La pharmacie hospitalière fait face aujourd’hui à de nombreux défis. Le pharmacien hospitalier joue un rôle essentiel dans le milieu hospitalier pour l’offre des soins et des prestations nécessaires aux patients tunisiens. Il y a encore beaucoup de travail à faire et un grand défi à relever en matière des besoins en médicaments, en dispositifs médicaux, en traitements innovants, en actualisation de la réglementation des procédures.
Dans notre pays, à travers notamment au travail colossal et au dynamisme exemplaire de l’association tunisienne de la pharmacie hospitalière (ATPH), l’évolution continue de cette corporation permet d’envisager l’avenir avec optimisme et enthousiasme grâce à ses valeurs scientifiques et sociales, le sens qu’elle donne à ses projets soutenus par les professionnels du secteur pharmaceutique et la participation de tous les pharmaciens hospitaliers. En effet, l’engagement de tous les adhérents est resté sans faille et méritant d’être souligné car l’union de la corporation fait sa force.

Hela Kochbati

Dr Myriam Guerfali, Présidente de l’association tunisienne de la pharmacie hospitalière (ATPH)

Myriam GuerfaliL’association tunisienne de pharmacie hospitalière (ATPH) essaye de créer des procédures et des normes pour faire en sorte que tous les pharmaciens hospitaliers travaillent de la même manière
pour le bien du citoyen, avec la même qualité de service. La pharmacie hospitalière existe un peu partout sur tout le territoire tunisien. Dans tous les centres sanitaires, ils gèrent les médicaments et les dispositifs médicaux dans les hôpitaux.
Quelque soit la zone du pays, le pharmacien hospitalier est présent pour gérer les stocks de médicaments et tous les produits pharmaceutiques… C’est le premier responsable de la bonne gestion des produits pharmaceutiques en milieu hospitalier.

Qu’en est-il de l’harmonisation des dispositifs médicaux ?

On est en train de travailler avec les directions de tutelle au niveau du ministère, de la DPM, de la DIP, de la LNCM, de l’INA santé et de l’ANCSEP sur les procédures, de manière à ce que les dispositifs médicaux soient harmonisés. Des procédures identiques applicables partout permettent de protéger les intervenants. Le patient est préservé, de façon qu’au niveau du stockage des produits pharmaceutiques, des normes d’achats, on ait des références similaires. Dans le service hospitalier, le pharmacien doit intervenir en donnant son avis notamment pour les achats des produits pharmaceutiques, la gestion des stocks et la traçabilité jusqu’au patient pour les dispositifs implantables. Le rôle du pharmacien hospitalier est de veiller à l’usage rationnel des dispositifs médicaux.

Que renferme la circulaire 76 actualisée et quels sont les principaux aspects de l’actualisation réglementaire de la pharmacie hospitalière ?

Elaborée après l’incident des stents périmés, la circulaire 76 est la première circulaire portant sur les dispositifs médicaux.
Cette circulaire n’a pas été faite pour nous protéger en tant que pharmaciens hospitaliers mais pour protéger les médecins, et dégager leur responsabilité pour les dispositifs sous leur contrôle. Cette circulaire est à revoir dans une logique de responsabilité commune : de la gestion à l’utilisation ! La circulaire stipule que le pharmacien hospitalier est responsable des dispositifs non seulement dans le service hospitalier mais aussi dans les services médicaux. Nous n’avons rien contre cette procédure sauf qu’elle pose le problème du nombre insuffisant
de pharmaciens hospitaliers. Dans certains hôpitaux, avec une population de 700 à 800 médecins, vous trouvez seulement quatre ou cinq pharmaciens. Comment voulez-vous que ceux-ci puissent gérer une trentaine de services, vérifier les stocks, examiner l’approvisionnement, la péremption des produits et vérifier la traçabilité. Cette circulaire a été élaborée sans réfléchir aux ressources humaines en matière de pharmaciens pour gérer les stocks de médicaments et de dispositifs dans les services hospitaliers.

Quelles recommandations émettez-vous vers les professionnels de la pharmacie hospitalière en matière de la gestion des dispositifs médicaux ?

