Conférence nationale de la santé L’aboutissement d’un long périple et d’un engagement solidaire

Conférence nationale de la Santé – Septembre 2014

 

La Conférence nationale de la santé qui s’est tenue au Palais des congrès de Tunis du 2 au 4 septembre 2014 est la résultante du dialogue sociétal sur les politiques, les stratégies et les plans nationaux de santé débuté en octobre 2012. L’évènement a mobilisé plusieurs acteurs de la société et des membres du gouvernement. Pour rappel, le dialogue sociétal sur la santé, engagé par le gouvernement tunisien avec l’appui de l’OMS et de l’Union Européenne, « est une démarche participative et inclusive mettant le citoyen au centre du dispositif ».

Amidou Traoré

C’est dans un contexte constitutionnel approprié qu’a eu lieu cette conférence sur la santé, puisque la nouvelle constitution, ratifiée le 27 janvier 2014, laisse une place importante au droit à la santé. En plus, la loi met en première ligne le rôle des collectivités locales, car pour répondre aux besoins locaux, une bonne stratégie sanitaire doit s’appuyer sur les structures décentralisées de l’Etat, selon le comité technique de l’évènement. La réforme du système de santé est un besoin exprimé par tous les acteurs. L’on pouvait lire sur de petites pancartes affichées dans la salle du Palais des congrès : « la santé nous unit ». En effet, ce message d’union autour d’un but commun a guidé tous les débats et a fini par l’adoption d’une déclaration afin de construire ensemble le système de santé de demain. Les indicateurs globaux déclarés ont  souvent  caché des disparités régionales flagrantes, selon le rapport du Comité technique du dialogue sociétal. Depuis l’indépendance, constate le même rapport, le système de santé s’est doté de politiques et stratégies visant à améliorer l’accès aux services de santé, la gestion des problèmes de santé prioritaires, la maîtrise des dépenses et l’amélioration de la qualité des services. Cette stratégie politique avait élevé la Tunisie au rang de bon élève en matière de système de santé. Malgré ces acquis, l’accumulation de problèmes non résolus, mais également l’apparition de nouveaux risques sanitaires ont fortement dégradé le secteur. Ces difficultés ont, par ailleurs, fait naître une crise de confiance de la population vis-à-vis des services sanitaires (publics). Le gouvernement a fait plusieurs investissements dans les régions depuis la révolution, mais les résultats n’ont pas été à la hauteur des attentes. « Nous nous sommes rendu  compte que la réalisation d’infrastructures n’était pas la priorité », a déclaré le ministre de la Santé au cours d’une conférence de presse. Une réflexion sur les politiques, stratégies et plans nationaux de santé est la réponse à un besoin sanitaire devenu plus visible depuis la révolution. Un programme de dialogue sociétal sur la santé a été élaboré. Ce débat sur la santé est une bonne démarche qui pourrait aboutir à de très bons résultats, a laissé entendre Dr Alaeddine Alouane, Directeur régional de l’OMS pour la région de la Méditerranée orientale. Il comporte trois phases. La première phase a consisté en un débat public transparent, selon une approche participative et inclusive qui a donné lieu à la Conférence nationale de la santé. Les deux dernières phases seront consacrées à l’élaboration d’une politique de santé, de stratégies et de  plans de mise en œuvre, mais aussi à l’évaluation. La conférence nationale de la santé, organisée du 2 au 4 septembre 2014, est donc l’aboutissement d’un processus  qui a débuté par l’état des lieux (de juin 2013 à mars 2014) juste après la phase préparatoire. Ce diagnostic a été fait de façon participative et s’est fondé sur une revue des études sur la santé et le système de santé en Tunisie. La revue documentaire a été complétée par des ateliers de travail thématiques, des rencontres avec des informateurs clés, des panels d’experts, des focus groups avec les citoyens, les professionnels de la santé et les associations, soit environ huit cents personnes. L’état des lieux a, par la suite, été discuté et validé par plus de quatre-vingts participants au cours d’un séminaire tenu du 14 au 16 mars 2014 à Kairouan, ainsi que par le Comité de pilotage. Après ce processus de diagnostic, il y a eu les rendez-vous de la santé, tenus du 26 avril au 31 mai 2014, dans les vingt-quatre gouvernorats, à raison de deux réunions par gouvernorat, une pour les citoyens et une pour les professionnels de la santé. La dernière étape avant la conférence a été les jurys citoyens. Tenus les 11, 12 et 13 juin dernier, ces jurys ont regroupé quatre-vingt-douze citoyens et professionnels, tirés au sort lors des quarante-huit rendez-vous de la santé, et quinze experts et facilitateurs nationaux et internationaux. Les travaux de ces jurys ont abouti à une conclusion dite « conclusion des jurys citoyens » qui a été l’un des documents de base de la Conférence nationale de la santé. Ces trois processus constituent la première phase de ce dialogue sociétal.

