Les pansements intelligents

Pansements du XXIème Siècle

Les pansements, essentiels à la trousse à pharmacie, ont longtemps été de simples bandes adhésives et isolantes ne servant qu’à protéger la plaie des bactéries et impuretés potentielles de l’environnement extérieur.  

Peu esthétiques, loin d’être waterproof, elles avaient l’horrible inconvénient de se décoller très rapidement et, paradoxalement, de faire mal lors de leur retrait ! Sans compter, bien évidement, les traces ingrates de colle. 

De nos jours, les pansements ne se contentent plus d’isoler les cicatrices et les plaies. Ils nous promettent aussi une guérison sur-mesure adaptée à chaque situation. 

Comment fonctionnent ces nouveaux pansements et quels en sont les inconvénients et les avantages ?

 

Skander Tajine

Le pansement nouvelle génération

 

Depuis quelques années, les pansements ont beaucoup évolué. Finis les pansements inesthétiques, qui collent à la plaie et s’effritent. Place, désormais, aux pansements nouvelle génération, associant l’esthétique à des propriétés apaisantes et surtout cicatrisantes. Les laboratoires pharmaceutiques ont enfin compris l’importance de l’évolution et de la modernisation du pansement. En gel, en spray ou transparents, capables de diffuser un film invisible et cicatrisant, ils ont non seulement subi une véritable modification mais ils se sont aussi dotés de nouvelles propriétés : si certains promettent de soulager les brûlures ou encore d’apaiser les ampoules, d’autres vont plus loin et empêchent tout simplement les infections.

 

Le pansement améliorant cicatrisation et guérison 

 

De façon générale, une plaie rompt l’équilibre naturel du renouvellement cellulaire. Elle appelle un processus de cicatrisation, souvent trop long, dont les principaux obstacles sont l’infection et la sécheresse. Si, par le passé, on pensait que l’humidité entravait le processus de cicatrisation, on est sûr, aujourd’hui, qu’elle représente un facteur nécessaire à la survie des nouvelles cellules venant remplacer celles tuées par la plaie.

C’est pourquoi la majorité des pansements présents, de nos jours, sur les étalages des pharmacies visent à maintenir un taux d’humidité important. Pour un déroulement parfait de la cicatrisation, il est aussi primordial d’éviter les d’infections et les complications, autre objectif de ces pansements de nouvelle génération.

 

Lutter contre les infections

 

Fabriqués à base d’argent, les pansements  antiseptiques visent, la plupart du temps, à éviter la survenue d’infections en tuant ou en évitant la croissance des  champignons, bactéries et autres virus  Ils sont parfois suspectés de retarder la cicatrisation et de favoriser la mort des cellules de l’épiderme, ils ne doivent donc pas être utilisés à long terme mais seulement durant les quelques jours qui suivent la survenue d’une plaie.

 

Contre les phlyctènes

 

Fragilisé par le frottement des chaussures et l’échauffement, le pied est, surtout l’été, une partie du corps facilement lésée. La phlyctène en fait une sorte de poche remplie de sérosité issue de l’écartement de l’épiderme et du derme. Pour faciliter la guérison de la phlyctène, des pansements hydrocolloïdes sont aujourd’hui disponibles. Au contact de la plaie, ils forment une sorte de gel permettant le maintien d’un milieu humide, propice à la cicatrisation.

 

Contre les brûlures

 

Les pansements à l’hydrogel sont utilisés pour apporter une sensation d’apaisement et de fraîcheur immédiate suite à une brûlure. Les agents émollients et humidifiants favorisent la cicatrisation. Ces pansements ne conviennent que pour les brûlures mineures du premier ou second degré.

 

Contre les cors

 

Des pansements sont également apparus récemment pour soigner les cors au pied. Ceux-ci sont imprégnés d’acide salicylique, qui permet de détendre la structure intercellulaire reliant les cellules dures du cor. Celui-ci se ramollit et peut ainsi être plus facilement retiré.  Cependant, si ces pansements permettent de soulager temporairement les cors, ceux-ci ont tendance à réapparaître, surtout lorsque les chaussures sont mal adaptées et/ou la peau sèche. Si le problème persiste, une consultation pour une pédicure est conseillée.

 

Pas seulement une question de principes actifs

 

Les pansements se distinguent aussi par leur forme, aujourd’hui, étant beaucoup plus confortables, faciles à appliquer et indolores au retrait.

Il en existe même pour les endroits les plus délicats et difficiles à panser comme les articulations des doigts, ils peuvent se présenter sous forme liquide, en spray ou à appliquer au pinceau.

Seul inconvénient, un temps de réflexion plus long devant les rayons des magasins pour choisir le bon ! En cas de plaie compliquée, comme une brûlure sévère, ou une peau déchiquetée, par opposition à une coupure nette, il ne faut pas hésiter à passer plutôt à la pharmacie pour demander conseil.

 

Pansements électriques 

 

Constitué d’un tissu d’électrodes, ce « sparadrap » cartographie la plaie et envoie une faible tension électrique à sa périphérie pour en favoriser la guérison.