Il est nécessaire d’augmenter le nombre de pharmaciens hospitaliers et de créer les normes en infrastructure des services pour bien stocker les dispositifs médicaux. Notre profession réfléchit au stockage des médicaments. Par ailleurs, on est entrain de considérer les dispositifs médicaux comme des médicaments, alors qu’il y a des dispositifs qui sont très volumineux. Dans l’absolu, la manière de stocker les dispositifs médicamenteux doit changer. Il faut impérativement engager des pharmaciens pour une gestion spécifique des dispositifs médicaux avec également un budget à part. Les dispositifs médicaux peuvent être considérés comme une nouvelle spécialité de la pharmacie hospitalière, ce qui permettra de recruter, de former et d’encadrer dans ce sens.

Dalila Ghlila, Pharmacien major de la santé publique et chargée des fonctions de chef de service de la pharmacie à l’hôpital de pneumo-phtisiologie (Hôpital Abderrahmane Mami – Ariana)

Quelles sont les mesures à prendre pour une amélioration de la gestion des dispositifs médicaux ?

Dalila GhlilaIl faut commencer par instaurer une nomenclature.
Au début, il n’y avait pas de textes de loi parce que les dispositifs médicaux, pour d’aucuns, c’est un peu de pansements, quelques aiguilles, des thermomètres, des sacs à urines, etc. Maintenant, ces dispositifs renferment des produits de haute technologie, c’est-à-dire que le budget des dispositifs médicaux dans les grands hôpitaux et les centres hospitalo-universitaires sont deux à trois fois plus importants que celui des médicaments.
Tandis que le secteur des médicaments est réglementé, avec des autorisations de mise sur le marché et une nomenclature hospitalière précise, ce n’est pas le cas des dispositifs. Ainsi on ne peut pas rationaliser l’usage
des dispositifs médicaux et on ne peut pas parler de gouvernance. Les dispositifs se chiffrent parfois en milliers de dinars. Prenons le cas de la valve percutanée dont le coût s’élève à 55 mille dinars dont l’implantation est réalisée par le biais d’une technique non invasive puisqu’on va introduire la sonde sans thoracotomie.
D’un autre côté, le patient peut bénéficier d’une valve chirurgicale pour mille dinars.
La question qui se pose : Est-ce que « le pays » peut payer cette somme ?
La Caisse Nationale d’Assurance Maladie n’en a certainement pas les moyens.
Je suis pour les nouvelles technologies : un centre hospitalo-universitaire doit être au diapason de l’évolution
technologique mais il faut réglementer pour éviter les dépassements. Il faut cibler les coûts et commencer par les dispositifs qui sont peu coûteux. Il y a des priorités : on ne peut pas tout faire à la fois…

L’ATPH, forte, unie, dynamique…

Depuis sa création, l’ATPH n’a pas cessé de varier ses activités à travers des congrès, des journées d’études et de sensibilisation, des ateliers de formation et d’information et des voyages culturels. Ses membres ont réitéré leur appel à rehausser sans cesse l’image du pharmacien hospitalier grâce à une meilleure présence, à une intégrité morale et un rayonnement scientifique et social.
Pour cela, l’association a incité ses adhérents à une collaboration participative et à un échange positif en étant une association connectée à la réalité du terrain à travers une forte proximité avec les pharmaciens hospitaliers,
l’engagement avec la profession et aussi la qualité du travail effectué au quotidien dans les différentes catégories de centres sanitaires et dans des conditions parfois difficiles tout en faisant rayonner la profession.
Pour Dr Myriam Guerfali, Présidente de l’ATPH, « sa force se base sur des valeurs scientifiques et sociales, et le sens qu’elle donne à ses actions, son projet s’est toujours appuyé sur la participation de tous les pharmaciens hospitaliers. » Précisant que « le dernier mandat a été particulièrement exigeant, tant pour les membres du bureau que pour les pharmaciens adhérents avec les multiples changements apportés par les programmes nationaux, assortis d’échéanciers serrés et parfois d’incompréhension de la part des responsables, particulièrement à l’égard du fonctionnement et de la structure des services de pharmacie, créant beaucoup de stress et d’anxiété », Dr Myriam Guerfali se réjouit par ailleurs de constater que l’ATPH a rempli sa mission de soutien, d’information, de formation, d’encadrement » et espère étendre ce rayonnement du pharmacien hospitalier bien au-delà des frontières.

Le nouveau bureau de l’ATPH élu le jeudi 30 mars 2017

– Présidente : Dr Myriam Guerfali
– Secrétaire Général : Dr Raouf Jamai
– Trésorière : Dr Mouna Sakka
– Commission manuel des procédures : Dr Ines Zaichi
– Commission culturelle : Dr Yemen Mzai
– Commission scientifique : Dr Nessrine Hasni
– Commission de communication et site web: Dr Sonia Triki