Les pharmaciens demandent une augmentation des marges bénéficiaires

La marge bénéficiaire du pharmacien, l’application de l’article 43 , la carte magnétique, l’avenir du pharmacien d’officine, sont autant de thèmes ayant nourri les débats de l’assemblée générale élective du Syndicat des pharmaciens de libre pratique des gouvernorats de Nabeul, Ben Arous et Zaghouan, tenue le 20 février au Khayem Garden à Nabeul.

Kamel Bouaouina

Le problème numéro un soulevé par les pharmaciens, dont la plupart, du reste, ont brillé par leur absence (30 présents sur  349), est celui de la marge bénéficiaire. L’arrêté du 20 février 1996 fixe de nouvelles marges bénéficiaires pour les pharmaciens d’officine et les grossistes-répartiteurs, la marge grossiste ayant été ramenée de 10 % à 8 %. Cette baisse substantielle de leurs bénéfices mettra plusieurs grossistes-répartiteurs en difficulté. Pour ce qui est des pharmaciens d’officine, la baisse de la marge sera aussi importante : deux points de réduction par rapport aux marges en cours et la création d’une quatrième marge dégressive pour les produits dont le prix d’achat est supérieur à 9 dinars. Les nouvelles marges sont de 30, 28, 26 et 24 %, alors qu’elles étaient de 32, 30 et 28 %. Cette décision se traduira par la diminution des revenus nets du pharmacien d’officine de 20 à 25 %.

Sahbi Hedoussa  demande la révision de ces marges et ce, en fonction du prix du médicament qui ne cesse d’augmenter. Habib Sahmim , secrétaire général du syndicat régional des pharmaciens, a déclaré  que les négociations seront bientôt relancées dans l’espoir d’obtenir satisfaction. Mohamed Mondher Kallala estime qu’il  est d’utilité publique d’encourager le pharmacien à s’engager pleinement dans la substitution. « Pour cela, dit-il en parlant du pharmacien d’officine, il est légitime de le motiver, sachant que le prix du générique est 20 à 50 % moins cher que le princeps et que la généralisation du générique va inéluctablement entrainer une baisse de son chiffre d’affaire et, ainsi, de la rentabilité de son officine, celle-ci risquant de se traduire par une diminution du pouvoir d’achat du pharmacien et/ou une compression du personnel de l’officine. Cette perte devrait être compensée par l’instauration d’une marge préférentielle pour les médicaments génériques et nos confrères et amis industriels, conscients que l’officine est leur véritable alliée pour la valorisation de leurs produits, contribueront sûrement positivement dans cet effort d’abaissement des charges de la santé du citoyen par l’Etat, qui met en valeur la profession pharmaceutique dans son ensemble ». Rached Garaali, secrétaire général du Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (SPOT), remarque, quant à lui, que l’instauration d’une marge spéciale sur les génériques (50 % des ventes) a été maintes fois promise et toujours reportée aux calendes grecques, malgré le bien fondé d’une telle mesure et son incidence bénéfique à tous les niveaux. Malheureusement, l’autorité de tutelle a complètement ignoré les revendications légitimes des pharmaciens. Rached Garaali a estimé que le pharmacien d’officine joue un rôle important en Tunisie : « L’officine emploie plus de 9.000 salariés et l’apport économique est colossal. Nous payons 40 à 50 millions de dinars d’impôts. Nous sommes de bons contribuables ».

SPOT-CNAM : toujours les mêmes problèmes

 

Le ton monte entre la CNAM et les pharmaciens à propos de l’article 42 qui stipule que le remboursement des pharmaciens doit se faire au bout de 14 jours : « Huit mois après, il y a  une certaine amélioration dans le délai de paiement mais des problèmes persistent quant aux accords préalables. La CNAM refuse aussi d’appliquer l’article 43 qui met les deux parties sur le même pied d’égalité en cas de litiges, celle-ci voulant trancher seule et là, les pharmaciens devront fait appel aux commissions paritaires régionales. Nous sommes ici pour protéger la profession. En raison de promesses non tenues et de nombreuses injustices subies, les pharmaciens ont perdu toute confiance et commencent à perdre patience. Il nous reste quatre mois,  d’ici juillet 2015, pour prendre une décision, pouvant même aller jusqu’à l’arrêt des négociations avec la CNAM.  Effarant ! Ajoute le secrétaire général du SPOT. Alors que la réglementation confie aux seules pharmacies la commercialisation des médicaments, les proportions prises par les ventes parallèles se sont multipliées  (produits alimentaires, cosmétiques, sirops, injectables, sachets…), la dispensation des médicaments et autres produits pharmaceutiques étant réservée aux pharmaciens d’officine.  L’on comprend donc l’inquiétude des pharmaciens qui, aujourd’hui, tirent la sonnette d’alarme en déclarant que la situation de leur secteur va en s’aggravant, au point que le Ministère de la Santé lui-même a été saisi. Nous avons abouti à un texte de loi mais il n’a toujours pas été signé à ce jour ».

Le Syndicat des pharmaciens d’officine proteste aussi contre la distribution de certains médicaments spécifiques par les polycliniques de la Caisse nationale de Sécurité sociale (CNSS), celle-ci étant prise en charge par la CNAM en dehors du circuit officinal pose deux problèmes : premièrement, les cliniques de la CNSS ne sont implantées que dans six villes, obligeant les patients à faire des kilomètres pour chercher ces médicaments. Deuxièmement, les caisses de sécurité sociale ne doivent aucunement jouer un rôle de distributeur de médicaments, celui-ci devant, en effet, rester le monopole des pharmaciens. Les pouvoirs publics sont appelés à faire le ménage dans le milieu. L’institution de la carte magnétique était prévue pour le mois de juin 2015. Or, la date de réalisation de cette opération vient d’être renvoyée au mois de mars 2016, soit avec un an et neuf mois de retard. « Cette carte à puce, précise Mounès Abida, le secrétaire adjoint,  permet la gestion automatique des droits, la matérialisation du contact entre le prestataire de soins et le malade, le suivi du plafond atteint en temps réel, la  mise en place des feuilles de soins électroniques, l’ordonnance électronique et la maîtrise des frais de gestion. Habib Sahmim a clôturé le débat en soulignant que « ce système d’assurance-maladie constitue un acquis pour nos concitoyens, que les pharmaciens ont toujours soutenu et, afin de le pérenniser et le consolider, il est urgent, dit-il, de s’attaquer à ces nombreuses défaillances et lacunes dans le but de leur trouver des solutions durables. Nous  devrons nous mobiliser et défendre notre profession. Par conséquent, il y a lieu de créer de bonnes  conditions d’exercice à même de permettre au pharmacien de pratiquer convenablement son métier et ce, dans l’intérêt de la communauté. Notre seule ambition est de faire prendre conscience, aux politiques, à l’administration, aux responsables de tous bords et à nos confrères, de la problématique que vit actuellement le secteur pharmaceutique. Si ce travail contribue à éveiller les consciences, la partie sera gagnée car les solutions vont découler d’elles-mêmes ».

 

Un nouveau bureau a été formé pour les trois années à venir (2015-2018), il est composé par Habib Sahmim, Mounès Abida, Afef Bousema Aloui, Chemseddine Gadhoum et Mouna Ridène.

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