Lire la présentation de la 2ème édition AFRAMED : Où en est la Tunisie dans le traitement du VIH-Hépatites

 
Mohamed Chakroun

Pr Mohamed Chakroun, Spécialiste en maladies infectieuses – Président du congrès AFRAMED 2017

1) Quoi de neuf dans la prise en charge pour les hépatites et le VIH ?

Concernant l’hépatite C, il existe actuellement des traitements qui offrent une guérison à 100%. Concernant le sida, il y a des traitements efficients mais le virus peut demeurer latent dans l’organisme du patient. Avec un traitement assidu, il peut y avoir une diminution de la charge virale d’une manière significative. Le patient présente ainsi une amélioration de son état et de sa qualité de vie. Il peut travailler et mener une vie normale, construire une famille et donc avoir des enfants. Actuellement, un individu porteur du VIH peut mener une vie normale et l’espérance de vie des patients est similaire à celle d’une personne saine et ne portant pas ce virus. Les médicaments actuels donnent une grande efficience mais à condition d’avoir une prise en charge assidue et une surveillance continue de cette maladie.

2) Quel message adressez-vous aux professionnels de la santé et aux lecteurs en marge d’AFRAMED 2017 ?

On souhaite faire ce qu’on appelle « une riposte » au VIH qui soit de plus en plus efficace avec un dépistage communautaire efficient, avec une orientation pour les centres de soins, un traitement antirétroviral précoce et efficace et également avec une charge virale indétectable, ce qui permet d’améliorer d’une façon significative la santé des personnes et aussi de réduire d’une manière très importante la transmission du virus.
 
Lassaad Soua

Lassaad Soua, Représentant et chargé de l’ONUSIDA – Bureau vde Tunis

1) Comment vous pourrez présenter cette édition d’AFRAMED 2017 ?

AFRAMED contribue financièrement et techniquement à appuyer les actions de lutte contre les hépatites et le VIH, à un engagement fort en partenariat avec ONUSIDA MENA en général et ONUSIDA Tunis pour une meilleure connaissance de l’épidémiologie de ces infections dans les pays du sud, un cadre optimisé des stratégies de dépistage, de prévention et un accès large au traitement, ce sont des enjeux primordiaux auxquels cette deuxième édition 2017 de l’AFRAMED ont eu à coeur pour susciter des débats dans les domaines des infections des hépatites et du VIH. Les interventions de la première journée ont compris la situation épidémiologique et l’accélération de la réponse en Afrique du nord, les nouvelles approches de dépistage et de prévention et le parcours de vie avec le VIH.

2) Quel est l’état des lieux du VIH /Sida dans la région MENA ?

Pour l’état des lieux, on peut dire que l’épidémie virale est en train de se stabiliser sauf pour quelques foyers. On a du travail avec nos partenaires AFRAMED pour les questions de dépistage et l’accès au traitement. De toute façon, la région MENA se met au diapason avec l’accélération des ripostes de chacune des contrées, en synchronisation et en alignement avec la déclaration politique de lutte contre le sida de 2016 dans le cadre de l’assemblée générale des Nations Unies.

3) Quelle est la prévalence de cette épidémie de VIH en Tunisie ?

Pour la Tunisie, c’est un pays à faible prévalence. On est en dessous de 0,01%. C’est une épidémie qui est concentrée dans des populations clés. En termes d’estimations, on évalue qu’on a presque 2800 personnes qui vivent actuellement avec le VIH en Tunisie.

4) Quelles sont les mesures de prévention contre les infections VIH / Hépatites ?

En termes de prévention, il y a la société civile qui est active et qui travaille avec les partenaires gouvernementaux. On a un plan stratégique national de lutte contre le sida avec ses différents axes dont un axe sur la prévention, un axe sur le traitement, un axe sur le droit humain et un axe sur la gouvernance et le contrôle de l’épidémie
 
Christine Katlama

Pr Christine Katlama, Présidente de l’AFRAVIH

1) Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Je suis professeure de maladies infectieuses à Paris à l’hôpital Pitié – Salpêtrière. Je suis engagée depuis longtemps dans la lutte contre le VIH et je suis la présidente de l’AFRA VIH. L’AFRA VIH est l’alliance francophone des professionnels de la santé engagés dans la lutte contre le VIH et les maladies sexuellement transmissibles (MST).

2) Quel est le but de cette alliance AFRAVIH ?

Le but de cette alliance est de réunir la communauté francophone, d’échanger les informations scientifiques dans une langue que nous partageons tous, une culture dont on partage les socles, que ce soit en Afrique du Nord, en Afrique en général ou en Europe. Le monde est médié par l’anglophonie mais c’est aussi important d’expliquer les actions de la méditerranée francophone qui se mobilise plus que jamais dans la dynamique des soins, l’accès au traitement VIH, l’accès au traitement des hépatites, la prise de conscience des professionnels de santé, le renforcement des compétences et la fluidité des soins, de discuter de questions de prévention du VIH, de culture sur ce sujet par la même langue de la région francophone.

