Laboratoires pharmaceutiques locaux et internationaux doivent collaborer

Les relations entre les secteurs local et international de l’industrie pharmaceutique en Tunisie ne sont pas toujours au beau fixe. Des susceptibilités et des méfiances réciproques troublent quelque peu les rapports qu’entretiennent, par la force des choses, les laboratoires tunisiens avec leurs concurrents internationaux, présents en Tunisie, et notamment les plus grands d’entre eux, Sanofi, Pfizer et Pierre Fabre. Le long entretien que nous a accordé Chokri Jeribi, Président du Syndicat des Entreprises Pharmaceutiques Innovantes de Recherche (SEPHIRE) et Directeur Médical & Affaires réglementaires et publiques chez Sanofi-Aventis, vient mettre les choses au clair en donnant le point de vue des laboratoires internationaux sur diverses questions, dont la plus controversée est celle relative à l’accusation de « concurrence déloyale », lancée par des industriels locaux, à l’encontre des Laboratoires internationaux. Chokri Jeribi ne se contente pas de réfuter cette accusation, il s’efforce, tout au long de cet entretien, de mettre l’accent sur les intérêts communs de l’ensemble du secteur et sur les perspectives de coopération et d’actions communes sous l’égide des deux structures représentatives, le Sephire, représentant les Laboratoires internationaux, et la Chambre Nationale des Industries Pharmaceutiques (CNIP), représentant les industriels locaux. Dans cet entretien, Chokri Jeribi a aussi parlé des problèmes de prix, de l’importante question de la formation, ainsi que des efforts déployés pour faire de la Tunisie un pôle développé dans le domaine de la recherche clinique.

Hmida Ben Romdhane

Si l’on commence par avoir une idée sur le Syndicat des Entreprises Pharmaceutiques Innovantes de Recherche (SEPHIRE) ?

SEPHIRE a été créé il y a bientôt deux ans. C’était un vœu des laboratoires installés en Tunisie depuis des décennies, c’est-à-dire depuis l’indépendance. Vous savez que les entreprises pharmaceutiques locales sont de création relativement récente. Leur essor a commencé dans les années 1990, puisque, avant cette date, seule la Pharmacie Centrale détenait le monopole des importations.
Il était donc grand temps que ces laboratoires, présents en Tunisie, soient regroupés en association, d’où l’idée de créer SEPHIRE, une association regroupant tous les laboratoires pharmaceutiques internationaux concernés par la recherche, le développement et l’innovation. En d’autres termes, sont membres de Sephire les laboratoires présents en Tunisie, faisant de la recherche et découvrant de nouveaux médicaments. A la date d’aujourd’hui, nous comptons quinze membres qui représentent les grands laboratoires pharmaceutiques internationaux en Tunisie.

La mission principale de Sephire est d’agir en tant qu’acteur et partenaire de la santé dans ce pays, sachant que 60% des médicaments qui y sont distribués appartiennent à ces laboratoires internationaux.

Une autre mission de Sephire consiste à prendre part aux débats sur les médicaments. Certes, il y a la CNIP (Chambre Nationale des Industries Pharmaceutiques) mais celle-ci intéresse principalement les fabricants locaux tunisiens. Il faut préciser que plusieurs laboratoires internationaux, comme Sanofi, Pfizer et Pierre Fabre, sont des fabricants locaux. Il est important que Sephire et la CNIP travaillent en étroite collaboration, pour assurer, tout en y contribuant, l’amélioration de l’accès aux médicaments.
En effet, une des missions de SEPHIRE consiste à élargir l’accès aux médicaments et l’accès à l’innovation à travers des systèmes issus de débats avec les décideurs. Un autre chapitre très important dans la mission de Sephire, c’est d’assurer une certaine éthique en termes de promotion et de commercialisation des médicaments et entre les différents membres de la profession. Et, je dois le rappeler ici, le premier thème choisi par Sephire dans son premier rendez-vous scientifique était « l’éthique médicale ». A cette occasion, nous avons invité le professeur Claude Huriet, père de la bioéthique en France et en Europe. Une autre mission importante de Sephire a trait à la formation et l’information médicales.

