Licenciements abusifs aux Laboratoires Roche en Tunisie

La multinationale Suisse a suspendu le 12 mai 2015 cinq dirigeants de sa filiale en Tunisie et les a ensuite convoqués par courrier en vue d’un entretien préalable à un licenciement pour « faute grave ». Les salariés contestent toute faute et dénoncent des mesures de représailles.

Senda Baccar

Pour la direction générale de l’Inspection du travail, il s’agit ni plus ni moins d’un « licenciement abusif », aucune preuve n’ayant pu être apportée attestant que ces employés, tous directeurs et cumulant à eux cinq plus de 80 ans de travail pour la compagnie, n’aient commis une quelconque faute grave…

La direction régionale de l’entreprise helvétique avait d’ailleurs émis en avril des évaluations de performance qui leur étaient favorables et leur a même versé leur prime objectif.

 

Le Code du Travail bafoué

Pour leur part, les avocats mandatés par le management de Roche invoquent plusieurs manquements à la législation du travail. Contacté par téléphone, l’un d’eux nous a appris que le directeur régional de l’entreprise, basé au Maroc, a usurpé la fonction de président du conseil d’administration pour expulser violemment les principaux dirigeants du bureau de Roche Tunisie, en infraction totale des lois pénales, prud’homales et civiles en vigueur en Tunisie. Sans preuve aucune, il a suspendu les salaires et mis à pied les dirigeants, puis chargé un cabinet d’avocat pour enquêter afin de constituer des preuves contre eux en forçant au passage les autres employés à donner des témoignages sous la pression, en infraction totale avec la déontologie et les lois en Tunisie.

Réalisant ses bévues, le directeur régional a par la suite adressé aux dirigeants une lettre de convocation dans laquelle il égrène des motifs “retouchés” mais qui seront sans aucun doute âprement discutés devant les Prud’hommes.

 

Mesures de représailles?

Aujourd’hui, les salariés, encore sous le choc de ce comportement incompréhensible de la part d’une multinationale qui s’est autodésignée « most respected healthcare partner »* (sic), contestent toute faute et dénoncent les mêmes mesures déjà appliquées au Maroc et en Algérie avec des licenciements des équipes dirigeantes mais avec la grande différence que ces salariés vétérans de Roche Tunisie ont été humiliés par ce directeur régional contrairement à leurs collègues marocains et algériens.

Comme Dreyfus en son temps, le directeur de la filiale tunisienne lui-même parmi les dirigeants suspendus, serait donc fait bouc-émissaire. Contacté par téléphone, il n’a pas souhaité s’exprimer sur le fond de l’affaire pour le moment.

Toujours est-il que victimes, avocats et acteurs de santé savent que cette affaire qui commence à intéresser la presse ne s’arrêtera sûrement pas là…

 

*le plus respecté des partenaires de la santé

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