Les 28 et le 29 avril derniers, le Conseil Régional de l’Ordre des Pharmaciens de l’Ariana (CROPA) organisait avec succès ses 7èmes journées pharmaceutiques sous le thème des « Thérapies innovantes » destinées aux professionnels de la santé désirant s’informer et se former sur différents sujets liés à la pharmacothérapie comme la dermatologie, la pathologie prostatique, l’hypertension artérielle, l’ulcère gastrique et l’obésité de l’enfant. Ces journées s’inscrivent dans le cadre d’une formation continue et sont aussi propices au rassemblement de tous les confrères afin d’enraciner nos valeurs communes, et sont essentielles pour permettre le dialogue, dans un esprit fraternel et d’amitié.
Un programme riche et des intervenants dont les interventions ont mis l’accent sur l’importance du rôle du pharmacien dans la prise en charge des patients et le contrôle de la qualité du service.

Ahlem Hadjar, Présidente du Conseil régional de l’ordre des pharmaciens de l’Ariana Vice-Présidente du CNOPT

Ahlem Hadjar« Préserver le monopole du pharmacien »

Le monopole des pharmacies est-il menacé ?

Notre monopole est menacé par les parapharmacies qui proposent des produits pharmaceutiques sans prescription
médicale. Ce qui soulève de nombreuses questions sur la nature des risques encourus par l’usage de certains produits qui s’y vendent. Certains consommateurs n’hésitent pas à acheter des cosmétiques ou des compléments alimentaires sans s’interroger sur leur provenance ni sur les risques éventuels qu’ils peuvent avoir sur la santé. Ces espaces de vente profitent du flou juridique pour prospérer d’une manière anarchique et il n’existe aucun cahier des charges qui réglemente leurs activités. La vente de ces produits requiert un conseil pharmaceutique, ce qui n’est pas toujours le cas dans les parapharmacies. Le conseil national de l’ordre des pharmaciens a attiré l’attention du ministère de la santé et celui du commerce sur la nécessité d’encadrer ce secteur, mais il n’y a pas eu de suite.

Que pensez-vous de la révision à la baisse du numerus clausus en Tunisie ?

La révision à la baisse du numerus clausus en se fondant sur le nombre d’habitants et le pouvoir d’achat des communes se fait tous les cinq ans mais ne résout pas le problème à long terme car le nombre de nouveaux diplômés en Tunisie et venant de l’étranger ne cesse d’augmenter. Cette révision ne peut pas absorber ces nouveaux diplômés. Il faut réorganiser toute la profession et orienter les nouveaux diplômés vers d’autres filières la distribution en gros, l’industrie pharmaceutique, les établissements de santé, la biologie médicale, l’assistanat hospitalière. Il faut avouer que nos hôpitaux souffrent du manque de pharmaciens et font appel souvent à des ouvriers pour maintenir les services.

Haut en couleurs, le nouveau logo du Cropa représente les six gouvernorats qui relèvent du CROPA. Des cristaux dont chaque couleur symbolise un gouvernorat : le bleu pour Bizerte, l’oranger pour le Cap bon qui accueille le congrès, le rose pour l’Ariana, le vert pour la verdoyante Manouba et enfin l’ocre pour rappeler le nesri de Zaghouan.

• Atelier de dermatologie

Dr Hela Zribi, Spécialiste en dermatologie et maladies sexuellement transmissibles, diplômée en dermatologie esthétique laser et chirurgie dermatologique, ancienne assistante hospitalo-universitaire à la faculté de Médecine de Tunis.

