Etant à l’origine du concept de dermo-cosmétique, les laboratoires Pierre Fabre investissent dans la recherche, le développement et l’innovation en matière de soin de la peau et des cheveux.
Fort de son expertise scientifique, Pierre Fabre Dermo-cosmétique est aujourd’hui leader mondial. Ses produits de soin sont recommandés par les professionnels de santé et distribués dans des circuits spécialisés par un personnel formé qui puisse apporter un conseil personnalisé.
Rencontre avec M. Eric Ducourneau, Directeur Général de Pierre Fabre Dermo-cosmétique.

Eric Ducourneau

Eric Ducourneau, Directeur Général de Pierre Fabre Dermo-cosmétique

Pouvez vous nous présenter Pierre Fabre et Pierre Fabre Dermo-cosmétique ?

Pierre Fabre dermo-cosmétique est une filiale du groupe Pierre Fabre qui est un groupe pharmaceutique et cosmétique créé dans les années 60 en France par M. Pierre Fabre, (pharmacien d’officine). Le domaine de la cosmétique était un domaine très peu couvert à l’époque en France. Aujourd’hui, nos produits ont la spécificité d’être présents et de couvrir à la fois le volet des soins capillaires, les soins du cuir chevelu et les soins de la peau.
Pierre Fabre a d’abord créé un groupe pharmaceutique et quelques années après, il a racheté Klorane en 1965, qui était sa première marque, et il en a acheté d’autres et en a créé comme « Avène » ou « A-Derma». Cela va être le démarrage d’une série de développement de produits et de marques.
Depuis le décès de M.Fabre en 2013, le groupe a été légué à la Fondation Pierre Fabre qui est aujourd’hui l’actionnaire de référence du groupe pharmaceutique qui a trois activités : une activité de médicaments et de produits OTC, un lot de produits accessibles en accès libre, non prescrits, non remboursés dans les pharmacies, qui fait à peu près 900 millions d’euros en chiffre d’affaires.
Et puis à côté, une part de produits dermo-cosmétiques qui comportent dix marques, neuf de dermo-cosmétiques et une
de dermatologie (Pierre Fabre Dermatologie) et qui fait un peu moins de 1,4 milliards d’euros en chiffre d’affaires et qui existe notamment en Tunisie et je dirige cette partie là. A titre d’informations générales sur les neuf marques en dermocosmétologie, sept marques sont commercialisées en Europe et en Afrique et il y en a deux que vous connaissez moins, Glytone qui est commercialisée uniquement aux Etats Unis et Darrow qui est commercialisée au Brésil.

Comment Pierre Fabre a-t-il eu l’idée de développer Pierre Fabre Dermo-cosmétique ?

Quand il était pharmacien d’officine, Pierre Fabre s’est rendu compte que les patients qui venaient le voir avec une prescription dermatologique, soit on leur donnait une crème topique, soit la voie orale. Une fois la prescription finie, les patients avaient quelques conséquences du traitement comme les sécheresses cutanées ou autres, il n’y avait aucun produit de cosmétique ou de dermo-cosmétique dans la pharmacie. Les patients étaient donc orientés vers un parfumeur de la région, qui leur proposait des produits et des crèmes de luxe. Sauf que tous les clients n’avaient pas les moyens d’acheter les produits de luxe et c’est comme cela que Pierre Fabre a eu l’idée de développer la gamme des produits dermo-cosmétiques qui sont des produits de soins vendus dans un circuit spécialisé, c’est-à-dire en pharmacie et toujours avec le conseil du pharmacien.
C’est d’ailleurs pour cela que les produits dermo-cosmétiques ne sont pas vendus en grandes surfaces ou aussi en vente par internet. Nous pensons que le conseil personnalisé est important dans les problèmes de peau et de cheveux. On a une multitude de produits qu’on essaye de rendre adaptables à tous les types de peau ou à toute problématique.

« Le conseil personnalisé est important dans les problèmes de peau et de cheveux. »

Seul le professionnel que ce soit un pharmacien, un personnel officinal formé ou évidemment un dermatologue, peut savoir véritablement ce qui peut convenir à chaque peau. En gros, les produits dermo-cosmétiques sont des produits de soins différents des produits strictement cosmétiques. Ces produits de soins sont vendus dans des circuits spécialisés. Et cette définition n’a pas été déviée de la définition d’origine qui a été donnée dans les années 60 et c’est le pharmacien Pierre Fabre qui a créé le concept.

Comment la marque Pierre Fabre s’est implantée en Tunisie ? Quels sont ses axes de développement ?

