Plans nationaux de santé, politiques et stratégies

Au terme des phases du dialogue sociétal et après les visites aux 24 gouvernorats du 26 avril au 31 mai 2014 concernant les politiques et les plans nationaux de santé, une conférence de presse s’est tenue  à Tunis  le mois dernier. Ce dialogue a pour vision l’élaboration d’une stratégie de santé nationale pour la période de 2017 à 2030. La conférence de presse a été organisée par le ministère de la Santé publique avec la participation  de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). La rencontre avec les médias avait pour mission la présentation de l’état des lieux de cette démarche participative citoyenne afin d’améliorer le système de santé dans notre pays.

Hela Kochbati

Le droit à la santé a figuré dans l’article 38 de la constitution tunisienne. Ratifiée le 7 février 2014, la nouvelle constitution reconnaît le droit de tout citoyen à l’accès à des soins de qualité ainsi qu’à la protection sociale. Le dialogue sociétal, dans ce contexte, a œuvré dans la continuité pour engager un débat public et transparent par le biais d’une démarche participative et inclusive. Ce processus a ciblé la consolidation et l’adhésion de tous les professionnels de la santé, des citoyens et de la société civile. La mise en œuvre de cette dernière stratégie a consisté à la validation des enjeux du système de santé et les solutions de santé prioritaires pour une meilleure accessibilité de tous aux soins. Ces visites ont permis la participation de 3400 personnes dont 2000 citoyens de différentes tranches d’âges et 1400 opérateurs dans le secteur de santé. Le jury citoyen des régions est composé de 120 citoyens et professionnels de santé qui représentent toutes les régions du pays et qui ont été tirés au sort au cours des rendez-vous régionaux de santé. Le jury a ainsi tenu ses assises les 11,12 et 13 juin passé aux îles Kerkennah.

Ces journées ont permis aux différents intervenants d’établir les valeurs, les attentes, les recommandations, ainsi que les perspectives fondatrices du développement de la santé. A l’issue de ces assises les participants ont dressé un diagnostic, envisagé des solutions et adopté des propositions par délibération. Une déclaration préparée par le jury, suite à cette délibération, a été présentée au cours de la Conférence Nationale de la Santé le 25 et 26 juin 2014. Cette étape est une base importante pour l’élaboration des priorités et des axes d’orientation en matière de santé. Elle reflète également les aspirations et les attentes des citoyens, ainsi que les intervenants médicaux et paramédicaux pour la nouvelle reforme sanitaire.

Cette reforme de la santé sera donc le résultat d’une réflexion de fond sur les moyens d’améliorer la performance et la réactivité du système de santé, de réduire les disparités dans ce domaine, et  d’engager une responsabilité citoyenne et communautaire. L’approche du dialogue sociétal s’inscrit dans la durée et le processus ne sera considéré comme une réussite que si la mobilisation forte de toutes les parties prenantes est soutenue dans la mise en application et l’évaluation des recommandations. Ce dialogue a visé également deux objectifs essentiels : la solidarité et la justice sociale, la proximité de soins et la promotion de la santé dans notre pays. Le résultat de l’aboutissement de l’analyse  des propositions concrètes et des stratégies ciblées sera transmis aux décideurs au début mois de septembre 2014.

Le président du CNOPT sans concession 

Abdallah Jalel

Le Conseil National de l’Ordre des Pharmaciens de Tunisie s’est réuni le mois dernier et a élu sa nouvelle équipe dirigeante. Désigné pour présider la structure des pharmaciens de Tunisie, Abdallah Jalel a également été nommé vice-président de l’IOPA (Inter Ordre des Pharmaciens Africains) par ses pairs africains au cours du forum pharmaceutique international tenu du 4 au 6 juin dernier à Yaoundé au Cameroun. La Tunisie accueillera  la 17ème édition l’année prochaine.

 

La liste d’attente des pharmaciens

 

Il s’agit d’une liste créée au début des années 1990 par arrêté ministériel. Elle permet aux pharmaciens de s’inscrire pour l’ouverture d’une officine. Ce document fut modifié par la suite avec la prise en compte des sans activité et des délégués médicaux, possédant désormais chacun une liste d’attente. En effet, cette liste est devenue très longue. Il y a également une grande confusion entre cette liste d’attente et la liste pour l’obtention d’un emploi.  Or ce document n’a pas pour vocation de recevoir les candidatures pour un emploi futur. Par ailleurs, l’ouverture d’une pharmacie n’a jamais été une urgence. « Les gens peuvent continuer à travailler et attendre leur tour ».

 

Pourquoi l’existence d’une telle confusion ?