Dermatoses chez l’enfant

La dermatite atopique (Eczéma atopique) est l’une des manifestations précoces de l’atopie. Il s’agit d’une dermatose inflammatoire chronique qui commence dès l’enfance, spontanément résolutive dans 80% des cas. Le traitement adéquat pour guérir cette maladie est la lutte contre l’inflammation et la sécheresse de la peau. Les dermocorticoïdes, anti-inflammatoire actif permettant de lutter contre l’inflammation, est le traitement recommandé. Les pharmaciens doivent être attentifs à la « corticophobie » des parents. Il s’agit de bien leur montrer les lésions à traiter et la méthode d’application du traitement. Il est également important de vérifier le
nombre de tubes utilisés entre deux consultations : si l’enfant est âgé de moins de deux ans, la dose idéale est de 15 à 30 grammes.
Quant à la lutte contre la Xérose cutanée, étape essentielle surtout pendant la période de rémission, l’utilisation répétée des émollients est nécessaire. Si l’enfant est atteint d’une dermatite atopique les recommandations générale sont :
– d’éviter les bains trop chauds dont la température dépasse 34° et trop longs ;
– maintenir la température de la chambre à 19° ;
– éviter le port de vêtements rugueux ou en laine
– éviter le contact avec la poussière et les animaux à poils ainsi que les personnes porteuses d’herpes ;
– la suppression des moquettes, tapis peluches et matelas de laine est aussi obligatoire.
L’eczéma de contact est très rare chez l’enfant et augmente avec l’âge. Cette maladie est une réaction d’hypersensibilité retardée à un antigène extérieur et elle dessine les limites de l’agent responsable. L’eczéma est due aux contacts avec le tatouage labile (pseudo henné et « harkous » soit la paraphénylènediamine – PPD), le caoutchouc (poignées de vélos, bottes), les tuyaux de pompe à essence, la fourrure, certains textiles (comme le jean), les colorants pour cheveux, les plastiques, les encres d’imprimerie, les réactifs de photographie… qui peuvent provoquer cette maladie ainsi que les allergies croisées avec certains filtres des crèmes solaires : le PABA (acide para aminbenzoïque) et les dérivés PABA.
Le traitement recommandé de l’eczéma de contact est un dermocorticoïde local qui permet de traiter les lésions, tout en se conformant parfaitement à la prescription médicale de dermocorticoïdes.
Les zones d’application sont précisées par le médecin et l’application se fait une fois par jour sur les lésions. Il n’est pas nécessaire de masser ou de mettre une couche épaisse de produit mais le traitement doit être poursuivi jusqu’à disparition complète des lésions.
Dès que les lésions ont disparu, il n’est plus utile d’appliquer le dermocorticoïde local.

Dermatoses chez l’adulte

Melasma : Cette affection fréquente touche particulièrement 90% des femmes entre 30 et 55 ans à peau mate ou colorée. Cette hypermélanose acquise du visage se développe lentement et strictement. Sa teinte se situe entre le brun clair et foncé. Les facteurs exogènes révélateurs du mélasma sont l’exposition solaire, la pérennisation de la stimulation de la mélanogenèse et même certains produits cosmétiques. Les traitements préconisés passent par la neutralisation des facteurs exogènes : protection solaire, diminution des frictions mécaniques et l’éviction des cosmétiques parfumés. Il s’agit également de neutraliser des facteurs endogènes par exemple, attendre la fin d’une grossesse et arrêter d’utiliser les oestroprogestatifs avant de démarrer un traitement. Enfin, un traitement dépigmentant pharmacologique prépare au blanchiment à base d’hydroquinone.

• Atelier de coaching en officine

Martine Ben Mustapha, Enseignante certifiée en PNL, Consultante et formatrice spécialisée en communication et développement des potentiels humains

Martine Ben MustaphaAccompagnement du changement, relations interpersonnelles, management des équipes, management de soi (prise de parole en public, gestion du temps, du stress…), développement des performances commerciales et Chargée de cours à l’Ecole Polytechnique de Tunisie (communication et management).
D’origine française, madame Ben Mustapha a vécu 42 ans en Tunisie.
Dans son intervention elle a mis en exergue l’importance de la qualité de l’atmosphère dans les officines qui est la source de la motivation du personnel au travail d’où la nécessité de valoriser le capital humain. Elle a cité la citation de Pierre Dac : « Il vaut mieux penser le changement que changer le pansement » pour appelé les propriétaires des pharmacies ou comme elle les a nommés « les chefs d’orchestre » à développer les talents des employés en leur expliquant les objectifs. Le dialogue dans les officines est très important pour améliorer la qualité du service. En se considérant comme « un chef d’orchestre » et en expliquant le pourquoi aux employés, la motivation et l’inspiration augmentent. Pour motiver le personnel, il faut lui donner la possibilité d’appliquer ses connaissances tout en continuant à apprendre et à agir correctement sur son environnement. L’esprit de l’équipe est très important dans la satisfaction du client, être à son écoute et l’accueillir chaleureusement fait naître la fidélisation et permet d’avoir un bon chiffre d’affaire. En outre, l’échange et l’ouverture engendrent le bien être et le respect ce qui donne un sens à l’importance de la communication. La fluidité relationnelle et les valeurs universelles sont les principales règles du coaching collectif qui contribueront au succès. En résumé, il est nécessaire de créer un climat de travail agréable, convivial, propice à la performance et au bien être des salariés

• Atelier de l’obésité de l’enfant et le risque de diabète

Pr Leila Alouane, Professeur de l’enseignement supérieur en nutrition, chercheur en nutrition-santé publique, membre du conseil scientifique et du conseil d’administration.