Pierre Fabre s’est implanté en Tunisie dans les années 80. On a suivi toutes les évolutions du marché tunisien. On a toujours eu un distributeur qui est notre partenaire sur ce marché.
L’implantation dans ce pays commence par le lancement d’une marque phare qui est « Avène », qui est la première marque dermo-cosmétique mondialement. Une fois la marque phare commence à se développer, on introduit les autres marques successivement.
Aujourd’hui, 80% des références dermatologiques Pierre Fabre, commercialisées en Tunisie, sont fabriquées localement, ce qui correspond au développement normal des entreprises dans le pays. On a aussi des partenaires industriels, en plus d’avoir un partenaire commercial, qui est le groupe Argania.

« 80% des références dermatologiques Pierre Fabre, commercialisées en Tunisie, sont fabriquées localement »

Quelles sont les différentes catégories de marques chez Pierre Fabre ?

Chez Pierre Fabre, on distingue trois catégories de marques.
La marque grand public « Klorane », qui est très connue pour le capillaire et pour les produits destinés aux bébés. Puis les trois marques de dermatologie : « Avène », « Ducray » et « A-Derma », et les marques « Premium » qui sont « René Furterer » et « Galénic » qui sont frontières pour le coût avec les parfumeries et dont la distribution se fait parfois, dans certains pays hors pharmacies.

La Tunisie est-elle considérée comme un marché porteur, en comparaison au reste du monde et à l’Afrique ?

Le marché tunisien est porteur à mon avis pour trois raisons.
– D’abord, c’est un marché important de point de vue taille. Et c’est un réseau de distribution qui est très développé. Il y a les pharmacies et les parfumeries qui vendent des produits frontières. Le circuit est très développé en termes de réseaux de distributions.
– La deuxième raison est que la dermatologie est très développée en Tunisie. Nous avons beaucoup de clients tunisiens avec une forte proximité avec la France, en termes d’études, en termes de relations scientifiques, etc. Il y a le côté réglementaire que la Tunisie regarde, il y a aussi les agréments qui sont donnés par la France mais le plus important c’est qu’il y a des leaders tunisiens et français qui collaborent ensemble sur des problématiques de dermatologie et c’est un facteur clé de succès pour nous.
– La troisième raison, c’est la grande influence de la Tunisie et de la dermatologie tunisienne sur le reste du continent et sur l’Afrique subsaharienne. C’est d’ailleurs pour cela que Pierre Fabre a choisi de traiter l’Afrique et l’Afrique subsaharienne depuis la Tunisie.

« Pierre Fabre a choisi de traiter l’Afrique et l’Afrique subsaharienne depuis la Tunisie. »

Quelles sont les spécificités des nouveaux produits ?

Nous lançons 150 produits chaque année pour chaque marque, et ce sont des produits spécifiques. Par exemple, les produits A-Derma, ont comme base l’Avoine Rhealba, alors que les produits « Avène », sont à base de l’eau thermale d’Avène. Nous accordons beaucoup d’importance aux actifs utilisés et à la composition de nos produits, et nous veillons à ce que chaque marque ait ses propres spécificités. C’est ce qui fait d’ailleurs l’identité et la force des produits Pierre Fabre.
Quand vous voyez un produit A-Derma, vous le distinguez d’un produit « Avène », même si les deux produits sont pour l’acné. Il n’y a pas que le packaging qui change, il y a tout un travail de recherche sur la formule qui est derrière.

Qu’est ce qui a changé depuis le décès de M. Pierre Fabre ?

Depuis le décès de M. Fabre, nous avons travaillé sur la modernisation de notre façon de commercialiser les produits. De nos jours, Internet joue un rôle important dans le volet commercial, et les consommateurs sont plus à jour et gardent un oeil sur les nouveautés, les formules, etc.
Aujourd’hui, quasiment 50% des consommatrices commencent leur recherche de produit via internet, en s’interrogeant
sur ce qu’elles peuvent trouver, en allant sur des groupes ou des forums de discussions et en demandant l’avis des
consommatrices partout dans le monde.
En plus, nous travaillons de plus en plus sur la localisation des formules, c’est-à-dire à l’adaptation d’un certain nombre de nos formules à des types de peaux différents.
La société Pierre Fabre s’est développée d’abord en s’installant en Europe du Sud, puis après au Maghreb. Par exemple, cette année, 3 marques ont franchi 50% du chiffre d’affaires en France. Cette année, c’est Klorane, c’est Galénic et c’est René Furterer, sachant que c’était Ducray l’année d’avant.

Quelles sont les actions que vous avez entretenues, depuis que vous êtes nommé directeur général de Pierre Fabre Dermocosmétique?

