cette pathologie. Nous avons opté pour un médicament non onéreux et disponible dans tous les établissements hospitaliers, à base de sulfate de magnésium, pour traiter cette arythmie dont les conséquences pourraient être graves, notamment l’insuffisance cardiaque et le décès de certains patients, si le traitement n’est pas prodigué à temps.

2. Vous attendiez-vous à remporter ce prix ?

J’étais sûre d’être sélectionnée parmi les premiers travaux mais je n’ai pas prévu de recevoir le premier prix. J’en ai rêvé mais je ne m’attendais à être lauréate et c’est très gratifiant.

3. Quels sont vos projets à présent ?

Ce prix va nous encourager à concentrer davantage nos efforts sur notre spécialité et à poursuivre nos travaux de recherche. Il faut avouer que nous travaillons dans des conditions difficiles et de nombreuses ressources en diminution ou en régression. Cette recherche a mobilisé toute une équipe et je remercie vivement tout le staff qui m’accompagnée. Nous ne baisserons pas les bras et nous continuerons à avancer. Nous tenterons régulièrement de réaliser des innovations pour le bien de la médecine tunisienne.

Les comparaisons de faible dose versus forte dose de magnésium dans le traitement précoce de la fibrillation auriculaire

Résumé

La fibrillation atriale (FA) est une arythmie cardiaque potentiellement mortelle et un objet de plainte fréquent dans les départements d’urgences. C’est une préoccupation majeure pour une proportion substantielle de personnes à travers le monde. D’après l’étude de Rotterdam, la prévalence de la FA parmi les individus âgés de 55 à 59 ans est estimée à 1,1 pour mille personnes par an et à 20,7 pour mille pour des individus âgés de 80 à 84 ans.
D’après l’évolution actuelle des soins avancés en réanimation cardiovasculaire (SARC), l’objectif clinique immédiat dans la FA est d’atteindre le contrôle du rythme ventriculaire. La digoxine, les bêtabloqueurs et les inhibiteurs calciques sont les agents les plus couramment utilisés pour traiter en urgence la FA. Cependant, leurs effets sont limités puisque seulement la moitié des patients répondent de manière notable au traitement de première intention.
Plusieurs études ont montré que le sulfate de magnésium (MgSO4) est bénéfique dans le contrôle de la fréquence et du rythme de la FA. En outre, l’hypomagnésémie est observée parmi les patients sujets à une FA dans 20 à 53 % des cas. L’association d’une hypomagnésémie et d’une FA est connue après une chirurgie cardiaque et l’administration prophylactique de MgSO4 pourrait être utile en cas de FA postopératoire.
La dernière méta-analyse publiée en 2007 a démontré que le MgSO4 est aussi efficace dans le contrôle de la fréquence (OR = 1,96) que dans le contrôle du rythme (OR = 1,60) de la FA.
Toutefois, la plupart des études incluses dans cette méta-analyse ont été conduites sur un nombre limité de patients (303 patients inclus dans l’analyse des résultats du contrôle de la fréquence et 376 pour le contrôle du rythme). Par conséquent, nous avons besoin de davantage d’études randomisées pour établir l’efficacité et la sécurité d’emploi du MgS dans la prise en charge précoce de la FA.

Objectif

Mesurer l’efficacité et la sécurité d’emploi d’une dose élevée (9 g) et basse (4.5 g) de sulfate de magnésium dans le traitement d’urgence de la FA.