L’étude stratégique pour la pérennité et le développement du secteur est dans sa phase finale

Phase finale de l’étude pour la pérennité et le développement du secteur du tourisme de la santé

La Tunisie a accueilli 376 000 patients étrangers en 2013 (cliniques privées). Avec une demande mondiale en services de santé croissante, le pays est l’une des destinations privilégiées des personnes en quête de soins. Cela a fait du tourisme de la santé un secteur en pleine expansion depuis les années 2000. Les pays du Maghreb, en premier lieu la Lybie, demeurent la clientèle la plus importante (en nombre), suivie des Africains et des Européens. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette croissance, notamment le développement des infrastructures techniques, une médecine de qualité, une compétence médicale et paramédicale, un coût compétitif des soins et une situation géographique stratégique. 

Amidou Traoré

Amorcé en 2010 puis interrompu en 2011 avec la révolution, le projet de réalisation de l’étude sur le développement d’une stratégie d’exportation des services de santé ainsi que son plan de mise œuvre a redémarré en 2013 et est actuellement à sa dernière phase. La finalisation de cette dernière étape aboutirait à la validation de cette étude. Les exportations de services de santé sont une ouverture importante pour le développement économique et social de la Tunisie. Le pays est également convoité par plusieurs de ses voisins africains, voire européens pour la qualité de ses services. L’étude réalisée en partenariat avec la Banque Africaine de Développement (BAD) est dirigée par une unité de gestion (appelée unité de Gestion par Objectifs) du ministère de la Santé publique. Créée en 2009, cette unité a été mise en place pour l’exécution du Plan d’action de la stratégie de promotion des exportations et des investissements dans le secteur de la santé à l’horizon 2018.

L’objectif de l’étude est la définition et la mise en œuvre d’une stratégie de développement des exportations des services liés à la santé en Tunisie. Ces travaux devraient aboutir à l’élaboration d’orientations stratégiques et de plans d’action à court terme en vue de promouvoir la Tunisie comme pôle exportateur de services de la santé et comme site d’investissements dans ces domaines.

Taha El Abed

Conseiller des services publics, chef de service communication et relation avec les partenaires- Unité d’exportation des services de santé

 

 

 

 

 

 

Quel est l’historique de l’exportation des services de soins en Tunisie ?

 

L’exportation des services de santé est née dans le privé à la fin des années 90. Elle a démarré avec la patientèle libyenne. Nous avons constaté ensuite la présence de nouveaux patients d’Europe, voire d’Angleterre, ainsi que du continent africain. Ils viennent en Tunisie pour des offres de santé dans des domaines bien spécifiques, notamment la chirurgie esthétique et les implantations dentaires. Le marché africain représente 25 % dans l’exportation des services. Chaque année, ce marché évolue de près de 29 %. C’est le premier grand marché du point de vue de la croissance.

 

Tunisie, pays de destination en matière de soins de santé

 

L’évolution du marché du tourisme médical nous amène à évoquer les raisons pour lesquelles les patients optent pour la Tunisie comme une destination privilégiée en matière de soins. En plus des offres de santé dans des domaines spécifiques, ces malades viennent pour  deux raisons essentielles : soit ils n’ont pas de spécialités médicales dans leurs pays, ou ils manquent de spécialistes compétents comme c’est le cas des patients africains et libyens. Par contre, les Européens sont attirés par le rapport «qualité /prix». C’est pour ces deux raisons qu’on devrait avoir des stratégies de communication différenciées selon les demandes et les besoins de notre patientèle.

 

Avez-vous des statistiques concernant l’exportation de ces services de santé ?

 

Concernant le secteur d’exportation, le nombre de patients étrangers est estimé à 376 mille en 2013 (les cliniques privées). La Tunisie est la première destination en matière de santé sur l’ensemble de l’Afrique et du Moyen-Orient. Mais, la Jordanie reste le leader dans cette région. Le montant des exportations des services de santé de la Tunisie a été évalué à 490 millions de dinars en 2013. Les exportations représentent 36 % du chiffre d’affaires des cliniques privées. En dix ans, les revenus d’exportation des services de santé ont été multipliés  par sept. Les exportations de services de santé induits représentent 1,8 % du PIB en 2013. Pour la création d’emplois, l’effet cumulé des exportations représente 45 500 emplois de qualifications moyennes et hautes. En dépit de son bas taux de progression, le marché européen est le plus rentable au point de vue économique. Le marché africain connaît une progression, en termes de nombre de patient, de 29 % par an. Cette évolution est la plus importante. Il y a également le marché algérien qui réalise une évolution entre 25 % et 27 %. Par ailleurs, l’exportation des services de santé concerne aujourd’hui autant le secteur privé que le secteur public. « Le ministère de la Santé, par le biais de ses unités de gestion, est en train de mettre en exergue, dans cette étude, le centre de traumatologie de Ben Arous et celui de greffe de la moelle osseuse, afin de garantir notre image en tant que secteur public. Il faut mentionner que le système privé n’est que l’output de notre système public ».