 

La confusion ne concerne pas que la liste d’attente. Elle est présente, malheureusement, dans toutes les activités, voire les missions de l’Ordre. Le Conseil des pharmaciens a la possibilité de proposer, mais il n’a pas la compétence pour légiférer. Il appartient, en l’espèce, au législateur de réglementer les propositions de l’Ordre et non le contraire. La confusion, chez certains confrères, réside à ce niveau.

 

Quelles sont les solutions pour pallier ce problème ? 

 

« Objectivement, il n’y pas de propositions unanimes », car toutes les propositions se heurtent aux intérêts des uns et des autres. Nous avons donc demandé qu’il y ait une seule liste d’attente et non trois. Comme solution durable, il faudrait laisser la possibilité à tous de s’inscrire sur cette liste. Mais les jeunes doivent comprendre qu’il faut d’abord passer par d’autres secteurs d’activité avant d’ouvrir une officine et ce n’est que valorisant pour eux. Il faudrait également revoir le statut d’assistant en pharmacie en donnant à ce dernier beaucoup plus de responsabilité. Ce travail d’assistant doit être beaucoup plus attractif avec une perspective de carrière. D’autre part, les assistants en pharmacie doivent s’organiser en syndicat afin de pouvoir échanger avec les différents partenaires. Le Conseil national de l’Ordre donnerait tout son soutien à une pareille initiative. Les pharmaciens hospitaliers doivent s’impliquer davantage dans la politique de santé dans les hôpitaux et doivent  avoir une bonne rétribution financière. « Nous pensons que de telles propositions pourraient contribuer à dénouer ces différents problèmes ».

 

Qu’en est-il aujourd’hui du problème de la présence des laboratoires dans les cliniques? 

 

Ce problème existe depuis l’apparition de la loi de la biologie en 2002. A cette date, le législateur a cru bien faire en autorisant l’installation des laboratoires au sein des cliniques pour les patients. Mais malheureusement, cela a encouragé  le détournement de la clientèle et favorisé certains abus. Le seul moyen de colmater cette brèche reste la fermeture de ces laboratoires. En revanche, ils pourraient s’installer en ville ou ailleurs.

 

Quel est l’état actuel  des produits pharmaceutiques non médicamenteux ?

 

Depuis la révolution, il y a eu une recrudescence d’ouvertures de parapharmacies. Nous contestons, en tant que Conseil, la dénomination de parapharma et pharm. Nous allons demander aux tribunaux la suppression de ces préfixes. Ces établissements peuvent prendre les dénominations  de boutique de soins ou de santé. L’utilisation des préfixes parapharma et pharm par ces boutiques, induit le citoyen en erreur. En plus, elles utilisent les couleurs spécifiques aux officines, à savoir le vert et le rouge. Nous n’avons pas pu malheureusement enregistrer ces couleurs à l’INNORPI, parce qu’il s’agit de couleurs génériques.Par contre, notre caducée est enregistré et le Conseil envisage de poursuivre devant les tribunaux tous ceux qui en font usage. « Nous avons actuellement cinq affaires devant les tribunaux pour une pratique illégale de la pro-pharmacie ». D’autre part, ces boutiques ne font l’objet d’aucun contrôle. La Tunisie est, jusqu’à aujourd’hui, fière d’avoir une bonne politique de santé et de médicaments à l’instar de nombreux pays. Il y a une bonne traçabilité de la production des médicaments jusqu’à la dispensation dans les officines. Nous sommes parmi les rares pays au monde où il n’y a pas de médicaments falsifiés. Ceci est le résultat d’une meilleure politique de dispensation, de distribution de médicaments. En revanche, les produits vendus dans ces boutiques de parapharmacie, en apparence, sont anodins pour la santé du citoyen, ils peuvent être cependant très toxiques. Par exemple, l’utilisation de crèmes dépigmentantes ou solaires dont on ne connaît pas l’origine (absence de traçabilité) peut créer de gros problèmes comme le cancer de la peau. Nous avons demandé aux autorités que tout cela soit légiféré afin d’avoir une traçabilité de ces produits. En plus, les compléments alimentaires qui sont utilisés en grande masse actuellement, dont on ignore le contenu, peuvent être responsables de beaucoup de pathologies graves. Ces produits doivent être à l’officine pour qu’il y ait un label pharmaceutique avec une garantie d’un bon conseil de pharmacien pour l’intérêt du citoyen.  Le Conseil a aussi demandé qu’il ait une loi pour la fabrication et la commercialisation de  ces produits. Cette loi est actuellement en cours de réalisation.