Maghreb Pharma Expo 2014 Un appel à l’audace et à l’innovation

Cent soixante-trois équipementiers, producteurs de matière première, de conditionnement et de solutions pharmaceutiques issus de vingt-quatre pays ont répondu présents à l’invitation pour la 3ème édition du Salon International des Fournisseurs de l’Industrie Pharmaceutique en Afrique du Nord. La rencontre a eu lieu du 20 au 22 septembre derniers à l’esplanade d’exposition de l’hôtel Hilton d’Alger.

 

Amina CHERIF L. Correspondante permanente en Algérie

Cet évènement, devenu un rendez-vous annuel de l’industrie pharmaceutique nord-africaine, est l’occasion pour les professionnels du secteur de découvrir les dernières nouveautés en termes de machineries, équipements de laboratoire, salles propres, projets clés en main et technologies pharmaceutiques. Pharma Expo est une plateforme de rencontres avec les clients pour étendre les réseaux de distribution et découvrir le potentiel d’investissement d’un marché algérien en pleine croissance. « Aujourd’hui il y a soixante-dix-sept unités de production en Algérie », notait Abdelouahed Kerrar, président de l’Union Nationale des Opérateurs de la Pharmacie (UNOP). Plus de cent unités sont attendues d’ici la fin de l’année.

Cette année,  l’on note une forte participation des entreprises indiennes et françaises avec vingt-huit exposants pour chacun des deux pays. L’Allemagne, très dynamique, a été représentée par dix-huit  entreprises et nombre d’orateurs lors des conférences tenues en marge du salon.

La formation professionnelle et les technologies de fabrication de nouveaux systèmes d’administration ont été au centre des interventions de la première journée.

Parmi les sujets abordés par les intervenants, nous notons les exigences de qualité dans la conception d’unités de fabrication d’injectables. Ces produits doivent répondre à des normes d’hygiène strictes, et nécessitent l’utilisation d’eaux purifiées et des zones d’atmosphère contrôlée. Les solutions proposées par les concepteurs de projets clés en main, de par leur expertise pluridisciplinaire, pourraient pousser plus d’industriels à investir dans la fabrication de médicaments injectables.

Les formes inhalées, entre aérosols classiques, Pressurized Metered-Dose Inhaler (pMDI), et inhalateurDry Powder Inhaler (DPI) qui voient un engouement important en Europe et en Amérique du Nord, sont présentées comme un créneau porteur, en particulier vu l’augmentation de la prévalence des maladies asthmatiques en Afrique du Nord et dans le Moyen Orient.

Les films oraux ou Oral Disintegrating Films (ODF) qui se dissolvent rapidement dans la salive sans ajout de liquide, offrent une absorption rapide des principes actifs, et sont, avec les patches ou Transdermal Delivery Systems (TDS), autant de voies à exploiter pour les laboratoires de production désireux de se distinguer et d’offrir des solutions adaptées aux besoins des différentes catégories de patients.

Le partage d’expertise ne s’est pas arrêté aux formes non-conventionnelles et a également touché les technologies de production des comprimés avec des machines de dimensions de plus en plus réduites et de cadences élevées. Des acheminements de poudres assurant le maintien d’une homogénéité des mélanges même les plus complexes et une évacuation des comprimés évitant les problèmes de bourrages rentrent dans les améliorations techniques observées.

Les nouveaux procédés de fabrication continus ont également été présents au salon. Remplaçant les lignes de fabrication standards, ces machines offrent une économie de temps, vu l’absence de transfert de matière, d’espace, avec des unités compactes présentant une entrée de matière première et une sortie de produits finis, et augmentent considérablement le rendement.

La journée consacrée aux Laboratoire National de Contrôle des Produits Pharmaceutiques (LNCPP) a vu défiler douze orateurs qui ont abordé les différentes missions du LNCPP et son rôle dans la lutte contre la contrefaçon et l’assurance de maintien d’un niveau de qualité dans la production pharmaceutique nationale. Les aspects règlementaires du contrôle des substances actives et des produits finis, et les essais de bioéquivalence des médicaments et génériques produits localement ont largement été étayés.