Leila AlouaneLes études récentes ont conduit à des constats choquants : en fait, le nombre de nourrissons et jeunes enfants (de 0 à 5ans) en surpoids ou obèses dans le monde s’est accru, passant de 32 millions en 1990 à 42 millions en 2013 et si la tendance actuelle se poursuit, le nombre de nourrissons et de jeunes enfants en surpoids atteindra 70 millions à l’horizon 2025.
Quand à la Tunisie, l’obésité (sans compter le surpoids) chez les nourrissons et les jeunes enfants est passée de 6% en 2006 à 9,5% en 2012. L’obésité est de 22% et le surpoids est de 41,6% chez les enfants de 8 à 10 ans. Mais chez les adolescents : le surpoids est de 20% chez les garçons et de 25% chez les filles quant à l’obésité est donc plus fréquente chez les filles (7,9%) que chez les garçons (6,6%).
L’obésité infantile est liée à toute une série de complications sanitaires graves et à un risque accru d’apparition précoce de maladies, dont le diabète et les cardiopathies. En effet, l’obésité n’entraîne aucune manifestation pathologique apparente, ni au cours de l’enfance ni au cours de l’adolescence, en particulier dans le cadre métabolique. Mais il est pourtant indéniable que de modifications importantes de métabolisme auront lieu, et qu’elles feront probablement le lit des maladies associées à l’obésité à l’âge adulte, le diabète en particulier.
Le diabète de type 2 a fait son apparition chez l’enfant depuis quelques années et l’on peut craindre l’augmentation de sa fréquence avec celle de l’obésité et cela risque de devenir un problème de santé publique comme chez l’adulte. L’enjeu du traitement du diabète de l’enfant est alors celui de la prévention des complications dégénératives.
L’obésité et le surcharge pondérale sont définis, chez l’adulte comme chez l’enfant, à l’aide de l’index de masse corporelle (IMC) et calculé par IMC = poids/taille2, le poids étant exprimé en kilogramme et la taille en mètre ce qui reflète le pourcentage de masse grasse. Mais les obésités de l’enfant et de l’adolescent ne peuvent pas être définies par un seuil d’IMC, au contraire de l’adulte, car les normes des poids et de taille évoluent avec l’âge et le sexe, et par conséquent les normes d’IMC également. On définit donc le surpoids et l’obésité par un index de corpulence dépassant le 97ème percentile pour l’âge, à partir de courbes établies par MF Rolland-Cachera ou par un Z-score de + 3DS selon courbe de l’OMS.
Il faut être conscient que l’obésité est dite sévère au-dessus d’une courbe> à 120% de l’IMC, et morbide au-dessus d’une courbe > 140% de l’IMC.
Les facteurs qui favorisent l’obésité sont : le manque de sommeil et les traitements médicaux tels que : les glicocorticoides, les traitements antipsychotiques et les anti-épileptiques ainsi que la prescription précoce d’antibiotique et la programmation foetale comme : le tabagisme maternel, le petit poids de naissance, la conjonction d’un environnement anténatal.
Les examens cliniques standards de l’enfant obèse sont : les mesures du poids et de la taille, la répartition de la graisse chez l’enfant, la prise de la pression artérielle et le dépistage du diabète (par glycémie à jeun) qui est recommandé devant un enfant obèse, à partir de l’âge de 10 ans, devant deux au moins des facteurs suivants : histoire familiale de DT2, l’ethnie, la présence d’éléments évoquant une insulinorésistance.
Pour contrôler son poids, il est recommandé de prendre quatre repas par jour, avec un petit déjeuner suffisant. De
plus, manger uniquement le contenu de son assiette (pour un enfant de moins de 8 ans, une assiette à dessert est un contenant suffisant) et éviter le grignotage sont nécessaires ainsi que la pratique d’une activité physique 30 minutes au moins chaque jour sans oublier l’importance de prendre de l’eau à volonté pendant la journée.
La prise en charge du DT2 chez l’enfant : L’objectif du traitement des enfants et des adolescents diabétiques de type 2 est : d’atteindre et de maintenir une hémoglobine glyquée (HbA1c) inférieure ou égale à 7%, de maintenir une glycémie à jeun inférieure ou égale à 1,2g/l, de maintenir un poids correct.
Chez tous les enfants et les adolescents ayant un diabète de type 2, une des buts essentiels du traitement est d’améliorer les habitudes alimentaires et d’accroître l’activité physique.
Ainsi, les enfants et adolescents asymptomatiques diagnostiqués lors d’un examen systématique relèvent en priorité d’un traitement non pharmacologique.

