Brûlure, les bons gestes

Aucune brûlure n’est bénigne et toutes, à des degrés divers, nécessitent des traitements appropriés. Le pharmacien étant souvent le premier professionnel consulté, voici quelques conseils à suivre…

La brûlure est une lésion plus ou moins étendue du revêtement cutané due à un agent thermique, chimique ou électrique. Les parties du corps les plus fréquemment atteintes sont les mains, le visage et le cou. Sa gravité est fonction de sa profondeur, mais aussi de sa surface et de sa localisation. La surface est évaluée en pourcentage de la surface corporelle totale, déterminé à partir de la règle des neuf : 9 % pour la tête, 9 % pour chaque membre supérieur, 2 x 9 % pour chaque face du tronc, 2 x 9 % pour chaque membre inférieur chez l’adulte. Concernant la localisation, les brûlures de la face, même de petite taille, notamment celles touchant les orifices (narines, bouche), peuvent être graves en raison d’une possible inhalation de produits toxiques. Les faces dorsales des mains, les interphalangiennes sont aussi des zones à risque, en particulier à cause de l’atteinte possible des articulations. Attention également aux plis, plus fragiles et difficiles à cicatriser car ce sont des zones de tension.

Profondeur : trois degrés d’atteinte

 

Brûlure superficielle du 1er degré 

 

Elle correspond à une atteinte des couches superficielles de l’épiderme. Il s’agit de la brûlure la plus fréquente et la plus simple à reconnaître. Elle est marquée « par un érythème rouge vif, des picotements et une douleur importante pendant les vingt-quatre premières heures, indique Jean-Luc Schmutz, du service de dermatologie du CHU de Nancy (54). Le coup de soleil en fait partie ». Plus la douleur est superficielle, plus elle est douloureuse. Sa guérison se fait spontanément, sans cicatrice, en trois à six jours.

 

Brûlure du 2ème degré 

 

Les caractéristiques du deuxième degré sont une peau épaissie par l’existence de cloques (phlyctènes) dues à des décollements intracutanés (destruction des cellules épidermiques). L’origine de ces brûlures est généralement thermique (chaleur, flamme, soleil) ou caustique (produits domestiques…). La lésion peut être superficielle ou profonde.

– La brûlure de surface correspond à une destruction de l’épiderme sans dépasser le derme superficiel. Elle est souvent rouge vif, très douloureuse et présente des cloques. Elle est généralement causée par un contact avec une source de forte chaleur (cuisinière, barbecue, fer à repasser, chalumeau, cheminée, etc.). Sans traitement adapté, elle peut mettre jusqu’à vingt et un jours avant guérison complète, soit le temps de formation de l’épiderme.

– L’atteinte profonde, en revanche, concerne non seulement l’épiderme et le derme superficiel, mais aussi le derme profond. Elle est moins rouge, laissant apparaître une zone blanchâtre, moins douloureuse (destruction des terminaisons nerveuses), plus dure (« cartonnée »). Elle est aussi parfois marquée par un aspect noirâtre signant une nécrose. Un contact prolongé avec de l’eau, de l’huile bouillante peut être à l’origine de ce type de brûlure qui cicatrise lentement, en trois à quatre semaines, laissant des séquelles définitives. Une prise en charge hospitalière est donc rapidement nécessaire. « Il faudra enlever chirurgicalement les tissus nécrosés pour éviter le risque de surinfection », signale Jean-Luc Schmutz.

 

Brûlures du 3ème degré 

 

Elle correspond à une destruction totale de la peau (nécrose) et se caractérise par un aspect dur, « cartonné », blanc ou noir (carbonisation). La peau est indolore, signe de perte de sensibilité. Elle survient notamment après contact avec un pot d’échappement ou le feu d’une gazinière ou encore avec un agent électrique ou chimique. Même limitée, une lésion du troisième degré est toujours profonde et sa guérison spontanée est impossible. Elle exige une orientation vers un centre hospitalier ou une structure spécialisée pour une intervention chirurgicale immédiate (greffe cutanée et parage avec retrait des tissus nécrosés).

 

Les bons gestes de soins

 

Les brûlures des premier et deuxième degrés superficielles, liées le plus souvent aux coups de soleil et aux accidents domestiques, peuvent être prises en charge à l’officine si elles sont peu étendues. En cas de signe de gravité (brûlure profonde et/ou étendue, atteinte du visage, des muqueuses, des plis), il faut orienter le plus vite possible vers des soins d’urgence. L’objectif est d’apaiser rapidement la douleur, de réhydrater les couches superficielles de la peau, de résorber l’inflammation et de réduire la rougeur, de favoriser la réparation cutanée en aidant à la régénération des tissus, de stimuler la production de nouvelles cellules, de restaurer les défenses de la peau.