Certes, il y a beaucoup à faire en termes de règlementation pour organiser la formation, mais les laboratoires internationaux ont joué, et jouent encore, un rôle très important dans la formation et la mise à niveau de l’encadrement des professions de la santé.
En outre, un objectif important pour SEPHIRE consiste à faire de la Tunisie un pôle d’excellence en termes de recherche clinique. Et cela est possible, compte tenu du grand potentiel scientifique et humain existant. Sur le plan juridique, les textes essentiels règlementant les essais cliniques existent mais, comme dans tous les domaines, il y a toujours des règlementations à réformer et des améliorations à apporter.
Pour vous donner une idée sur les recherches cliniques, 100 millions de dollars par an sont dépensés par les grandes firmes pharmaceutiques dans la recherche clinique. Et si l’on considère que 25% sont dédiés à l’industrie directe, le reste est réparti sur les services, les prestations et les sites de la recherche. L’enjeu est donc d’importance. Toutefois, l’on ne peut passer sous silence le dilemme auquel font face les grandes firmes pharmaceutiques : la recherche coûte de plus en plus cher d’un côté et, de l’autre, les firmes pharmaceutiques se trouvent confrontées à l’obligation de faire des économies sur les budgets de santé.

Mais dans le domaine de la recherche, il n’y a pas que l’argent qui compte n’est-ce pas ?

Tout à fait, la recherche, en plus du facteur coût, a aussi besoin de qualité et de rigueur. Or, ces deux dernières nécessitent, avant tout, une bonne législation. En d’autres termes, les laboratoires implantent leurs unités de recherche dans les pays où la qualité, la rigueur, les bonnes législations et les moindres coûts sont de mise. Jusqu’à présent, la recherche se fait principalement en Europe et en Amérique, mais si les laboratoires internationaux trouvent les mêmes conditions ailleurs et de bons investigateurs formés dans la recherche clinique, ils vont ailleurs si cela leur permet de faire des économies tout en gardant la qualité. Pour revenir à notre pays, je pense que le coût de la recherche peut être très compétitif par rapport à l’Europe. Nous disposons d’un grand atout, la proximité géographique avec l’Europe. Au niveau de la rigueur et de la qualité, un grand chemin a été parcouru. Les grands laboratoires internationaux ont beaucoup fait dans ce cadre dans notre pays. Un programme de formation sur les Bonnes Pratiques Cliniques (BPC) a été mis en place depuis 1994 en collaboration, entre autres, avec la Faculté de médecine de Tunis. On forme actuellement autour de 100 investigateurs par an sur cette base. Un médecin bien formé sur les bonnes pratiques cliniques est un médecin qui peut faire les essais cliniques adéquats. Pour résumer, nous avons des investigateurs formés aux BCP et de bonnes lois, même si elles peuvent encore être améliorées. Nous manquons de textes relatifs aux essais sur

les volontaires sains. Or on sait que la recherche clinique sur de nouveaux médicaments passe par plusieurs étapes d’essais, en commençant par les essais sur les animaux. Ensuite, viennent les étapes d’essai sur les humains, en commençant par les essais sur les volontaires sains, ce que la loi tunisienne n’autorise pas encore. C’est un obstacle qu’il va falloir surmonter. Pour les phases III et IV (avant et après commercialisation en vue de la pharmacovigilance), moyennant de petits amendements, les textes sont plutôt adéquats. Je voudrais également souligner l’importance des études observationnelles multicentriques nationales, qui peuvent apporter beaucoup en termes de données épidémiologiques pour notre pays.
Si l’on règle ces petits détails juridiques et que l’on continue sur la bonne voie de la formation des investigateurs, la Tunisie sera un centre important de recherche clinique et l’on aura là une source supplémentaire de devises et d’emplois.

Concrètement, comment se déroule le processus de formation ?

La formation fait partie des objectifs des laboratoires de recherche et de développement.