Par ailleurs, une animation touchante a sensibilisé les visiteurs aux difficultés rencontrées par les patients non-voyants dans leur prise des médicaments. «Des contraintes de la vie de tous les jours, le non-voyant nécessite tout de même un petit confort pour au moins éviter de se faire assister lorsqu’il prend un traitement médical», expliquait Mohamed Kasmi, un universitaire  algérien souffrant de cécité. L’imprimerie SIPA, propose déjà des étiquetages en braille et espère arriver à la généralisation de l’utilisation de ce procédé.

Les particularités du transport des matières premières et produits finis pharmaceutiques, et le traitement des déchets de la production pharmaceutiques ont été au tableau de la troisième journée de conférences. De même, les conférenciers ont exposé  les dernières conceptions en matière d’excipients, de construction d’unités pharmaceutiques et de maintenance des équipements. Ces excipients novateurs permettent la formulation de produits orodispersibles pratiques à l’usage et facilitant l’observance des traitements.

On retiendra de ce salon la présence massive de fournisseurs de l’industrie pharmaceutique « peu de gens ont réussi à drainer autant de monde et de fabricants étrangers d’équipement » déclarait le président de l’UNOP. Un riche programme de conférences donnant  aux producteurs algériens  l’occasion de s’enquérir des dernières innovations en matière d’ingénierie pharmaceutique et d’acquérir un savoir-faire technologique de grande qualité.

Le ministre de la Santé, de la population et de la réforme hospitalière, Abdelmalek Boudiaf, présent à la cérémonie d’inauguration du Salon,  a invité les fournisseurs à s’installer en Algérie pour répondre aux besoins d’une production nationale jeune et en plein développement : « je profite de cette occasion pour demander à ces partenaires d’être omniprésents, comme ça on vous assiste, on vous accompagne et on joue gagnant-gagnant. »

Les producteurs l’auront compris, la gamme nationale doit se diversifier. Des formes d’administration nouvelles sont souhaitées et le soutien du gouvernement leur est assuré : « Notre slogan c’est d’aller de l’avant, encourager et accompagner tout ce qui se fait », affirmait le ministre.

Maghreb Pharma Expo en chiffre

 

Organisée par la société MEDITHERAL (Alger) spécialisée dans les services (conseil et formation) à destination des institutions de santé et opérateurs pharmaceutiques, la 3ème édition de MAGHREB PHARMA Expo, un important rendez-vous autour des technologies pharmaceutiques en Afrique, continue de susciter un grand intérêt chez les professionnels pharmaceutiques : la 2ème édition réalisée en 2013 a reçu la participation de 21 pays contre 23 cette année. Plus de 152 exposants et 1520 visiteurs professionnels de l’industrie pharmaceutique et des soins de santé étaient présents en 2013. L’évolution à la hausse de ces chiffres en 2014 – 168 exposants de 23 pays avec 1610 visiteurs professionnels – fait de cette rencontre un puissant levier de promotion et de développement du secteur de l’industrie pharmaceutique et plus globalement de la santé en Afrique. Last but not least, cette dernière édition a été rehaussée par la présence d’Abdelmalek Boudiaf, ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière.

Abdelmalek Boudiaf

Ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière

Abdelmalek Boudiaf met le dossier du médicament sur la table

Lors de l’inauguration du 3ème Salon International des Fournisseurs de l’Industrie  Pharmaceutique en Afrique du Nord, Maghreb Pharma Expo 2014, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abdelmalek Boudiaf a clairement affirmé les ambitions industrielles algériennes et le soutien du gouvernement aux investisseurs du secteur du médicament. Il a souligné l’importance de l’infrastructure actuelle sans toutefois nier ses limites et le chemin qui reste à parcourir. Nous l’avons interrogé sur sa vision de ce secteur.

La balance des importations reste élevée  malgré les efforts fournis par le ministère et le secteur du médicament. Comment expliquez-vous cela?

 

Tout d’abord, il faut faire face à la réalité. La politique du médicament engagée par le gouvernement est en cours. Le dossier est ouvert. Il y a des rencontres attendues avec les acteurs du secteur pour répondre à la demande et aux besoins. Aujourd’hui, nous disposons de plus de soixante unités de production. Plus de cent soixante-deux projets sont en cours de réalisation et font l’objet d’un suivi rigoureux du ministère de la Santé et du ministère de l’Industrie. Les perspectives sont très prometteuses. Il faut savoir aussi que le médicament dépend du marché international. Il est grand temps que l’on se penche un peu plus sur le marché algérien réel, c’est-à-dire, que l’on fasse le bilan de nos besoins à commencer par nos établissements hospitaliers, nos officines et notre population.