Depuis plusieurs siècles, les médecins savaient déjà qu’un faible courant électrique accélère la cicatrisation de certaines plaies. Une méthode très ancienne consistait même à poser sur la plaie un poisson électrique, du type poisson-chat ou anguille. N’ayant, sans doute, plus cours dans la majorité des pays développés, le principe de cette pratique demeure toutefois à jour dans les plus grands hôpitaux : « L’électricité possède deux effets notables sur la guérison. Elle détruit  les bactéries et agite les molécules de l’épiderme pour  que celles-ci se reconstituent de façon naturelle », explique Éric McAdams, chercheur à l’Institut des nanotechnologies de Lyon.

Ce spécialiste des capteurs biomédicaux travaille actuellement sur le développement d’un prototype de pansement capable de cartographier ou analyser une plaie et de lui envoyer, de manière ciblée, une faible quantité  d’électricité. Les plaies guérissent deux fois plus rapidement grâce à ce dispositif.

 

Cartographier la plaie 

 

Dans la pratique, le pansement intelligent est composé d’une matrice comportant une cinquantaine d’électrodes-capteurs.

Recouvrant la plaie, il utilise un principe bien connu en médecine : « Lorsque la peau est écorchée, un courant électrique de très faible intensité apparaît de façon naturelle, explique Éric McAdams, il ne reste plus  qu’à mesurer la tension  électrique qui circule sous chaque électrode afin d’en déduire la forme de la plaie, c’est la cartographier ».

 

Ciblage

 

« Pour guérir la plaie, l’idée c’est d’envoyer une tension électrique supplémentaire de façon ciblée sur sa périphérie », explique le chercheur. Ce système fonctionne de façon automatique mais peut aussi être piloté manuellement par le médecin traitant, ce dernier sélectionnant  chaque électrode de façon individuelle et optimisant une stimulation électrique plus ciblée et ce, sans jamais avoir à retirer le pansement, de façon à favoriser le processus de guérison.

 

Miniaturisation

 

A ce jour, l’équipe de recherche a conçu un prototype de pansement relié à un boîtier intelligent. Par la suite, connecté à l’ordinateur du médecin, le dispositif est capable de reproduire une cartographie de la blessure sur écran. « Notre objectif, c’est d’arriver un jour à afficher la carte en haute définition, souligne Eric McAdams. Le boîtier sera intégré dans le pansement et, à terme, il sera même jetable, dans 10 ou 15 ans ». Reste, cependant,  à convaincre les industriels d’une production en masse de ce nouveau traitement et de tenter l’expérience.

 

Le groupe URGO investit plus de sept millions d’euros dans un centre de production pharmaceutique 

 

Au centre de recherche de Chenôve, dans l’est de la France, les chercheurs du groupe, chimistes, biologistes et physiciens, multiplient les expériences pour créer un nouveau cicatrisant, mêlant des matériaux plus souples et des principes actifs de plus en plus proches des médicaments.

Les laboratoires URGO sont à l’origine de plusieurs bonds technologiques. «Avant, le pansement était totalement passif, il ne faisait que protéger. De nos jours, il guérit les grandes blessures », explique Pierre Moustial, D.G. des laboratoires URGO.

 

Toujours dans le volet des pansements électroniques, des chercheurs américains ont eu l’ingénieuse idée de doter des pansements de capteurs qui les rendent « intelligents », afin de  prévenir et de détecter le plus rapidement possible la survenue d’éventuelles infections.

Ces capteurs en silicium, de la taille d’un grain de sable, ont la faculté de réagir et de changer de couleur selon le type de bactérie présente dans la plaie, alertant ainsi le patient d’une éventuelle infection.

« Aujourd’hui, dans un centre hospitalier, un à deux jours sont nécessaires pour savoir si une plaie est infectée. L’idée est de mettre à la portée du grand public un pansement intelligent permettant, en moins d’une demi-heure, de déceler une infection bactériologique », explique le professeur Philippe Fauchet, président du département d’ingénierie électronique et informatique de l’université de Rochester.

Ce pansement est basé sur la méthode Gram, vieille de plus de mille ans, qui permet une coloration des bactéries. Le capteur est capable de différencier entre les bactéries Gram-positives et celles Gram-négatives et peut fournir un diagnostic instantané, permettant de savoir si une plaie nécessite des soins particuliers et quelles sortes d’antibiotiques sont les plus appropriés. Il est désormais envisageable de détecter, par ce procédé, une centaine de bactéries différentes.

Certains de ces pansements pourront déceler les bactéries les plus courantes, en particulier celles que l’on trouve dans les cuisines ou dans d’autres environnements familiers, ainsi que dans l’atmosphère.

Un tel pansement pourra être appliqué sur toutes sortes de plaies : lésion, coupure ou écorchure. Selon le type de bactérie, le patient pourra utiliser un antibiotique ou un autre médicament approprié afin de  traiter l’infection. Les patients seront en mesure de soigner leurs infections en scannant le pansement avec un ordinateur personnel et ce, à l’aide d’un logiciel qui identifiera la bactérie.

« C’est une étape très importante et qui changera la façon  dont la médecine préventive est perçue et pratiquée », confie Alice Pentland, du département de dermatologie de l’université de Rochester.

Dans les mois qui viennent, des tests cliniques pourront être effectués et ces nouveaux modèles de pansements pourront être disponibles en milieu hospitalier, d’ici trois ans ou cinq ans, tout au plus, ou sur les étagères de nos pharmaciens !

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