• Table Ronde : Monopole Pharmaceutique : entre législation et perspectives

Dr Kais Ben Youssef (Spot)

Kais Ben YoussefL’intérêt économique est un avantage certain du monopole, en contrepartie les pharmaciens tunisiens s’engagent à respecter une réglementation : propriété de l’officine, embauche obligatoire d’assistants en fonction d’une tranche de chiffre d’affaires afin d’assurer un encadrement suffisant pour la délivrance de produits de santé. Tout produit inclus dans le monopole doit répondre à 3 conditions : Exclusivité de la vente et de la fabrication par des entreprises pharmaceutiques, Respect de la réglementation pharmaceutique du code de la santé publique,
Sa vente met en jeu la responsabilité (pénale, civile et disciplinaire) du pharmacien.
Dr Kais Ben Youssef et plusieurs intervenants ont mis l’accent sur les produits pharmaceutiques non médicamenteux, les produits parapharmaceutiques qui envahissent le marché. Aujourd’hui, il y a une évocation excessive des compléments alimentaires sachant que ces produits ne subissent aucun contrôle ni par le ministère de la santé ni par le ministère du commerce, les dépenses atteignent jusqu’au 50% du budget pharmaceutique pour ces dispositifs médicaux et c’est un montant susceptible d’augmenter puisqu’il n’y a pas de loi actualisée sur la gestion de ces produits.
En outre, la mise en place d’une parapharmacie ne demande rien à part une autorisation d’ouverture et puis ils sont permis de mettre à la disposition du clients des produits qui sont vendus anarchiquement même en ligne. Les pharmaciens invitent alors le ministère de la santé d’établir des lois pour éviter tout dérapage. Certes, il y a des commissions d’experts qualifiés qui peuvent évaluer et valider les compléments alimentaires et les produits cosmétiques importés ou fabriqués en Tunisie avant la vente ce qui assure la sécurité de santé publique.
La majorité des pharmaciens appellent à actualiser les lois 92 et 74 afin de réglementer le système et pour être au moins sur le même quai d’égalité. Les parapharmacies n’arrêtent pas de baisser les prix des produits puisqu’ils n’ont pas de régime réel et c’est pour cette raison que les pharmaciens officinaux ont appelé le ministère des finances à fixer les prix pour limiter les concurrences. Et pour assurer la santé publique, ils ont appelé aussi à la présence d’un pharmacien nécessaire dans la parapharmacie qui est le plus polyvalent et le plus apte pour être au service du client.
Les intervenants ont proposé des solutions telles que la présence d’une commission d’experts autonome qui ne dépend d’aucun ministère, qui doivent être en contact avec la faculté de pharmacie qui peut entamer toute une recherche concernant les produits paramédicaux et les compléments alimentaires.
La définition des produits est nécessaire mais c’est facilement détournable il suffit d’ajouter une petite indication et il ne s’agit plus d’un complément alimentaire. La meilleure réglementation en Tunisie est alors d’établir des commissions d’experts, une réflexion à long terme, de s’unir pour le bien de la profession et
d’actualiser les lois.
Dans son intervention, Abdallah Jalel, pharmacien et président du Conseil National de l’Ordre des Pharmaciens de Tunisie, a dévoilé plusieurs réalités telles que la responsabilité du ministère de la santé dans la concurrence parasitaire entre la pharmacie et la parapharmacie. Il approuve que la loi 92 ne s’applique pas à la parapharmacie et que les compléments alimentaires fabriqués en Tunisie et parapharmacies ne subissent aucun contrôle du ministère de la santé puisqu’elles sont considérées comme des boutiques ce qui engendre un danger pour la santé publique. Il est donc nécessaire d’établir projet de loi qui définit ces produits afin de mettre en exergue la une différence entre la parapharmacie et le monopole pharmaceutique.