 

Peut-on connaître le taux de production national ? Quels sont les besoins ?

 

Les besoins sont énormes. Des rencontres sont prévues avec les industriels de la pharmacie et les conclusions seront disponibles très bientôt. Quant au taux de production, il est important. Il est estimé à plus de 70 %, mais n’oubliez pas que la matière première est importée et son prix dépend des cours internationaux. Il est temps de mettre en valeur nos usines, de leur permettre d’avancer non seulement pour les besoins du citoyen algérien, mais également pour conquérir d’autres espaces.

 

Y a-t-il des projets de partenariat ? 

 

Les projets de partenariat sont nombreux. Une exposition pareille permet de trouver davantage de partenariats et de demander la présence, l’assistance et l’accompagnement de nos investisseurs.

 

Qu’en est-il du projet du médicament générique ?

 

Le projet du médicament générique avance. Le groupe SAIDAL en fabrique et bientôt la Pharmacie Centrale des Hôpitaux (PCH) empruntera le même chemin. Il suit la courbe internationale.  Il n’existe pas de pays au monde qui atteint 50 % de consommation de médicaments génériques. En Algérie, la consommation est proportionnelle à ce qui se passe dans le monde.

 

Des spécialistes parlent de la nécessité d’un institut spécialisé dans la formation pharmaceutique et pointent du doigt l’insuffisance du système de 

formation universitaire pour la fabrication de médicament. Qu’en pensez-vous ? 

 

Aujourd’hui, l’université forme au bout de six ans des docteurs en pharmacie généralistes. Nous avons  demandé, et c’est à l’étude, que les producteurs expriment leurs besoins. En effet, un pharmacien généraliste a besoin d’une formation supplémentaire pour intégrer l’usine. Nous souhaitons inclure cette formation dans son cursus et offrir la possibilité de stages dans les unités de production.

 

L’Algérie ambitionne-t-elle de devenir une plateforme du secteur ?

 

Elle n’ambitionne pas, elle l’est déjà.

 

Elle l’est pour l’Afrique ? Pour le Moyen-Orient ?

 

Pour l’Afrique, le Moyen-Orient, et même d’autres régions.

L’Algérie dispose aujourd’hui de 60 unités de production fonctionnelle. Nous prévoyons d’atteindre 100 unités d’ici la fin de l’année ou au premier trimestre 2015. Ne restons pas uniquement sur le marché national. Il y a une demande locale à remplir, puis, pour préserver ce potentiel et protéger ces investissements, il est indispensable d’aller chercher d’autres marchés. Pour cela il faut une crédibilité qui se crée auprès du citoyen algérien avant de s’ouvrir sur l’extérieur.

Abdelouahed Kerrar

Président de l’Union Nationale des Opérateurs de la Pharmacie (UNOP)

Invité d’honneur au Salon international des fournisseurs de l’industrie pharmaceutique en Afrique du Nord, Maghreb Pharma Expo 2014,  Abdelouahed KERRAR, revient avec nous sur le secteur du médicament en Algérie, entre perspectives de croissance et nouveaux défis

Industrie pharmaceutique algérienne : Limites et ambitions

Mon parcours : de médecin chirurgien à l’industrie pharmaceutique

 

Président de l’Union Nationale des Opérateurs de la Pharmacie depuis 2013, ce chirurgien de formation a quitté l’hôpital en 1994 pour rejoindre la société familiale Biopharm spécialisée dans la fabrication de formes pharmaceutiques : formes sèches, liquides et pâteuses. Plus tard en 2005 l’entreprise s’est transformée en industrie pharmaceutique, nous confie Abdelouahed KERRAR.

 

Nos partenaires

 

Nous disposons d’une unité de production et d’une unité de développement. L’entreprise  fabrique ses propres génériques,  mais nous fabriquons également les produits de plusieurs multinationales : Sanofi Aventis, Lily, Pierre Fabre etc.

