La rhinite allergique chez l’enfant

Enfant et rhinite allergique

 « Docteur, ma fille n’arrête pas d’éternuer et de se gratter le nez depuis quelques jours ». Cette plainte, fréquemment entendue au cours de cette période printanière dans les consultations de pédiatrie et de médecine générale, est souvent en rapport avec une rhinite allergique. Cette pathologie retentit souvent sur la qualité de vie de l’enfant et de la famille et l’objectif, ici, est le rappel du tableau clinique de la rhinite allergique chez l’enfant, ainsi que le passage en revue des mesures préventives et thérapeutiques destinées à la traiter.

 

Pr Samir Boukthir

Service de Médecine Infantile C. Hôpital d’enfants Bechir Hamza

Inflammation aiguë ou chronique de la muqueuse nasale chez l’enfant, la rhinite allergique se manifeste par des éternuements en salve, un prurit nasal, un écoulement nasal clair, véritable hydrorrhée, et parfois par une obstruction nasale. Le tableau clinique comporte souvent des maux de tête, une sensation de picotement du pharynx et une fatigue, parfois majorée par des troubles du sommeil.

Les troubles olfactifs, l’hyposmie ou l’anosmie, sont des plaintes rarement exprimées par l’enfant. Une conjonctivite est fréquemment associée, principalement au cours des rhinites saisonnières ou périodiques, comme la rhinite pollinique ou « rhume des foins », ou la rhinite estivale pseudo-pollinique d’allergie à Altenaria alternata. La rhino-conjonctivite est également un symptôme de premier plan chez l’enfant sensible aux poils et aux phanères de chat ou de cheval. Outre la rhinite, la conjonctivite est non moins importante, pouvant s’accompagner d’œdème palpébral et conjonctival lors du contact direct avec ces allergènes puissants.

Les rhinites allergiques per-annuelles sont dues aux pneumoallergènes permanents de l’environnement domestique, au premier rang desquels on trouve les acariens pyroglyphides (dermatophagoides pteronyssinus et farinae), les phanères et poils d’animaux (chien et, surtout, chat), les moisissures et les blattes.

En l’absence d’asthme, on constate très souvent une hyper réactivité bronchique au cours des rhinites allergiques, mais celui-ci y est associé dans 20 à 30 % des cas.

A long terme, la rhinite allergique ne disparait que dans 10 % des cas, comme en témoigne une étude realisée dix ans après le diagnostic chez des enfants qui étaient initialement âgés de 3 à 17 ans. L’asthme ou les sibilances surviennent ultérieurement chez 19 % de ces patients, plus souvent chez ceux étant atteints de rhinite per-annuelle que chez ceux ayant une rhinite pollinique.

Reconnaître une rhinite allergique chez l’enfant est aisé, la distinction avec les rhinites infectieuses récidivantes, survenant principalement à la saison automno-hivernale, étant facile. Il en est de même pour les rhinites vaso-motrices, très rares chez l’enfant.

Le diagnostic de rhinite allergique étant retenu, il faut conduire une enquête allergologique rigoureuse, visant les principaux pneumoallergènes afin d’orienter les tests cutanés ou prick-tests.

 

Conduite à tenir en cas de rhinite allergique chez l’enfant 

 

1. Eviction des allergènes 

 

a) Les acariens 

 

La prolifération des acariens nécessite une humidité relative (≥50 %) et une température ≥25°C. Il faut cibler les principales « niches écologiques » : la chambre à coucher, la literie (sommier, matelas, couette, oreiller, couverture), les tapis, les moquettes, les peluches. Parmi les mesures à entreprendre :

• Aérer chaque jour l’habitat (température entre 18 et 20°C) et laver les sols au moins une fois par semaine

• Laver régulièrement les draps et les peluches à plus de 60°C

• Proposer des housses anti-acariens

• Préférer un sommier à lattes ou à ressorts à un sommier capitonné

• Vaporiser un acaricide en bombe sur le matelas, les moquettes, les tapis et les tissus muraux tous les deux à trois mois

 

b) Les animaux domestiques 

 

Ils doivent faire l’objet de soins particuliers : il faut passer un chiffon humide sur le pelage de l’animal deux à trois fois par semaine, à défaut de le baigner totalement chaque mois. La solution idéale, quoique difficile pour l’enfant, serait de se séparer de cet animal.

 

c) Les moisissures 

 

Il faut surveiller et traiter les zones humides : salle de bains, cuisine (bouches d’aération).

 

d) Les pollens 

 

• Pendant la saison pollinique, les séjours prolongés en extérieur sont à éviter (parcs, jardins, bois), surtout s’il y a du vent et entre 5 et 10 heures du matin

• Fermer les fenêtres et éviter de sécher le linge à l’extérieur (le pollen s’y dépose)

• Porter des lunettes à l’extérieur et se doucher au retour des promenades pour ôter le pollen des cheveux

• Etudier la végétation des jardins et consulter les calendriers polliniques pour identifier les sources d’allergènes

• Eviter les bouquets de fleurs dans la maison et couper l’herbe régulièrement

• Proscrire la cigarette dans la maison

 

1. Traitement local 

 

a) Lavage des fosses nasales 

 

Le soluté physiologique et l’eau de mer (riche en sels minéraux et oligoéléments) permettent de décoller les sécrétions, de nettoyer le nez, tout en facilitant l’action des pulvérisations topiques si leur usage est nécessaire. Plusieurs spécialités, à base de soluté physiologique, sont actuellement disponibles sur le marché tunisien.

 

b) Instillations nasales 

 

Elles sont formulées à partir d’acide N-acétylglutamique et inhibent la dégranulation des mastocytes de la muqueuse nasale.

 

2. Traitement oral

 

a) Les antihistaminiques H1

 

Ils constituent un traitement classique de la rhinite allergique, du fait de leur action réductrice de la rhinorrhée, du larmoiement, des éternuements et du prurit nasal et ce, en inhibant la libération d’histamine. Parmi ces antihistaminiques, on cite la cétirizine et la méquitazine. La cétirizine est un antagoniste puissant et sélectif des récepteurs H1 périphériques, son action est prolongée. Sa posologie est de 5 à 10 mg en une seule prise quotidienne. Ce traitement a une durée limitée à 7 jours sans avis médical, il provoque une sécheresse buccale et des troubles digestifs, des vertiges sont possibles.

La méquitazine est un antihistaminique H1 phénothiazinique caractérisé par un effet sédatif d’origine histaminergique et adrénolytique centrale, inférieur à celui des autres antihistaminiques de 1ère  génération. Adapté à l’enfant de plus de 6 ans, sa posologie est de 2,5 mg par 10 kg de poids et par jour en 1 à 2 prises par jour. Il est souhaitable de privilégier les prises vespérales en raison d’un éventuel effet sédatif.

 

b) Les vasoconstricteurs sympathomimétiques 

 

Tels que la pseudo-éphédrine sont à proscrire chez l’enfant au dessous de 15 ans en raison du risque d’hypertension intra-crânienne.

 

3. Instillations de collyre 

 

En cas de conjonctivite associée, il faut recourir à un collyre destiné à inhiber la dégranulation des mastocytes (acide cromoglycique, acide N-acétylglutamique). La posologie est de 1 à 2 gouttes 2 à 6 fois par jour.

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