Comme je l’ai dit, l’un des objectifs de Sephire, c’est de contribuer à la formation des corps médical et pharmaceutique tunisiens. Nous travaillons en étroite collaboration avec les sociétés savantes et les syndicats régionaux des médecins de libre pratique. Il existe deux types de formation :

• Celle proposée par ces sociétés savantes et sponsorisée par les laboratoires pharmaceutiques, où les sujets ne sont pas choisis par les sponsors. Si, par exemple, l’on fait une formation sur l’hypertension artérielle, on fait appel à un conférencier reconnu, que ce soit au niveau national ou au niveau international, et l’on prend seulement en compte les aspects pédagogiques, le charisme et la notoriété du conférencier qui fait cette formation auprès des médecins généralistes, et même auprès des spécialistes. Il s’agit essentiellement d’actualisation des connaissances par rapport aux nouveautés ou aux résultats des derniers congrès internationaux.

• Celle initiée par des laboratoires pharmaceutiques, locaux ou internationaux, et où il s’agit essentiellement de former et d’informer sur leurs nouveaux produits. Quand un nouveau médicament est mis sur le marché, il est important de faire une formation relative à son mécanisme d’action, à sa différentiation par rapport au traitement existant, à sa valeur ajoutée, etc. Les laboratoires internationaux, souvent sur la demande des sociétés savantes, invitent de grands experts internationaux dans le cadre de leurs congrès nationaux annuels et en collaboration avec elles. C’est là que réside notre contribution à la formation des professionnels de la santé, médecins et pharmaciens. Il faut préciser ici que les pharmaciens ont un très grand rôle à jouer dans le bon usage des médicaments, en particulier, et dans la chaîne de santé, en général, et font partie des programmes de formation établis par les laboratoires pharmaceutiques.

L’instabilité politique a eu certains impacts sur le quotidien des industries pharmaceutiques de manière générale. Pour exemple, les retards enregistrés dans l’octroi des AMM ou encore au niveau de la validation de certains dossiers déposés. Nous y travaillons. Nous en avons discuté en toute franchise avec les responsables de la DPM et du LNCM. Cela dit, nous nous efforçons, de par notre rôle citoyen, de garder la confiance des investisseurs et des maisons-mères en Tunisie.

Une question que l’on ne peut passer sous silence : certains de vos collègues de l’industrie pharmaceutique locale se plaignent de la concurrence déloyale pratiquée par des laboratoires internationaux, leur faisant perdre de l’argent. Que répondez-vous à cette accusation ?

Les laboratoires pharmaceutiques internationaux ont, derrière eux et au niveau des maisons-mères, des départements qui règlementent leurs actions. Même si la concurrence déloyale était dans leurs intentions ils ne peuvent s’y adonner, parce qu’il existe des systèmes de contrôle et d’assurance-qualité à tous les niveaux, que ce soit au niveau conventionnel ou de tout ce qui est information médicale.

Ce qui fait qu’aucun laboratoire, aujourd’hui, ne pourrait se permettre d’enfreindre les procédures et les lois tunisiennes en termes de promotion, d’information et de distribution. Et, en ma qualité de président de Sephire, je peux vous assurer qu’il n’y a pas du tout de risques de débordements en termes de pratiques promotionnelles. SEPHIRE a d’ailleurs créé un organisme spécialisé dans le contrôle de la promotion et de très fortes sanctions sont prévues pour réprimer les dépassements. Par conséquent, je ne peux valider ces accusations, d’autant que les mêmes accusations sont portées par des laboratoires internationaux à l’encontre de certains laboratoires locaux, notamment au niveau de la pratique de procédures commerciales illégales et des pratiques promotionnelles. De ce fait, il est urgent que les structures des deux associations communiquent et débattent sur ce sujet.