 

Quelles sont les actions envisagées au plan législatif ?

 

Il n’existe pas encore un arsenal juridique adapté à l’exportation des services de santé dans notre pays. Mais avant cette étape, il est impératif d’avoir une stratégie de développement et de réglementation, car le secteur possède beaucoup d’intermédiaires, notamment des brokers ou des webmarketeurs. Cette pratique intermédiaire pourrait constituer un obstacle à notre    E-reputation ou encore notre image, surtout auprès du marché européen. Nous avons donc établi un cahier des charges pour ces intermédiaires du tourisme médical. Ce cahier est en cours d’exécution. Il servirait à réglementer le secteur et permettrait de situer les responsabilités en cas de complications. Nous travaillons aussi en collaboration avec le Conseil de l’ordre des médecins, les syndicats et tous les professionnels de la santé. Un cahier des charges relatif aux maisons de convalescence  a également été établi. Nous ne disposons pas de cadre réglementaire pour les activités de ces maisons (la réglementation est en cours).  Une réflexion a été émise concernant la réglementation des maisons de retraite. Cette dernière loi devrait davantage avancer avec la finalisation de l’étude.

 

Qu’en est-il de la stratégie de communication et de la relation avec les partenaires ?

 

Nous envisageons de créer un portail électronique pour l’exportation des services de santé qui aura pour objectif d’avoir un point focal ou un accès unique pour les patients étrangers. Le problème en Tunisie est que nous n’avons pas de visibilité. Nous ne sommes pas présents sur le virtuel. « On ne maîtrise pas notre image perçue sur internet ». C’est pour cette raison que nous envisageons de mettre en place cet accès unique qui regroupera tous les professionnels afin d’assurer une présence au plan virtuel.

 

Comment se fait la collecte des données dans cette étude ?  

 

Nous avons des problèmes concernant la collecte des chiffres. Il est difficile d’obtenir des données statistiques fiables. Ainsi, pour cette étude, nous nous sommes intéressés uniquement aux patients admis dans les cliniques. Cette approche méthodologique ne prend  pas en compte les malades ambulatoires. La difficulté d’accès aux données constitue notre plus gros souci. D’autre part, nous devons travailler de concert avec le privé afin de consolider les relations. Il s’agit d’un nouveau créneau pour le secteur public et « nous n’avons pas l’habitude de travailler ensemble. C’est donc pour cette raison, qu’il y a toujours des réticences dans certaines activités de ce projet ». Nous sommes actuellement dans cette phase de consolidation de nos rapports avec les partenaires.

 

Quels sont les objectifs pour 2018 en matière d’exportation des services de santé ?

 

Le premier objectif est d’élargir notre gamme de production de services de santé pour le marché français et européen. Ces services ne se limiteront pas à la chirurgie esthétique. Nous envisageons, par exemple, d’étendre notre offre aux maisons de retraite. Ce dernier point ne concerne pas uniquement le marché français, nous ciblons également tout l’espace européen. Notre second but est de donner une bonne image des services de santé que nous proposons.

 

Existe-t-il  déjà des maisons de retraite en Tunisie ?

 

Il y a plusieurs projets en cours. Mais, il existe également, « des cas isolés », des initiatives privées de maisons de retraite qui ne sont pas réglementées, car notre arsenal juridique n’est pas adapté pour la promotion du secteur. Après cette étude, nous souhaitons lancer une réflexion avec le ministère du Tourisme concernant les hôtels qui ne sont plus rentables. Ces établissements hôteliers pourraient servir de maisons de retraite.

La situation du secteur d’exportation de services de santé en 2013 

 

L’exportation dans l’activité du secteur privé

 

L’exportation représente 36 % de l’activité des cliniques privées en Tunisie. Les admissions de patients étrangers ont représenté 376 000 personnes en 2013. La clientèle libyenne est prédominante parmi les patients étrangers. Elle représente 316 000 personnes, soit 84 % des patients étrangers. Trois autres marchés d’exportation, moins importants mais non négligeables, ressortent de l’estimation :

■ L’Algérie : 16 700 personnes, soit 4,4 % des patients étrangers

■ L’Europe : 11 200 personnes, soit 3 % des patients étrangers.

