La faculté de pharmacie de Monastir a saisi l’occasion de son 40ème anniversaire pour organiser son VIIème congrès et ce, du 21 au 24 octobre derniers.

Le programme scientifique très riche a été officiellement inauguré le mercredi après-midi avec les interventions des anciens doyens, comme le Pr. Moncef Jeddi, le Pr. Souad Sfar et Kaïs Ben Youssef. Une conférence inaugurale sur les défis de la profession pharmaceutique au niveau international, présentée par Dr Michel Buchmann de l’International Pharmaceutical Federation (FIP), a suivi. Ce après quoi le Dr Christine Vinciguerra, de l’Université Lyon 1, a donné une première conférence plénière sur l’évolution internationale des études pharmaceutiques. Enfin, le doyen de la faculté, Pr. Abdelhalim Trabelsi, a donné quant à lui une conférence autour de la valeur ajoutée de l’établissement en 40 ans au service de la santé. 

Ce programme s’est étalé sur 4 jours avec, en clôture, la remise des prix des communications et une deuxième intervention du Pr. Abdelhalim Trabelsi. Le détail de cet événement dans ce qui suit avec les différentes interviews.

Le pharmacien face au fléau que constitue le cannabis

Nombreux ont été présents le vendredi après midi, notamment les jeunes, à cette session portant sur le cannabis et qui a suscité un grand intérêt. Les conférenciers ont mis l’accent sur la gravité du phénomène en Tunisie, surtout après la révolution. Alors qu’aujourd’hui un projet de loi peut aller dans le sens de la dépénalisation ou, en tout cas, de l’allègement de la peine (actuellement un an de prison ferme et une amande), le débat entre les partisans du « pour » et ceux du « contre » bat son plein.

Une bonne partie des jeunes interrogés par le Pr. Wahiba Douki, dont l’intervention était très riche en témoignages, pensent tout de même que le cannabis n’est pas aussi dangereux qu’on le prétend et souhaitent, au moins, essayer. De son côté, le Dr Mehdi Sfar met l’accent, avec le Pr. Lotfi Gaha, sur l’importance de l’information et de l’éducation au sein de la famille, un débat qui n’est pas près de se terminer. 

Pr. Abdelhalim Trabelsi Doyen de la faculté de pharmacie de Monastir

Le doyen de la faculté est heureux de présider ce 40ème anniversaire de l’établissement, icône des années après l’indépendance, il raconte…

Pr. Trabelsi, parlez-nous de ce congrès…

Le premier congrès de la faculté de pharmacie de Monastir s’est tenu en 1993, il y a eu une interruption pendant un moment, ensuite il a repris cette année. Il est habituellement organisé en partenariat avec l’amicale des enseignants de la faculté et, cette année, le congrès coïncide avec un événement majeur pour nous : le 40ème anniversaire et ses différentes festivités.

Je peux vous dire que je suis fier du programme scientifique, extrêmement riche, qui touche à quasiment tous les aspects récents de la pharmacie et du médicament. Nous avons travaillé sur la toxicomanie, sur la pharmacie clinique et nous avons eu une excellente session sur les biosimilaires, une branche d’avenir pour le secteur, où il s’agit de synthétiser des protéines avec les outils du génie génétique. Nous avons également invité des experts français en la matière.

Du nouveau concernant l’hépatite C ?

Tout à fait. Nous avons parlé des nouvelles thérapies pour l’hépatite C, encore un problème de santé publique à l’heure actuelle. Vous savez, l’hépatite C pose un problème de résistance aux antiviraux classiques et ces dix dernières années ont vu arriver de nouvelles molécules.

J’aimerais en outre souligner le fait que dans ce congrès une bonne partie des conférenciers sont des professeurs de la faculté de pharmacie et d’anciens étudiants devenus experts dans leurs domaines scientifiques respectifs.

Il y a également eu une excellente session sur les anticancéreux animée, de bout en bout, par des professeurs de la faculté de pharmacie qui manipulent tous les jours ces traitements. Ils ont donc parlé des difficultés, de la sécurité qui doit entourer la préparation de ces médicaments, etc. 

Ce n’est peut être pas à moi d’en parler puisque je suis moi-même président du congrès, mais je pense que c’est une véritable réussite.

Pourquoi avoir opté pour la tenue du congrès dans l’enceinte même de la faculté ?

Nous n’avons pas souhaité aller dans un hôtel, comme cela se fait habituellement, car le lieu et l’événement sont symboliques à nos yeux. Pour un 40ème anniversaire, c’est un cadre très agréable, avec beaucoup d’espace et un grand jardin. Personnellement, tant que je serai doyen, je ferai en sorte que ce congrès ait lieu dans l’enceinte même de la faculté.

Pr. Nabil Chaouch « La pharmacie clinique en Tunisie : 20 ans après»

Le Pr. Nabil Chaouch est ému de faire l’état des lieux, 20 ans après !

Pr. Chaouch, qu’est-ce que la pharmacie clinique ?

La pharmacie clinique est une démarche, une approche qui s’appuie sur toutes les connaissances fondamentales et appliquées des sciences pharmaceutiques. Les objectifs visés sont la prise en charge thérapeutique des patients et l’optimisation des soins par un travail conjoint avec le médecin. Il s’agit notamment de minimiser le risque iatrogène, tous les effets indésirables, comme les maladies nosocomiales, les erreurs médicales, etc. 

Pouvez-vous nous parler de votre intervention sur la pharmacie clinique ?

Le sujet que j’ai sélectionné a un historique car, il y a exactement 20 ans, j’ai donné une conférence sur ce même thème et je posais la question de savoir si la pharmacie clinique était un choix réaliste ou utopique.

Aujourd’hui, c’était donc pour moi l’occasion de faire un état des lieux par rapport à ce qui s’est passé depuis 20 ans dans ce domaine. J’ai participé à la mise en place de cette démarche avec plusieurs autres collègues, dont certains sont étrangers et je cite en particulier Jean Calop, l’un des fondateurs de la pharmacie clinique en France, qui nous a beaucoup aidés dans toutes les étapes que nous avons eu à traverser. J’ai suivi le processus le long de ces 20 ans…

Quel constat faites-vous donc ?

A mon avis, l’état des lieux est assez satisfaisant, comparé à celui d’autres pays comme les Etats-Unis, le Canada ou la France où le développement réel de la pharmacie clinique a mis 20 à 30 ans en moyenne. Nous concernant, il faut savoir que le cursus a été mis en place en 1997, ce qui fait donc à peine 18 ans pour nous, et je peux me réjouir du développement actuel que connait ce secteur dans la plupart des CHU en Tunisie.

Je peux vous dire que le potentiel humain dans notre pays est excellent. Il y a quelques années, seulement 6 ou 7 postes étaient à pourvoir au concours de résidanat dans les spécialités pharmaceutiques et celui de 2015 propose 20 postes… Nous espérons donc avoir le maximum de personnes formées en pharmacie clinique aux côtés des médecins dans nos différents CHU à travers le territoire.

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