« La bonne gouvernance du domaine vétérinaire »

Conférence sur « La bonne gouvernance du domaine vétérinaire »

A l’occasion de la  troisième édition de « Tunisia Health Expo », une conférence débat a été organisée par la Direction générale des services vétérinaires  du ministère de l’Agriculture, en collaboration avec le ministère de la Santé publique et en partenariat avec le Conseil de l’ordre des vétérinaires. La conférence sous le thème : « La bonne gouvernance du domaine vétérinaire » a été communiquée par Martial Petitclerc.

L’Organisation Mondiale de la Santé Animale assure la normalisation sanitaire et contribue à la préservation de la santé animale, la santé publique vétérinaire et à la sécurité alimentaire dans le monde. Le thème de la conférence a permis d’aborder la place de l’animal dans la vie de l’homme et sa santé, de proposer la construction d’un domaine vétérinaire « de la fourche à la fourchette » et d’évoquer sa maîtrise d’ouvrage. Martial Petitclerc a décrit, à cette occasion, les grandes lignes de la santé publique vétérinaire et son administration.

 Héla Kochbati

Martial Petitclerc

Expert de l’OIE (Organisation Mondiale de la Santé Animale)

Les acquis des 90 ans

 

Au cours de ces années, les acquis sont déjà le passage de 26 pays signataires depuis sa création, en 1924, à 178 membres en 2014. Par ailleurs, le fait que des grands pays ou des régions s’investissent  témoigne de l’importance grandissante de ce lieu. Cela démontre  une confiance dans cette organisation et une importance d’autant plus grande et déterminante  que les normes de l’OIE sont des références sanitaires pour l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), en ce qui concerne les références, les échanges d’animaux et de produits animaux. Les litiges commerciaux entre deux pays adhérents relèvent de l’OMC.

Les normes de l’OIE sont des références normatives pour les pays membres, et cela à l’échelle de 90 ans ainsi qu’en termes de systèmes de notifications des maladies, de connaissance de l’épidémiologie du monde entier, avec les échanges entre les différents pays, qui sont de plus en plus importants. Par ailleurs, il y a des réunions annuelles qui regroupent  maintenant, la dernière semaine de mai de chaque année, l’ensemble des pays membres,  avec des délégations de plus en plus importantes et des représentations mondiales des pays adhérents.  C’est une institution qui est reconnue dans le monde entier, à travers des normes pour la protection de la santé animale et humaine qui reconnaissent parfaitement les règles normatives de l’organisation. Le financement est fait par  les cotisations des pays membres mais aussi par les bailleurs de fonds qui contribuent au fonctionnement de l’OIE. L’organisation a pour mission essentielle d’améliorer la santé et le bien-être des animaux, partout dans le monde et quelles que soient les pratiques culturelles et la situation économique des pays, des hommes et des femmes sur notre planète. L’organisation bénéficie d’une reconnaissance exemplaire, jusqu’à présent, il y a les normes qui sont considérables, les actions entreprises dans la santé animale sont de plus en plus importants, avec les normes internationales et la rédaction des codes. L’OIE publie des codes internationaux pour les processus sanitaires concernant les animaux terrestres et les animaux aquatiques. Aujourd’hui, l’OIE et l’OMS collaborent dans le domaine de la santé mondiale et ont des programmes communs. Nous échangeons des savoir-faire et le programme « Le processus PVS » (c’est-à dire performance des services vétérinaires) qui est un processus d’évaluation de santé animale, a commencé en 2006. La Tunisie a été l’un des premiers fondateurs de cette organisation en 1924 et  s’est engagée activement dans ce processus « PVS » en 2007, qui est une procédure  d’évaluation importante  des services  de médecine vétérinaire. Aujourd’hui, il y a plus de 120 ou 130 évaluations. En revanche, sur le site de l’OIE, il y a la situation exacte de ces évaluations et les rapports de ces derniers, suivis par les pays qui en autorisent la diffusion. Ce processus « PVS » est vraiment un programme d’une très grande importance puisqu’il y a une évaluation des pays, ensuite des suivis par les mesures des écarts par rapport  aux normes et  l’identification des moyens et des besoins financiers, techniques et humains pour que les pays s’engagent dans l’amélioration de leurs services vétérinaires. Ce processus est reconnu par les grands bailleurs de fonds comme la Banque Mondiale  et, par conséquent, sur la base de ces évaluations, on finance des projets de mise à niveau des services vétérinaires des différents pays qui le souhaitent bien évidemment.