 

En Tunisie chaque laboratoire dispose d’un partenaire unique sur place, qu’en est-il de l’Algérie ?

 

« En Tunisie les choses se sont faites il y a quelques années déjà. Ici les choses sont en train de se faire.  L’architecture est en train de se composer mais globalement les multinationales, les laboratoires étrangers, ont un seul partenaire en Algérie. »

 

Taux de couverture de la population en besoin d’industrie pharmaceutique

 

En valeur, l’industrie pharmaceutique algérienne couvre environ 40 % des besoins. Aujourd’hui nous fabriquons pour près d’un milliard de dollars pour une consommation de trois milliards.  En quantité par contre nous couvrons presque 60 % de nos besoins. Nous avons en Algérie soixante-dix-sept  unités de production et cent soixante-seize agréments provisoires contre vingt à trente unités chez nos voisins tunisiens, marocains et jordaniens. A long terme, notre marché risque une saturation rapide.

 

L’exportation comme solution ?

 

L’exportation est déjà en marche, mais elle reste assez timide. Nous exportons aujourd’hui en Mauritanie, au Sénégal, au Mali, en Guinée. Nos produits se dirigent également vers quelques pays d’Afrique sub-saharienne, et un peu en Libye. Nous pensons réellement que nous avons aujourd’hui les moyens de nous positionner comme une force locorégionale dans le domaine pharmaceutique. Faudrait-il que certaines dispositions législatives et règlementaires suivent toutes ces actions.

 

Qu’en est-il de l’obtention des AMM en Algérie pour les produits locaux ?

 

« Ce n’est pas facile, mais ce n’est pas le parcours du combattant ». Aujourd’hui existe une réelle volonté politique, clairement affichée, d’encourager la production locale. Le meilleur indice est l’arrêté de 2008 qui interdit l’importation de tout produit fabriqué localement. Certes, la volonté d’encourager la production locale est là, mais il y a un déficit de moyens humains et matériels pour accompagner ce formidable investissement. La valeur de tous ces investissements dans le secteur pharmaceutique s’éleve à 1 milliard 300 millions de dollars, d’après une estimation de  l’UNOP.

 

Vos relations avec l’industrie tunisienne

 

L’industrie tunisienne a pris quelques années d’avance par rapport à l’industrie algérienne. Des produits tunisiens sont régulièrement enregistrés en Algérie. Plusieurs Joint-Ventures  (co-entreprises) se sont créés. Biopharm par exemple fabrique des produits de SAIPH (Société Arabe des Industries Pharmaceutiques).  Cependant, nous déplorons le fait que les autorités tunisiennes fassent barrage aux produits algériens. Nous avons des génériques à fabriquer en Tunisie et qui sont encore en cours d’enregistrement depuis au moins 5 ans. Il y a un déséquilibre dans les termes de l’échange à ce sujet.

 

Quand vous parlez de génériques à fabriquer en Tunisie, voulez-vous dire qu’il y a une unité algérienne dans ce pays ?

 

Non, nous avons passé un contrat avec SAIPH : nous fabriquons ses produits chez nous, et lui devait fabriquer nos produits dans ses locaux. Nous avons pu enregistrer les produits en Algérie mais les produits algériens n’ont pas pu être enregistrés en Tunisie.

 

De  quels produits s’agit-il ?

 

Les produits concernés sont l’Acebutolol, la Spiramycine etc. Il en existe encore trois ou quatre. Nous avons essayé de donner un sens à la coopération algéro-tunisienne par un échange de produits à fabriquer. Bien que nos autorités respectives se voient régulièrement au sein d’un comité, nous regrettons une absence d’impact clair sur le terrain.

 

Derniers mots et attentes du Salon Maghreb Pharma Expo 2014

 

Je remercie l’initiative. Peu de personnes ont réussi à drainer autant de monde et de fabricants étrangers d’équipements. Aujourd’hui nous avons remarqué qu’il y a un gap très important entre le niveau de l’industrie pharmaceutique et le niveau d’installation de ces équipementiers en Algérie. Notre message essentiel à ces équipementiers est : « qu’il y a une industrie, qu’ils ont du business à faire chez nous s’ils s’installent. Leur présence sur place est un des paramètres recherchés par les industriels algériens. »