Première recommandation : passer la lésion sous l’eau du robinet tiède (15-25 °C), cinq à quinze minutes jusqu’à disparition de la douleur.

Refroidir la zone brûlée apaise en procurant un effet anti-inflammatoire et surtout antalgique. Conseiller ensuite de passer localement un produit émollient, adoucissant, apaisant et réparateur. Exemples : émulsions Biafine (recommandée pour les brûlures des premier et deuxième degrés et les érythèmes post-radiothérapiques, aide à éliminer les tissus morts dans le cadre du processus de guérison) et BiafineAct (en libre accès), composées de trolamine, à appliquer en couche épaisse plusieurs fois par jour, le soir (Johnson & Johnson santé beauté France) ; pommade Cicatryl en sachet-dose (Pierre Fabre Médicament) à base d’allantoïne, guaiazulène, para-chlorométacresol, alpha-tocophérol, vitamine F (si la blessure ou la brûlure est trop douloureuse, la recouvrir avec une gaze préalablement enduite de Cicatryl) ; Flamigel (Flen Pharma), produit cicatrisant avec un effet frais (la technologie du gel hydrocolloïde combinée à l’action de l’arginine reconstitue un milieu humide propice à la cicatrisation et accélère la vitesse de celle-ci) ; hydrogel Osmo Soft Brûlures et coups de soleil (Cooper) qui possède un fort pouvoir osmotique et attire une grande quantité d’eau (haut pouvoir refroidissant : sensation de froid apaisante immédiatement ressentie) ; crème Bepanthen contenant du dexpanthénol (Bayer santé familiale) ; médicament homéopathique sous forme de pommade Cicaderma (Boiron) ; émulsion Urgo Brûlures-coups de soleil au calendula, allantoïne et vitamine E ; crème réparatrice brûlures superficielles irritations Jonzac REpare à base d’eau thermale et de gluco-oligosaccharide, qui aide à rétablir les défenses de la peau en stimulant la croissance de la flore résidente saprophyte ; le baume SOS Haute tolérance d’Algotherm contient un extrait de fleur d’arnica apaisant, il calme et répare la peau en favorisant le renouvellement cellulaire ; le sérum lait HQN est à base de plantes du sud de la France, il est apaisant, hydratant, adoucissant et réparateur.

 

Huiles essentielles et pansements

 

Une formulation d’huiles essentielles peut également être proposée : 20 gouttes de lavande officinale, 10 gouttes de géranium rosat, 10 gouttes de carotte, diluées dans 100 ml d’huile végétale de macadamia ou millepertuis, ou encore 2 gouttes d’huile essentielle de niaouli, pures ou diluées, toujours diluées pour les enfants (Le Comptoir aroma, huiles essentielles biologiques). « Si la brûlure est un peu plus importante, marquée par la présence de petites cloques, un dermocorticoïde peut être indiqué pour lutter contre l’inflammation, après avis médical », indique Jean-Luc Schmutz.

Un pansement, qui soulage et protège la brûlure n’adhère pas à la plaie et se retire sans douleur, est également approprié dans ces cas de prise en charge à l’officine (tulle gras ou pansement). Exemples : pansements Urgo Brûlures-blessures superficielles associant particules d’hydrocolloïde et vaseline ; pansements Hansaplast SOS (Beiersdorf) conçus en matériau polyuréthane imperméable et respirant (l’hydrogel refroidit instantanément la brûlure). Dernière préconisation très importante : demander au patient de surveiller l’évolution des lésions (l’usage de produits colorés est à proscrire car il gêne cette surveillance) et de signaler toute aggravation ou absence d’amélioration dès les premiers jours (signes d’infection locale, rougeurs s’étendant à la peau non lésée, douleurs…). Par ailleurs, si la brûlure est douloureuse, conseiller un antalgique.

L’immobilisation complète (main ou jambe en l’air, sur coussin, en mettant la main plus haut que le visage) a pour effet de diminuer la douleur. Faire boire, notamment s’il s’agit d’un enfant ou d’une personne âgée. Que faire en cas de brûlure profonde en attendant la prise en charge hospitalière ? « Donner des antalgiques en cas de douleur et couvrir la brûlure avec un linge humide », conseille Jean-Luc Schmutz.

Clémence Clerc, pharmacienne.