Plus concrètement, l’accusation porte sur les prix des laboratoires internationaux, fluctuant selon l’existence ou non de la concurrence…

Comme vous devez le savoir, les prix sont réglementés dans notre pays. Nous nous battons, bien au contraire, pour avoir des prix raisonnables, ce que nous arrivons très difficilement à obtenir ces dernières années. Les prix des médicaments importés obéissent à une loi appliquée par la PCT. En pratique, aujourd’hui, les choses changent. Divers vis-à-vis interviennent dans la validation des prix des médicaments importés, ce qui aboutit à des blocages au niveau de la Commission des spécialités, ou de la

Commission technique, ou encore au niveau de la C.A.M (Centrale d’achat à Pharmacie Centrale). C’est pourquoi il faudrait centraliser, créer un seul vis-à-vis avec lequel discuter des prix car les investisseurs internationaux aiment la clarté et la transparence. Avec eux les tractations se font sur la base de textes clairs et ne souffrant d’aucune ambiguïté. C’est pourquoi nous courrons le risque de perdre les investisseurs au profit de pays où les textes de loi sont clairs et appliqués sans ambiguïté.
En outre, un problème de valorisation des prix se pose pour les produits importés car, malgré l’inflation, il n’y a aucune politique de révision à la hausse des prix.
Au niveau des appels d’offres, les coûts de formation et de promotion, par exemple, n’entrent pas dans la fixation des prix proposés. Il est donc normal que les laboratoires proposent des prix différenciés, où ils peuvent gagner mais aussi perdre. Par ailleurs et après que le brevet tombe dans le domaine public, l’amortissement est fait et le laboratoire peut se permettre d’agir encore à la baisse sur les prix proposés.

Pensez-vous qu’il est normal de compenser les médicaments importés par la Pharmacie Centrale, alors que ceux fabriqués localement ne bénéficient d’aucune compensation ?

En effet, il y a là un vrai déséquilibre. La position de Sephire est très claire à ce sujet. Nous ne nous battons pas du tout pour la compensation des produits importés et les mettre dans le cadre de la réalité des prix est une question de bon sens. Par ailleurs et depuis deux ans avec la dévaluation du dinar, les laboratoires internationaux sont pénalisés, puisque la Pharmacie Centrale, tout en maintenant fixe le prix public, a transféré la perte subie par la compensation aux laboratoires pharmaceutiques internationaux. Tout récemment encore, il a été décidé d’imposer à l’importateur de nouveaux produits de s’engager, pendant les quatre années à venir, à prendre sur lui-même les éventuelles dévaluations du dinar. Je ne pense pas que, à la lumière du contexte international, cette décision puisse avoir des effets positifs pour notre pays. Bien sûr, il ne s’agit pas seulement de contester ou de refuser. Nous comprenons parfaitement les soucis de la PCT relatifs au poids de la perte subie en rapport avec la compensation. Sur le principe, nous sommes tous d’accord pour arrêter la compensation mais il faut il faut trouver des solutions.

Quelles pourraient être ces solutions selon vous ?

SEPHIRE propose la création d’un Comité de réflexion sur le système de fixation des prix d’une manière générale en Tunisie. Outre l’érosion continue du dinar par rapport à l’euro, il faut tenir compte de l’augmentation des coûts des matières premières, celle des tarifs de la STEG et de la SONEDE, celle des salaires, etc. Face à cela, les prix des médicaments n’ont pas augmenté en conséquence. Nous avons les prix les plus bas de la région.

Il y va de la pérennité de notre industrie pharmaceutique. Il devient donc urgent de créer un Comité regroupant tous les acteurs autour d’une discussion sur les procédures et les mécanismes de fixation des prix, à savoir la CNIP, SEPHIRE, la DPM, les Ministères de la Santé et du Commerce et la CNAM. Nous pouvons nous inspirer des expériences d’autres pays ayant centralisé la décision relative aux prix.
L’autre aspect du problème concerne la réalité des prix. Compte tenu de l’impact qu’aura l’augmentation des prix des médicaments dans un contexte social fragile et instable, la réticence du Ministère du Commerce à aller dans ce sens est compréhensible mais il est possible de s’aligner progressivement sur la réalité des prix.
Le statut des produits OTC peut contribuer à réduire les difficultés des fabricants locaux par rapport aux firmes internationales. Certains produits sont remboursés par la sécurité sociale et la CNAM, d’autres n’alourdissent pas du tout ses dépenses et celles de l’Etat, soit les prix des produits OTC qui, eux, peuvent être libérés. Il y aura sans doute une flambée des prix au début mais, par la suite et

progressivement, la concurrence aidant, la tendance sera vers la baisse.

