Pr Chedlia Fendri à l’Académie française de Pharmacie

Si l’on doit la décrire en deux mots, on ne trouvera pas mieux que modestie et discrétion. Ces deux qualités sont d’autant plus remarquables qu’elle cumule un nombre presque exagéré de fonctions, de postes de responsabilité et de références académiques.
En effet, Pr Chedlia Fendri est chef de service de microbiologie à l’hôpital « Rabta », professeur de microbiologie à la Faculté de pharmacie de Monastir, présidente de la Société des sciences pharmaceutiques, secrétaire générale et membre fondateur de la Société tunisienne de microbiologie infectieuse, membre d’une vingtaine d’organismes divers à vocation scientifique ou associative. Et avec ça, elle trouve le temps d’être membre actif du Tennis Club, de pratiquer ce sport et même de participer à des compétitions.
Mais ce n’est pas de ses fonctions ou de ses responsabilités scientifiques et administratives que nous sommes venus discuter avec Pr Fendri, mais de quelque chose d’autre. Quelque chose de très important pour elle. Un événement qui vient couronner une carrière scientifique brillante et une activité académique intense.

Hmida Ben Romdhane

Son bureau est modeste, à l’image de son caractère. L’accueil est chaleureux mais cache mal un certain embarras. Peut-être redoute-t-elle que l’intrusion journalistique dans le calme matinal qui règne dans son bureau heurte sa propension marquée pour la réserve et la discrétion, ou contrarie sa modestie naturelle. Son appréhension est justifiée, car « la brillante élection », le 5 juin dernier, du Pr Chedlia Fendri « Membre Correspondant à titre Etranger de l’Académie nationale de Pharmacie », dont le siège est à Paris, va devoir l’obliger à sortir un peu de sa réserve et à mettre en veilleuse ses penchants prononcés pour la modestie et la discrétion.
C’est une conférence donnée par Pr Fendri en 2011 devant un parterre de scientifiques qui a déclenché le processus devant mener à son élection à cette prestigieuse institution française. A peine a-t-elle terminé sa conférence qu’une invitée française s’approche d’elle et lui propose de présenter sa candidature à l’Académie française de pharmacie.
La proposition a provoqué un certain tiraillement chez Pr Fendri. Qui n’aimerait pas voir sa carrière couronnée par l’honneur d’être élu membre d’une institution aussi prestigieuse ? Mais d’un autre côté, la future lauréate ne pouvait pas surmonter une certaine appréhension. « Je voulais présenter ma candidature. La perspective d’être élue membre de l’Académie nationale (française) de pharmacie est très attrayante et me fait honneur. Mais en même temps, je ne peux pas exclure la possibilité de voir ma candidature refusée, ce qui serait un échec pour moi. Et je n’aime pas les échecs», explique-t-elle.
Finalement l’insistance de l’Académie de voir Pr Fendri figurer sur la liste des candidats à l’élection de nouveaux membres en 2013 a eu raison de ces appréhensions. La candidature fut envoyée, accompagnée d’un dossier bien épais et bien consistant, détaillant la carrière et les contributions scientifiques et académiques de Pr Fendri dans le domaine de la pharmacie

