La douleur neuropathique, ou douleur neurogène, est une forme particulière de douleur chronique, où l’hypersensibilité à la douleur telle une hyperpathie ou une allodynie et les sensations anormales comme des démangeaisons, des brûlures, des fourmillements qui prédominent. Elle est liée à un dysfonctionnement du système nerveux qui peut intervenir soit au niveau des nerfs périphériques, de la moelle épinière ou du cerveau.
La problématique est que la prise en charge antidouleur d’une manière classique ne marche pas pour presque 10% de la population (diabète, zona, SEP, lésions traumatiques) atteinte de ces douleurs.
Il y a par conséquent recours à des médicaments psychotropes (antidépresseurs, anti-épileptiques), mais moins de 50% des malades se considèrent comme réellement améliorés et l’effet est long à obtenir.

FLT3 une nouvelle voie antidouleur

Une équipe de chercheurs français des universités de Montpellier et de Strasbourg a lancé un programme de recherche sur la douleur neuropathique qui a abouti à la découverte d’un récepteur, le FLT3, qui semble jouer un rôle clé.
La substance FLT3 est une tyrosine kinase et son récepteur est exprimé à la surface des cellules souches du sang et des cellules immunitaires. En cas de lésion d’un nerf, un afflux de cellules immunitaires se produit au site de la lésion et ces cellules sécrètent une protéine inflammatoire qui, du fait de la lésion, peut atteindre le récepteur FLT3 sur le nerf et se lier avec lui pour le stimuler. C’est cette liaison protéine-récepteur FLT3 qui stimule une chaîne chimique dans les systèmes nerveux et conduit à la douleur et à sa persistance. La molécule cible FLT3 intervient donc au premier plan dans le phénomène de la chronicisation de la douleur.

L’équipe de chercheurs français a par conséquent travaillé sur un inhibiteur du FLT3 avec une approche originale. Ils ont défini parfaitement la structure en trois dimensions du récepteur de FLT3 et ont recherché dans une base de données de trois millions de molécules, celle qui pourrait le mieux convenir en terme de structure complémentaire, comme une clé dans une serrure. En suivant cette démarche, ils ont découvert une molécule qui semble très prometteuse (BDT001) puisqu’elle semble bloquer FLT3 et donc la cascade qui conduit à la douleur neuropathique.
D’autres inhibiteurs de FLT3 ont été essayés dans le traitement de certains types de leucémies, mais leur développement avait été arrêté en raison des nombreux effets secondaires. BDT001 semble une piste prometteuse et a beaucoup moins d’interactions avec les autres médicaments.
Les chercheurs français ont créé une start-up pour assurer les premières phases du développement clinique et disposer d’une forme injectable pour les études chez l’homme.

Les résultats de cette étude neurologique ont été publié dans la revue « Nature communications ».