 

Déclaration de la Conférence  nationale de la santé et engagement des participants

 

La Conférence nationale de la santé a eu pour but le partage et l’appropriation par tous les acteurs de la société de l’ensemble des produits du dialogue sociétal. Cet échange a abouti à un engagement formulé dans une déclaration, appelée « Déclaration de Tunis pour la concrétisation du droit à la santé »  qui donne les grandes orientations pour une politique de la santé à l’horizon 2030. Ce document de deux pages a été adopté à l’unanimité par l’ensemble des participants, composé  de citoyens, de professionnels, de représentants des associations, d’experts et d’hommes politiques. Avant l’adoption de la déclaration, les mécanismes pour la continuité du processus dans le temps ont été discutés et validés. Les participants sont également intervenus sur le fond de la déclaration et les moyens de son activation. Ils s’engagent à contribuer activement à l’élaboration d’une politique de la santé en Tunisie, à participer pleinement à la mise en œuvre  et à œuvrer pour la conduite de l’évaluation de la mise en place de la reforme.

Points de vue croisés sur la déclaration de Tunis pour la concrétisation du droit à la santé

Dr Adderrazak Bouchahda

Médecin-consultant

Ce texte constitue une grande déclaration de base qui doit être transformée en plans et stratégies de santé au bénéfice de toute la population. L’objectif aujourd’hui est de promouvoir un système de santé durable, qui est une vision globale de l’environnement, de la santé, de mode de vie et de bien-être pour aboutir à une meilleure qualité de vie.

Michel Venne

Directeur général de l’Institut du Nouveau Monde (Montréal), expert international associé à l’organisation de la Conférence nationale de la santé

Expert accrédité auprès du gouvernement canadien dans le domaine de la santé, le directeur général appelle le gouvernement tunisien à prendre ses responsabilités en  activant la phase de mise en œuvre du projet. Selon notre expert, le ministère de la Santé doit créer une instance indépendante constituée de savoir citoyen, savoir technique  et savoir professionnel. «  Il est nécessaire d’élargir l’adhésion et l’appartenance à la déclaration à d’autres citoyens. Cette dernière stratégie devrait aboutir à la consolidation de  jurys citoyens plus étendus, afin de garantir le suivi et la continuité des recommandations de la conférence. Ces jurys pourraient se transformer, dans le temps, en une association citoyenne et devraient produire chaque année un rapport de suivi».

Dr Mohsen Farza

Médecin-consultant international

Cette déclaration est une grande avancée pour l’amélioration du système de santé en Tunisie. Toutefois, « elle ne doit pas être prise telle qu’élaborée », car elle ne montre pas de manière claire les axes prioritaires. Le texte couvre un grand nombre de domaines et tous les problèmes ne peuvent pas être résolus au même moment. Par ailleurs, aucune mention n’est faite, dans la déclaration, sur les capacités actuelles du ministère de la Santé à mettre en œuvre toutes ces recommandations. « Nous n’avons pas de diagnostic institutionnel. En plus nous ne sommes pas informés des obstacles qui pourraient empêcher la réalisation de ce grand chantier ». La création immédiate d’une institution autonome et transparente s’impose, afin d’assurer le suivi de la mise en œuvre de ce changement.

Néjib Chaabouni 

Président du CNOM

Les propositions contenues dans cette déclaration bénéficient d’une grande crédibilité, parce qu’ « elles sont le fruit d’un échange entre tous les acteurs. Ce texte n’est pas une idée imposée par un expert ». Il pourrait servir de référence pour les futures stratégies de santé dans notre pays. Cette déclaration prend en compte les préoccupations de toutes les parties, même si elle reste à un niveau de principe. « Il appartient donc à l’administration et aux politiciens de définir les détails et les spécificités ». Quant aux mécanismes de mise en œuvre, les citoyens doivent s’ériger en jury pour assurer le suivi et la continuité en conformité avec les recommandations de la déclaration.

 

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