Pharmacie d’officine : un référentiel pour faire évoluer les pratiques des pharmaciens

Pharmacien d’officine, une profession qui évolue

La profession du pharmacien d’officine est en pleine phase évolutive et son rôle s’est considérablement transformé ces dernières années. De producteur de médicaments qui a constitué une partie de l’essentiel de sa fonction jusqu’à la fin des années 70, il s’est investi d’un nouveau rôle pour se rapprocher du patient et devenir un prestataire de soins. Mais comment peut-il se  permettre d’améliorer la qualité et la sécurité de l’exercice officinal, notamment dans le cadre de la prise en charge thérapeutique des patients ? C’est le thème de la journée du Conseil régional de l’Ordre des pharmaciens du centre qui a organisé samedi 22 novembre un  forum sur la pharmacie d’officine  sous le thème “Pour un référentiel de la pharmacie d’officine – Les bonnes pratiques officinales” à l’hôtel Sentido Rosa Beach à Monastir. 

Kamel Bouaouina

Abderahmane Ben Slimane, Président du Conseil régional de l’Ordre des pharmaciens du Centre, a précisé que le métier du pharmacien d’officine connaît des difficultés. Et ce, non seulement en raison du nombre des pharmacies qui se sont installées, mais aussi en fonction du faible pouvoir d’achat des Tunisiens. Il ne faut pas oublier que nous sommes le maillon le plus important de l’éducation sanitaire dans le pays car on reçoit chaque jour près d’un million de visiteurs dans toutes les officines du pays.  Le rôle du pharmacien a évolué en Tunisie comme dans le monde au cours des dernières décennies. Centré sur la préparation et la dispensation des médicaments, il s’est orienté vers la dispensation associée à des prestations plus larges de prise en charge thérapeutique du patient. Et là nous devrons améliorer nos pratiques professionnelles officinales. Le référentiel de la pharmacie est  destiné à aider les pharmaciens à élargir et approfondir le champ de leur exercice afin qu’ils améliorent la qualité et l’efficacité de la prise en charge thérapeutique des patients. Lui succédant, Abdallah Jalal, Président du Conseil de l’Ordre des pharmaciens, a précisé que le métier de pharmacien est en train d’évoluer. « Conscients que notre profession a besoin d’une réforme globale pour une meilleure adaptation à la nouvelle réalité sanitaire du pays, le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, sans aucun esprit corporatiste ni protectionniste,  s’est fixé comme objectif  d’évaluer et de revoir l’exercice officinal actuel dans l’espoir de le préparer aux exigences futures, de positionner la pharmacie d’officine dans un système de santé en perpétuelle évolution et aussi pour orienter les nouveaux textes réglementaires conformément aux attentes de la profession. Le référentiel sera d’un grand apport pour l’officine et permettra, entre autres, la standardisation et l’harmonisation de l’exercice officinal.  Ridha Charfeddine,  qui vient d’être honoré par la profession à la suite de son élection à la Chambre des députés, a appelé les pharmaciens à être plus solidaires et à défendre la profession qui perd de plus en plus son monopole. « La bataille sera rude et de logue haleine. Mais il ne faut jamais baisser les bras. La prise de conscience doit être collective pour  défendre notre cause. »

 

Sécuriser et améliorer la qualité de l’exercice officinal

 