Toutes susceptibilités entre les deux secteurs mises à part, quelles sont les perspectives de coopération mutuellement fructueuses ?

Les laboratoires locaux et internationaux n’ont d’autre choix que de travailler ensemble. Pour vous donner un exemple, le LEEM (les entreprises du médicament) est une structure qui chapeaute à la fois les entreprises de génériques et les laboratoires de Recherche et Développement. En quelque sorte, l’équivalent de la CNIP et de SEPHIRE. Ces deux dernières structures ont de très bonnes relations.

Dès la création du SEPHIRE, nous avons contacté Ridha Charfeddine, le président de la CNIP, pour l’en informer. Nous tendons la main à tous les membres de la CNIP afin de travailler ensemble. Je pense que nous sommes complémentaires. Si vous prenez les défis auxquels fait face aujourd’hui l’industrie pharmaceutique, en premier lieu les essais cliniques et la recherche de manière générale, ces défis concernent tout à la fois les industriels locaux et les investisseurs étrangers. Les autres défis concernent l’exportation et la biotechnologie et là nous pouvons faire du bon travail ensemble. Le savoir-faire des laboratoires internationaux au niveau de la biotechnologie ne peut qu’être extrêmement bénéfique pour les fabricants locaux, qui doivent se mettre à la fabrication des produits « biotech ». Mais pour s’y adonner, il faut commencer par mettre en place les dispositifs législatifs sur les biosimilaires. C’est important. Vous ne pourrez jamais démarrer et obtenir des contrats de sous-traitance pour fabriquer des produits « biotech » en Tunisie, si vous n’avez pas de textes de lois réglementant les biosimilaires.
Enfin, qui dit coopération dit concertation continue entre la CNIP et le SEPHIRE. Pour revenir au thème de la concurrence déloyale dont vous parliez, il n’y a rien de mieux que la discussion pour dissiper cette perception erronée des choses et de la réalité.
Enfin, concernant la promotion, il existe aujourd’hui une charte éthique propre à SEPHIRE mais j’envisagerais plutôt une charte commune rédigée avec la CNIP. Ce serait une bonne façon de signifier aux autorités que la profession est capable de s’organiser et de se prendre en charge. De plus, une charte seule ne suffit pas, il faudrait aussi un comité de déontologie dont la mission serait la prévention des débordements au niveau de la promotion des médicaments.

Ne pensez-vous pas qu’établir des structures communes entre la CNIP et le SEPHIRE est urgent ?

Tout à fait, à SEPHIRE, nous comptons proposer la création d’un espace de rencontres périodiques pour discuter, communiquer, mettre en place des programmes communs, tant au niveau de la formation, qu’à celui de la recherche ou de la vision d’avenir. De nombreux sujets sont à discuter : le système de fixation des prix, la charte éthique, le retard dans l’octroi des AMM, la révision du processus d’enregistrement en Tunisie, l’exportation, etc. Sur ce dernier point, j’aimerais exprimer ici une idée qui m’est chère. Les trois grands Laboratoires internationaux, Sanofi, Pfizer et Pierre Fabre sont des fabricants locaux et donc intéressés par les questions d’export. A ce niveau, il serait hautement bénéfique, pour tout le monde, de créer une sorte de flux intermaghrébin des médicaments. Cela nécessite la création d’un espace régional libre et une harmonisation des AMM. Ce sont les conditions du « FIM » (Flux Intermaghrébin du Médicament). L’importance de cette formule réside dans son impact positif sur les prix et l’emploi. Si l’on prend le cas de Sanofi, par exemple, ses capacités de production dépassent largement les besoins du petit marché tunisien et, évidemment, les coûts de production ne sont pas les mêmes pour une population de dix millions ou une population de cent millions. Plus on produit, plus les coûts baissent et plus on embauche, d’où l’importance du « FIM ». Le principe, son importance et ses bénéfices ont été soumis. Tout est prêt pour sa concrétisation, pourtant l’essentiel manque : la volonté politique des décideurs maghrébins. Ces derniers seraient bien inspirés de se mettre enfin autour d’une table et de discuter sérieusement de ce Flux inter-maghrébin du médicament.