3) Quelles nouveautés en matière de prise en charge d’hépatites et de VIH ?

En termes de nouveautés, il y en a eu beaucoup. En fait, on a démontré que si on diagnostique précocement ces maladies, tout le monde a d’excellentes chances de rémission. Alors ils ne développent plus la maladie et surtout ils ne sont plus contaminants. Pour le sida, avec le traitement antirétroviral « TAR », on peut mettre le virus « sur le tapis ». Les patients atteints par le VIH peuvent avoir une vie normale, se marier et avoir des enfants. Il y a des centres de dépistage anonymes et gratuits, là où les gens peuvent y aller sans avoir peur pour se faire dépister, consulter et se soigner.

4) Quelles recommandations en matière de cette édition 2017 de l’AFRAMED ?

Les recommandations sont : c’est de rester uni et de penser à l’importance de l’échange. Je pense que tous les pays de la région MENA doivent essayer ensemble de résoudre les questions qui intéressent le dépistage, le diagnostic et la prise en charge, des questions culturelles également cela rentre dans le cadre de la région MENA et de la francophonie pour mener l’initiative d’éradiquer ces maladies infectieuses. L’essentiel, c’est de rester unis, lutter et bouger.

5) L’objectif du millénaire d’ici 2030, zéro atteinte par le VIH, zéro nouvelle infection par le VIH, est –il
atteignable ?

L’objectif du millénaire est atteignable, mais il faut que chaque citoyen, chaque membre de la société civile, aient les yeux ouverts : de ne pas rejeter tous les gens, être en terme de dépistage, il y a trop d’exclusion actuellement. Il faut avancer dans les termes culturels. En 30 ans, les choses n’ont pas beaucoup changé. Il y a encore trop d’exclusion et donc si les personnes ne se dépistent pas, ils ne feront pas expression de prise en charge et donc il faut mettre en confiance les patients. Mais nous pouvons aussi contrôler et faire un monde sans VIH demain, si nous le voulons. Le dépistage et le diagnostic précoces sont très importants. On dispose des outils, il y a les tests rapides de diagnostic (TDR), il faut juste les utiliser à bon escient et pour cela il faut former même les formateurs en la matière. Je crois beaucoup aussi à l’autodépistage au centre où l’on peut aller. Il faut très simplement avoir cette démarche.
 
Mohamed Ridha Kammoun

Pr Mohamed Ridha Kammoun, Président de l’association –ATL /SIDA

Quel avenir et quels enjeux qui attendent les professionnels de la santé en matière de lutte contre le VIH ?

La Tunisie s’inscrit dans l’ambitieux objectif mondial qui est de vaincre le sida en 2030. Est-ce que c’est possible ? Oui, c’est possible d’atteindre cet objectif, parce que les nous avons les moyens et la volonté, le partenariat entre la société civile et le gouvernement d’une part et d’autre part, il y a les 3 axes stratégiques de la prévention, le dépistage et le traitement.
-Pour la prévention, il y a eu des avancées extraordinaires. Maintenant, la prévention est combinée, il y a eu beaucoup de moyens de prévention comme l’information et le préservatif. Actuellement, il y a aussi d’autres moyens qui arrivent même à la pilule un comprimé par jour pour les personnes qui n’ont pas le sida mais qui sont des sujets à risque.
-Deuxièmement pour le dépistage, c’est loin de nous maintenant, où ce dépistage se faisait dans un laboratoire officiel par du personnel médical en donnant son nom, en payant et en attendant les résultats avec angoisse, une semaine ou deux. Présentement, le dépistage est accessible, anonyme, gratuit et immédiat. On donne les résultats des analyses d’une manière très rapide. Et puis maintenant, c’est une méthode communautaire, ce n’est plus un médecin avec une blouse blanche, mais c’est une personne de la communauté qui a été formé et qui peut faire dans ce sens le dépistage médical. Donc la tendance aujourd’hui est le dépistage communautaire.
-Finalement, le sida est un problème global, la prévention, c’était dirigé contre le monde, pour tout le monde et essentiellement les jeunes. Maintenant, les moyens de prévention sont dirigés comme chez nous, aux épidémies concentrées, c’est-à-dire, dans des communautés à risque.
Par conséquent, la stratégie nationale est de cibler et de s’occuper essentiellement des populations communautaires et à risque. Nous avons maintenant tous les moyens de dépistage, de prévention et l’action est plutôt ciblée vers les populations les plus à risque.