Ayant pour objet de rassembler et associer tous les acteurs du secteur pharmaceutique autour d’une réforme globale, juste et transparente, visant à promouvoir la formation continue, la valorisation du rôle des pharmaciens dans leurs différents domaines d’activités, la réglementation régissant le métier au service de la santé publique et le développement du secteur, une nouvelle charte a été signée, le 9 décembre 2017, par vingt-cinq membres de la profession affiliés au CNOPT.

Hela Kochbati

Lors de la cérémonie, où Chedly Fendri, président du CNOPT, et Chokri Jeribi, président du SEPHIRE, comptaient parmi les signataires, on a pu noter la présence de la Dre Sonia Ben Cheïkh, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Santé, la Dre Inès Fradi, à la tête de la DPM et Ahlem Hajjar, secrétaire générale du CNOPT.

Contenu de la charte des droits et devoirs du pharmacien

A l’initiative du CNOPT, et en commun accord avec les parties signataires, la charte vise à rapprocher et associer tous les acteurs de la profession autour d’un projet unique. Il s’agit d’une collaboration constructive avec les autorités pour valoriser le métier de pharmacien dans les différents domaines d’activités et assurer une réforme de la réglementation régissant le secteur pharmaceutique au service de la santé publique et dans le respect de l’éthique et des règles de déontologie. Développer un réseau académique et institutionnel afin d’améliorer le statut du pharmacien dans les différentes structures sanitaires, promouvoir l’industrie pharmaceutique locale, défendre le droit légitime du pharmacien au monopole sur tous les produits pharmaceutiques, médicamenteux ou non, sur les laboratoires d’analyses médicales et la répartition en gros, sont autant de priorités reconnues dans la les textes de la charte. En outre, sans se substituer aux textes législatifs réglementaires et conventionnels, il s’agit aussi de maintenir et actualiser les connaissances et les compétences du pharmacien par le biais de la formation continue sous l’égide du Haut comité de la formation pharmaceutique continue, de promouvoir l’adéquation formation/emploi pour les besoins stratégiques du pays en matière de santé, de développer le partenariat public-privé et enfin de collaborer avec la faculté de Pharmacie de Monastir pour renforcer et établir les structures de recherches des projets d’études afin de mettre en avant le rôle primordial du pharmacien dans le domaine de la santé.

Ahlem Hajjar, Secrétaire générale du CNOPT

1. Quelle est la particularité de cette charte ?

Cette charte pharmaceutique est davantage un engagement moral qui rassemble pour que toute la profession pharmaceutique soit au diapason, elle n’a pas la prétention de remplacer les textes réglementaires et législatifs de la profession.

2. Quels sont, pour vous, les points essentiels des textes ?

Le monopole pharmaceutique, véritablement touché au quotidien, est, à mon sens, un des chapitres les plus importants de notre secteur, sachant que des produits pharmaceutiques non médicamenteux se vendent un peu partout en ville et que la Pharmacie centrale fournit directement les médicaments aux mutuelles ou à des sociétés. Il est temps pour le pharmacien de récupérer son monopole, un combat que nous devons mener main dans la main avec les syndicats. Le second volet méritant qu’on lui accorde de l’importance est la formation continue car un pharmacien doit régulièrement actualiser ses connaissances, d’autant que les innovations thérapeutiques voient sans cesse le jour sur le marché pharmaceutique, obligeant le professionnel à se former pour remplir au mieux sa fonction.

3. Peut-on penser que cette charte pourrait être un précurseur pour l’actualisation de la réglementation de la profession ?

Eh bien non, bien que les textes réglementaires régissant la profession aient fait leur temps. Il nous incombe d’oeuvrer pour la révision de la fameuse loi 73 et, bien entendu, nous y travaillons, tout autant que l’ensemble des lois. C’est normal. Une profession dynamique est toujours amenée à oeuvrer pour la mise à jour des lois qui la gouvernent.

4. Un dernier mot relatif à cette charte ?

Je dirais avant tout qu’il est primordial, pour parvenir à concrétiser nos objectifs, de nous unir autour du CNOPT d’une part et de nous y tenir, d’autre part. J’espère que les autorités seront à notre écoute et travailleront de concert avec les autres structures du système de la santé.

Chedlia Fendri

Chedlia Fendri, Présidente de la Société des Sciences Pharmaceutiques

Que représente pour vous la signature de cette charte ?

En tant qu’invitée par le CNOPT, et représentante de la Société des Sciences Pharmaceutiques, à la signature de cette charte, je pense sincèrement que c’est ce qui pouvait arriver de mieux pour la profession et pour l’entente réciproque, à condition que tous les professionnels concernés la respectent. Si tant est que l’on ait envie d’enfreindre quelque peu les règles, notre engagement moral relatif à cette charte peut nous en dissuader, tout autant qu’il peut nous encourager à entretenir de bonnes relations interprofessionnelles, à travailler avec une conscience professionnelle, que je qualifierais de noble, à l’égard de la santé publique et des patients. J’espère en tout cas que ce protocole ne se limitera pas au secteur pharmaceutique et qu’il s’élargira à toutes les professions de santé en premier lieu, puis à tous les corps de métiers traitant avec la population.

Meriem Guerfali, Présidente de l’Association Tunisienne de la Pharmacie Hospitalière

Quel est, selon vous, l’apport de cette charte ?

Le pharmacien hospitalier étant partie intégrante de la profession, nous sommes signataires de la charte car nous considérons qu’en étant tous unis nous pouvons contribuer à un plus grand impact au niveau de la santé, du ministère de tutelle et notre rôle ne sera que plus prépondérant au sein du circuit du médicament et surtout dans le projet commun de santé dans sa globalité.

Om El Khir Hamada, Présidente du CROPT-Tunis

Qu’attendez-vous suite à cette signature ?

La charte pharmaceutique étant une convention entre toutes les structures de la profession, conseils régionaux et syndicats, associations et amicales pharmaceutiques, j’espère qu’elle suscitera la solidarité interprofessionnelle, même si nous n’avons pas tous les mêmes priorités, les mêmes besoins et les mêmes préoccupations.

Ridha Sarraj

Ridha Sarraj, pharmacien

Auriez-vous une suggestion à faire relativement à cette charte ?

Tous les éléments essentiels en vue de la cohésion de l’ensemble des acteurs de notre secteur et de la valorisation de notre métier ont été mentionnés dans les textes entérinés. Toutefois, étant donné qu’il ne s’agit pas là d’une réglementation et afin que les pharmaciens, tous domaines d’activité confondus, s’y tiennent sans faillir, il serait peut-être judicieux d’inclure dans la charte la mise en place d’un comité de suivi, composé de deux représentants de chaque syndicat et devant se réunir au moins deux fois par et ce, en vue de promouvoir la charte auprès des adhérents et de veiller à la mise en oeuvre des principes qu’elle énonce.