La valeur de la production des cliniques privées exportée représente 191 millions DT en 2013, dont 160 millions DT uniquement en direction de la Libye. A lui seul le marché des patients Libyens assure 30 % des revenus des cliniques.

La dynamique exportatrice du secteur des cliniques privées est impressionnante. Alors que le nombre de patients étrangers était estimé à 12 000 en 19981, 42 000 en 2003, 108 000 en 2008, il atteint 376 000 en 2013.  La Tunisie apparait ainsi comme la première destination de tourisme médical de l’ensemble Afrique-Moyen Orient, devant l’Afrique du Sud et loin devant la Jordanie.

Les données obtenues par l’enquête clinique montrent que le taux d’exportation par clinique a considérablement augmenté au cours des deux dernières années, sous l’effet de l’afflux de libyens.

Au cours des 10 dernières années, le chiffre d’affaires export des cliniques privées a progressé de +21 % par an en DT courants. L’exportation de soins représente 36 % de l’activité des cliniques en 2013, contre 24 % en 2003. Au cours des années 2012 et 2013, les admissions de patients libyens ont augmenté de manière exceptionnelle, du fait de l’accueil des blessés de la révolution libyenne qui étaient en nombre important et dont le séjour était particulièrement long. Ces patients ont nécessité des interventions lourdes essentiellement de chirurgie et d’orthopédie traumatologique. Parmi les cliniques de l’enquête, le nombre moyen de patients libyens par clinique a été multiplié par 3,2 entre 2011 et 2013.  L’expansion des exportations repose ainsi sur une dépendance croissante vis-à-vis du marché des patients libyens :

■ Les patients libyens représentent à eux seuls 84 % des exportations et leur contribution aux revenus des cliniques est passée de moins de 20 % à plus de 30 %

■ Les patients étrangers non-libyens sont minoritaires et leur poids décroît: 16 % toutes nationalités confondues en 2013, contre près de 20 % en 2003.

En l’absence de la clientèle libyenne, les exportations seraient divisées par plus de six et passeraient de 191 millions DT à 31 millions DT.

L’examen de la structure d’exportation des cliniques aboutit à un diagnostic paradoxal. Si les patients libyens assurent l’essentiel des revenus d’exportation, les autres nationalités engendrent cependant des revenus croissants pour les cliniques. En 2013, les patients étrangers non-libyens étaient plus nombreux (60 000) que le total des patients étrangers, libyens compris, en 2003 (42 000). Cette évolution atteste de la consolidation de l’attractivité internationale – surtout régionale- du secteur.

La dépendance du marché libyen s’accompagne donc d’une diversification réelle des marchés d’exportations, qui est principalement orientée vers l’Algérie et l’Afrique. En effet, les flux de patients qui en sont originaires progressent le plus vite depuis 10 ans (figure 1):

■ Algériens : + 28,9 % / an

■ Africains : + 29,4 % / an

En comparaison, la progression des Européens est beaucoup plus modeste, + 9,6 % / an. Leur contribution aux exportations demeure marginale (figure 2).

Les exportations de services de soins dentaires sont estimées à 13,7 million DT en 2013. Il s’agit d’une sous-estimation, en l’absence de données d’enquête suffisantes.

Cette estimation repose sur les éléments suivants:

■ Pose de 5000 système d’implants complets à des patients étrangers

■ Coût unitaire 1200 €, soit 2700 DT

■ Seuls les services d’implantologie dentaires sont pris en compte.

L’addition de ces deux principales composantes aboutit à une valeur totale des exportations de services de santé estimée 204,3 million DT en 2013.

Soins reçus par les patients étrangers

La demande étrangère porte sur un très large éventail de soins. Parmi les principaux traitements recherchés à l’étranger par les touristes médicaux, on peut noter :

■ Pontage coronarien

■ Remplacement de valve cardiaque

■ Prothèse de hanche

■ Arthroplastie du genou

■ Chirurgie du rachis

■ Liposuccion

■ Greffe de moelle osseuse

■ Traitements inhibiteurs de l’angiogenèse

■ Hystérectomie vaginale

Dans les 24 cliniques de l’échantillon les patients se répartissent comme indiqué dans la figure 3 :

Plus de détails sur l’origine, les types de soins, les modes de financement des patients sont présentés dans le module 1.3 et certaines de ces dimensions sont analysées dans le module 1.4.

Source : ministère de la santé  publique de Tunisie

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