Prévention naturelle du cancer

Le cancer est une maladie des plus virulentes de notre époque, une maladie dont on connaît quelques facteurs de risque et dont la recherche avance à pas de géants. Que sait-on sur cette maladie et sur ses facteurs de risque ? Quelles solutions de prévention au naturel ? 

Sondes Khalifa

L’île ou les gens oublient de mourir

 

« L’île ou les gens oublient de mourir » est le titre d’un article publié par le New York Times en octobre 2012 (The Island Where People Forget To Die). C’est l’histoire d’un combattant de la Seconde guerre mondiale d’origine grecque, Stamatis Moraitis, qui partit s’installer aux États-Unis après l’Armistice. Il avait adopté le style de vie américain, villa en Floride, deux voitures, etc. En 1976 il apprend qu’il a un cancer des poumons. On lui donne, au mieux, neuf mois à vivre. Il avait 62 ans. Il décida alors de retourner avec son épouse sur son île natale d’Icare, en Mer Egée, pour être enterré aux côtés de ses ancêtres, dans un cimetière ombragé surplombant la mer.

Stamatis avait parfaitement accepté l’idée de la mort, il s’installa alors dans une maisonnette blanchie à la chaux, au milieu d’un hectare de vignes escarpées. Ses anciens amis sont venus lui rendre visite, les conversations pouvaient durer des heures. Chaque dimanche matin, il allait à la petite chapelle grecque en haut de la colline. Il regagnait peu à peu des forces et il s’adaptait au rythme de vie paisible de la petite île. Il se levait le matin quand bon lui semblait, travaillait à la vigne jusqu’en début d’après-midi, se faisait un bon déjeuner, puis enchaînait sur une longue sieste. Aujourd’hui, Stamatis a plus de cent ans, il n’a plus de cancer, il ne suivit pourtant pas de chimiothérapie et ne prit aucun médicament. Histoire vraie.

 

Le rôle prépondérant des facteurs d’environnement

 

Cette petite histoire renforce les affirmations sur le poids capital des facteurs d’environnement, dans le développement du cancer, dans sa prévention, ou dans son traitement et pour empêcher la récidive. On sait aussi aujourd’hui que dans certaines régions du monde, et grâce à un mode de vie donné, une alimentation donnée, des hommes et des femmes vivent centenaires et en très bonne santé : l’Ile d’okinawa, au Japon ou la province de Nuoro, en Sardaigne. Le problème des maladies liées à l’âge semble être propre au monde développé.

Selon le Docteur Leriadis, qui vit et soigne les habitants d’Icare, leur bonne santé tient à leur mode de vie et aux bonnes relations sociales qui existent entre les habitants. Mais aussi à une sorte de tisane, « le thé des montagnes », faite d’herbes sèches qui poussent sur cette île, et qui est consommée en fin de journée : il s’agit d’un mélange de marjolaine sauvage, de sauge, de romarin, d’armoise, de feuilles de pissenlit et de menthe (fliskouni), auquel on ajoute un peu de citron. Le Dr Ionna Chinou, professeur de pharmacie à l’Université d’Athènes, et une des meilleures expertes européennes des propriétés bioactives des plantes, confirme : la menthe sauvage combat la gingivite et les problèmes gastro-intestinaux. Le romarin est un remède contre la goutte. L’armoise améliore la circulation sanguine. Cette tisane est une source importante de polyphénols, aux fortes vertus anti-oxydantes. La plupart de ces plantes sont légèrement diurétiques, ce qui est bon contre l’hypertension.

Le miel, aussi, est considéré comme une panacée. « Ils ont des types de miel ici, que vous ne verrez nulle part ailleurs dans le monde », selon le docteur Leriadis. « Ils l’utilisent pour tout, depuis le traitement des blessures à la gueule de bois, ou contre la grippe. Les personnes âgées ici commencent toujours leur journée par une cuillerée de miel, qu’elles prennent comme un médicament ».

Un remède anti-cancer par des chercheurs tunisiens

Monastir, 29 janvier 2014,  une équipe de chercheurs tunisiens a réussi à extraire des feuilles d’une plante médicinale « la limoniastre», un produit capable de réduire de 35 % la prolifération du mélanome (cancer de la peau). La « limoniastre » ou « lavande de mer » est un sous-arbuste qu’on retrouve dans les pays du pourtour de la Méditerranée et particulièrement en Afrique du nord. Une plante avec des feuilles rugueuses, couleur vert glauque, avec des fleurs mauves disposées en épis au sommet des tiges.   Leila Chekir Ghédira, spécialiste en toxicologie moléculaire et chercheur à l’Unité de recherche des substances naturelles bioactives et biotechnologie, à la Faculté de pharmacie de Monastir explique : “Des expériences menées sur des animaux ont démontré que les extraits des feuilles de la limoniastre sont capables de détruire jusqu’à 70 % certaines cellules cancéreuses….D’autres expériences menées sur le pistacia et le myrte, deux plantes médicinales, ont permis la découverte de molécules qui déclenchent l’autodestruction de certaines cellules cancéreuses”.

La meilleure épice anti-cancer,le curcuma

La curcumine est, parmi tous les nutriments, celui dont les effets sur le cancer sont les mieux documentés dans la littérature scientifique. La curcumine est un dérivé du curcuma. Les médecines traditionnelles, chinoise et indienne, exploitent ses vertus thérapeutiques depuis des milliers d’années. Elle est particulièrement connue pour ses puissantes propriétés anti-inflammatoires. Or, l’inflammation chronique est un facteur sous-jacent de nombreuses maladies chroniques, si ce n’est pas de toutes. Il a été démontré que la curcumine influence l’expression de plus de 700 gènes, ce qui pourrait expliquer en partie ses nombreux bienfaits sur la santé.

Dans un article publié dans le Journal of Nutritional Biochemistry du mois de juillet 2011, des chercheurs expliquent que la curcumine pourrait être la solution pour stopper un type mortel de cancer du cerveau appelé glioblastome. L’étude, réalisée sur des souris, vient appuyer des observations qui avaient déjà été faites auparavant. Une étude publiée en 2008 dans la revue scientifique Cancer Prevention Research a observé que la curcumine inhibe la mobilité (leur capacité à se déplacer) des cellules du cancer du sein et leur propagation en inhibant le fonctionnement du l’alpha-6-bêta-4 intégrine, ce qui implique qu’elle pourrait servir comme agent thérapeutique efficace dans les tumeurs qui sur-expriment l’alpha-6-bêta-4. L’alpha-6-bêta-4 est associé au développement du cancer en contribuant à la résistance des cellules à l’apoptose et aux métastases. L’apoptose signifie la mort cellulaire programmée : les cellules cancéreuses ont la particularité de ne pas mourir quand elles le devraient, ce qui contribue au développement des tumeurs.

En 2009, une étude publiée dans la revue scientifique Molecular Pharmacology a observé que la curcumine inhibe la croissance des cellules cancéreuses du pancréas, et accroît la sensibilité des cellules à la chimiothérapie. Une étude de 2010 a conclu que la curcumine a la capacité de cibler les cellules souches cancéreuses.

Il est enfin à remarquer qu’en Inde, où le curcuma est très répandu dans la cuisine, la prévalence, c’est-à-dire la fréquence, de quatre cancers très répandus dans les pays développés –cancer du côlon, du sein, de la prostate, du poumon– est dix fois plus faible.