Martine Le Verger, coordinatrice du référentiel et membre du conseil d’administration de la  Société Française de Pharmacie Clinique (SFPC),  «  Ce document de plus de 200 pages a été élaboré sous l’impulsion des officinaux désireux de caractériser leurs pratiques et de les faire évoluer. Sa mise en œuvre aura nécessité deux années de travail et la participation de coordonnateurs (15), rédacteurs (40) et relecteurs (30) sous la houlette d’un comité de pilotage. La méthodologie de la HAS a servi de guide. Il décrit en 8 chapitres les activités, les aptitudes, les savoirs et les savoirs associés du métier.  Ce référentiel comprend l’ensemble des activités directement liées aux prestations fournies aux patients et les activités support, réparties en 8 chapitres. Il vise à valoriser le métier du pharmacien d’officine dans le système de santé car il y a une grande volonté des officinaux de définir les actes permettant de faire évoluer les pratiques officinales. Le pharmacien doit approprier  ce référentiel pour sécuriser et améliorer la qualité de son exercice, il ambitionne également de servir de vitrine pour faire connaître la complexité et l’apport de ce métier à la sécurité de la dispensation auprès des autorités, des médias, des politiques…Il décrit en 8 chapitres les activités, les aptitudes, les savoirs et les savoirs associés du métier. Chaque chapitre est structuré en références elles-mêmes composées de critères qui permettront à chaque équipe officinale de s’évaluer par rapport à plusieurs niveaux de pratique: un niveau strictement réglementaire, ou un niveau conforme aux attentes de la profession, ou un niveau plus avancé. A l’issue de cette évaluation, chaque confrère sera en mesure d’élaborer un plan d’action, adapté à sa propre situation. Il pourra ainsi s’inscrire dans un processus continu d’amélioration de la qualité des pratiques, selon un référentiel national. L’appropriation de cet outil sera exigeante. La profession sortira renforcée par cet exercice au service de la qualité et de la sécurité des soins fournis aux patients par les pharmaciens d’officine et leurs équipes. Chaque pharmacien avec l’ensemble de son équipe pourra l’utiliser pour formaliser et analyser les différents processus support (management, achats, logistique) puis les activités réalisées au sein de l’officine (prise en charge du patient avec ou sans prescription, premier recours, prévention, gestion des risques, formation des étudiants et stagiaires, etc.). En identifiant ses points forts et ses faiblesses, le but est de définir une politique d’amélioration par étapes.» Lui succédant,  Florence Loyer membre du CA de la SFPC, a précisé que le  référentiel comporte ainsi 30 références et 97 critères. Il a fait l’objet de relectures interactives tant internes qu’externes. « Cet ouvrage s’adresse à l’ensemble de l’équipe officinale. Il est destiné à aider les professionnels à se positionner clairement par rapport aux autres professionnels de santé en décrivant les nombreuses missions et responsabilités attribuées, à faire évoluer les pratiques professionnelles, approfondir et élargir leur champ d’exercice et  à améliorer la qualité et la sécurité de l’exercice officinal, notamment dans le cadre de la prise en charge thérapeutique des patients. La rédaction du référentiel s’est appuyée sur les textes réglementaires, sur les guides de bonnes pratiques ou des publications. Il n’est nullement opposable à la profession et n’a pas vocation de devenir un guide contraignant, mais de permettre aux officinaux, qui le souhaitent, de disposer d’un outil leur permettant d’avancer à leur rythme dans diverses directions. Les pharmaciens d’officine et leurs équipes disposent maintenant d’un référentiel, disponible sur le site de la SFPC et en lien sur les sites des organisations professionnelles, qui leur permettra de continuer à se mobiliser au service de la qualité et de la sécurité des soins fournis aux patients. Chaque équipe officinale pourra ainsi s’évaluer. A l’issue de cette évaluation, chaque confrère sera en mesure d’élaborer un plan d’action, adapté à sa propre situation. Il pourra s’inscrire dans un processus continu d’amélioration de la qualité des pratiques  Dr Le Verger devait conclure que cette  première version du référentiel n’a pas la prétention d’être exhaustive. Les versions suivantes devront progresser et s’adapter aux évolutions, en fonction des remarques et de l’investissement de chacun.  Il sera toujours possible de remarquer l’absence de telle ou telle notion, ou encore trouver que tel ou tel autre point est trop développé. Ce n’est pas l’important. Ce qui compte c’est que les pharmaciens soient en mesure, lorsqu’ils décident de s’investir dans une tâche ou de faire le point sur une pratique, de trouver les éléments qui leur  permettront de pousser leurs réflexions plus loin. »

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