et de la microbiologie.
Une lettre officielle datée du 20 juin, envoyée de Paris et signée par le Secrétaire général de l’Académie, informe Pr Chedlia Fendri du résultat : « Vous avez été élue Membre Correspondant à titre Etranger de l’Académie nationale de Pharmacie lors de la séance académique du 5 juin dernier. Il m’est très agréable de vous féliciter de votre brillante élection et je ne doute pas que vous saurez apporter votre concours et votre expertise aux différentes missions de notre Compagnie (…) »
Une « séance solennelle », prévue le 18 décembre, sera organisée en l’honneur des nouveaux membres élus, qui seront accueillis ce jour là par le président de l’Académie, Yves Juillet.
Mais qu’est-ce que l’Académie nationale de Pharmacie ? Fondée le 3 août 1803 sous le nom « Société de Pharmacie de Paris », elle a été « reconnue d’utilité publique » par un décret présidentiel du 5 octobre 1877. Trois quarts de siècle plus tard, le 5 septembre 1946 plus exactement, un autre décret présidentiel l’autorise à adopter le titre d’Académie de Pharmacie. Enfin, un décret du 9 octobre 1979 lui donne son titre actuel, c’est-à-dire « Académie Nationale de Pharmacie. »
Les objectifs poursuivis par l’Académie sont définis dans l’Article premier de ses Statuts. Ils consistent à :
– « se saisir de et étudier tous les sujets relatifs aux domaines scientifiques, techniques, juridiques, historiques et éthiques où peuvent s’exercer les compétences du pharmacien, en particulier ceux qui concernent le médicament et autres produits de santé, la biologie, la santé publique, notamment santé et environnement
– contribuer, dans ces domaines, à la formation des professionnels de santé
– travailler au progrès des sciences, à l’approche scientifique des questions environnementales, à la diffusion des travaux de recherche sur ces sujets et au perfectionnement des sciences et

techniques se rapportant à la pharmacie
– conseiller les Pouvoirs publics et éclairer l’opinion sur les sujets précités, en exerçant une veille sur leur évolution
– développer les relations nationales et internationales dans ses domaines de compétence. »
L’académie se compose, d’une part, de « membres » constituant l’Assemblée générale (membres titulaires, membres associés et membres correspondants nationaux) et, d’autre part, de « correspondants à titre étrangers » tous élus et ainsi répartis :
•100 membres titulaires (dont au moins 80% de pharmaciens)
•25 membres associés (pharmaciens ou non), auxquels s’ajoutent des membres associés honoraires en nombre non limité
•120 membres correspondants nationaux (dont au moins 80% de pharmaciens)
•75 correspondants à titre étranger (pharmaciens ou non), auxquels s’ajoutent des correspondants à titre étranger honoraires en nombre non limité.

L’article 3 des Statuts précise les conditions de choix des correspondants à titre étranger. Ceux-ci sont choisis parmi les personnalités étrangères, pharmaciens ou non, qui se sont distinguées dans les domaines scientifique, technique, juridique, historique et éthique où peuvent s’exercer les compétences du pharmacien.
Une fois élus, les membres et les correspondants à titre étranger de l’Académie se trouvent soumis à l’obligation de respecter les règles éthiques et déontologiques. Cette obligation est clairement définie par l’article 3 des Statuts qui stipule que « tout membre ou correspondant étranger de l’Académie nationale de Pharmacie s’engage au respect des règles d’éthique et de déontologie vis-à-vis de l’académie, de ses membres et de ses correspondants à titre étranger et, en particulier, à ne pas utiliser ce titre à des fins commerciales ou publicitaires. »

L’article 4 des Statuts répartit les membres titulaires de l’Académie en cinq sections :
• Sciences physiques et chimiques (1ère section)
• Sciences pharmacologiques (2ème section)
• Sciences biologiques (3ème section)
• Sciences pharmaceutiques et juridiques appliquées à l’industrie (4ème section)
• Sciences pharmaceutiques et juridiques appliquées à la dispensation des médicaments et autres produits de santé (5ème section).
Pr Chedlia Fendri, si elle le désire et si elle en fait la demande, sera rattachée à la troisième section, celle des sciences biologiques, la branche de sa spécialité.
Cette élection, si elle sonne comme le couronnement de la carrière bien remplie d’une brillante microbiologiste, honore toute la communauté scientifique tunisienne. C’est une élection qui maintient et entretient la flamme de l’espoir dans un pays qui, en dépit de la grave dégradation du niveau de l’enseignement, dispose encore de valeurs académiques sûres.
Reste à savoir si Pr Fendri a le temps nécessaire pour assumer les multiples fonctions et les innombrables responsabilités qui lui incombent. Avec un sourire où l’on décèle plus de fierté que d’embarras, elle répond : « Quand on sait utiliser rationnellement et efficacement son temps, on arrive à assumer toutes ses responsabilités, aussi nombreuses soient-elles. »