 

Santé animale : un art de médecine vétérinaire

 

La médecine vétérinaire est un art dans la santé animale, parce que historiquement c’est, à l’origine, le terme  employé à l’époque, les médecins vétérinaires étant qualifiés d’artistes vétérinaires. En revanche, c’était important. C’est une distinction parce qu’il y avait des artistes vétérinaires et des écuyers. En fait, il y a des catégories et des différences de niveaux. Toute cette terminologie a  servi à classer la médecine vétérinaire et puis ça s’est effacé dans le temps et il reste le terme de la profession « médecine vétérinaire ». Il existe deux terminologies : les médecins vétérinaires qui ont un référentiel de formation (c’est sur le site de l’OIE avec la définition du médecin vétérinaire en termes de compétence) et les autres sont para-professionnels, c’est-à-dire ayant des niveaux techniques comme les médecins et les infirmiers, en matière de santé humaine et publique pour la vaccination et la pratique des actes en termes de santé animale. C’est important au niveau des pays,  pour la connaissance de leur potentiel humain pour gérer la santé animale.

 

Les adéquations entre sécurité, hygiène alimentaire et santé animale

 

Dans la description que j’ai faite, l’objectif  c’est la santé humaine et l’animal, éventuellement. Pour le public, c’est évidement les animaux domestiques (le chat, le chien, etc…).  Fondamentalement, le discours concerne essentiellement les animaux de production, c’est-à-dire les animaux qui fournissent de l’alimentation. Maintenant, cela ne veut pas dire négliger les animaux domestiques et  les carnivores. Il y a des zoonoses (la rage, des maladies infectieuses graves, la brucellose…), c’est aussi important pour nous. Mais, globalement, pour  la majorité des pays de l’OIE, c’est la santé de l’homme et donc il s’agit dans ce contexte, de préserver une alimentation saine et de bonne qualité. Il y a la maîtrise du cheptel pour produire des aliments, afin de préserver une production saine et protéger la santé humaine.  Il faut éviter que les maladies transmissibles traversent la chaîne alimentaire jusqu’à l’homme, à un moment ou un autre dans le cycle de l’écosystème. Selon, la déclaration de l’OMS, 70 % des maladies de l’homme sont d’origine animale et proviennent de zoonoses. Même  pour le sida, le virus de cette maladie a  circulé dans le monde animal avant de devenir une maladie chez les humains. Tous  ces phénomènes-là, ont montré qu’il faut préserver la santé des animaux pour protéger la santé humaine. Certes, ce n’est pas la finalité. C’est la santé de la population qui prime. Pour l’alimentation, d’abord il faut manger pour être en bonne santé, ensuite il faut manger sain. L’objectif, dans ce contexte, consiste à  maintenir la qualité des produits animaux pour l’alimentation humaine et c’est l’une des fonctions des services vétérinaires. Et ceci est un sujet plutôt nouveau de par son but de lutter contre les grandes maladies et puis pour le commerce international, pour garantir le bien-être animal,  gérer efficacement  les échanges commerciaux de produits sains et de bonne qualité et assurer la sécurité de la chaîne alimentaire.

 

La place de la réglementation dans la gestion des risques pour la santé animale

 

Dans un état de droit, la fonction publique n’agit que sur la base d’un texte. Cela veut dire qu’une fois vous avez défini votre stratégie et vos objectifs, vous devez décrire la façon de faire et ensuite l’administration applique conformément ce qui est écrit. Les textes écrits représentent la réglementation qui est le pilier de la bonne gouvernance. En revenant à la définition de l’OCDE, la dernière caractéristique est la primauté de droit et, dans ce contexte, il n’y a pas de bonne gouvernance sans l’application de la réglementation.

 

Les cinq recommandations pour une bonne gouvernance pour la santé animale

 

Dans ce cadre, je retiens les critères de l’OCDE (Organisation de Coopération et de développement économique) :

– La primauté du droit

– La transparence

– La communication

– La concertation dans la prise de décision et ceci dépend de la société, des différentes composantes et niveaux de services, des assises de gouvernance

– La prospective, c’est-à-dire la capacité à se projeter et la participation sociétale en matière de santé animale.

Selon les gouvernances en matière de médecine vétérinaire, les supports  et les avis diffèrent. En revanche, le plus important, c’est la primauté du droit et l’application des réglementations normatives au sein d’une autorité compétente et une bonne maîtrise d’ouvrage.

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