Nous avons lancé le centre d’innovation en Asie. Ce centre fait partie de ces actions et a été créé en 2013. Egalement sur le Brésil, on a entrepris de racheter beaucoup de nos distributeurs, comme au Chili, au Japon, à Hong Kong, ce qui a permis d’accélérer notre croissance. L’année dernière, nous avons fait 36% de croissance, cela veut dire que nous avons doublé notre chiffre d’affaires pour la gamme de dermo-cosmétique.
Ceci a été une accélération de croissance assez forte. Tout cela a été induit grâce aux recrutements que nous avons effectués, à compter depuis le 1er janvier 2013, 2400 personnes en dermocosmétique et sont réparties comme suit : la France avec une petite part de recrutement (moins de 300 personnes), et tout le reste pour l’international.
Nous avons essayé de redonner de la chance à toutes les marques et on a augmenté notre investissement en termes de
développement, qui est aujourd’hui de 60 millions d’euros pour la partie cosmétique auquel s’ajoute une quinzaine de millions pour Pierre Fabre Dermatologie. Cela a permis de passer de 40 nouvelles formules par an à 150 formules lancées. Toutes les marques ont pu être servies en matière de nouveaux produits. Et cela a pu accélérer le développement des produits.
Je peux vous citer de nouveaux produits comme « Xeracalm » par exemple dans l’atopie sévère de la marque « Avène », un produit comme « Epithéliale A.H Duo» pour la réparation cutanée de la gamme « A-Derma ».
Il y a la gamme « Galénic » qui est aujourd’hui importante en France, en Italie et en Espagne.

Quel est votre moteur de développement ?

Notre moteur de développement réside premièrement dans les importations locales et donc les filiales, la deuxième chose est le lancement de beaucoup de produits, chaque marque nécessite au moins quatre lancements par an sur tous les marchés. Et la troisième chose, c’est d’avoir les équipes qui vont avec et en particulier des équipes commerciales solides.

Les produits de parapharmacie et notamment les produits dermo-cosmétiques ont un impact positif sur l’économie de la pharmacie. Quel est l’impact des produits Pierre Fabre justement, pour le pharmacien tunisien?

Quand on globalise tous les produits de Pierre Fabre et toutes les marques, nous sommes leader sur le marché tunisien. Et puis sur la pharmacie tunisienne, nous n’avons pas assez de chiffres mais je dirais quand même parce que ce sont des chiffres assez communs dans le monde et ce que je vois en France, la plupart du temps, les produits dermo-cosmétiques et les OTC représentent 30% en matière du chiffre d’affaires au sein d’une pharmacie.
En revanche, ils permettent aux pharmaciens de développer une clientèle et cela peut aller très vite. Cela fait trois ans que je ne suis pas venu en Tunisie, et quand on fait une visite en pharmacies, on se rend compte des évolutions très rapides.

Les laboratoires Pierre Fabre ont-ils un engagement par rapport à l’environnement au sens du développement durable ?

Pierre Fabre avait des convictions qu’il avait transmises au groupe.
Il était pharmacien et avait des connaissances très développées en botanique. Il a été passionné par la nature. Il a développé plusieurs marques, et plusieurs produits avec des actifs végétaux. Il a été le seul à faire des études cliniques sur l’argan par exemple, en collaborant avec la fondation Mohamed VI, en l’occurrence sur la protection de l’arganier, des programmes de recherches, qui ont permis à « l’argan » au sens large, de se développer.
En fait, dès les années 70, Pierre Fabre a créé un concept interne, appelé « la phytofilière » pour préserver les ressources végétales, et ce en commençant à définir un actif végétal par une équipe de recherche et l’identification se fait à partir de littérature. Nous nous sommes concentrés sur la partie « peau ». Et c’est à partir de là que Pierre Fabre a repris les études pour les « scientifiser » quand on parle de connaissances uniquement littéraires et techniques.
Il a ajouté les études cliniques et a sécurisé pratiquement toute la filière d’approvisionnement de ces plantes. Cela veut dire que quand on a identifié une plante par exemple la Pervenche de Madagascar et qui est utilisée pour les anticancéreux chez nous.
En fait, sécuriser l’approvisionnement c’est produire localement. Les agriculteurs travaillent avec nous, ont un contrat dans lequel ils s’engagent à ne pas utiliser de pesticides. Ils s’engagent quand c’est nécessaire à ne pas arroser plus de deux fois par an. Il y a tout un cahier des charges qui nous permet de sécuriser déjà la plante.
Ensuite, il y a toute la méthodologie d’extraction, pour la faire courte, le but c’est de réduire au maximum les solvants qui sont utilisés, pour être le plus bio possible.
Ensuite, il y a la troisième étape qui est la production industrielle. La seule usine en France de produits cosmétiques qui produit elle même et ses produits cosmétiques et son énergie, c’est-à-dire quand on finit l’extraction de plantes, pour prendre le principe actif, tous les résidus de plantes (puisqu’on utilise une mare comme dans la vigne, etc) sont compostés et sont brûlés dans une chaudière avec une biomasse, ce qui permet de produire de l’énergie à l’usine. On est en espèce de boucle continue.

En matière de packaging, on parle de cosmétique stérile chez Pierre Fabre

M. Fabre a développé le concept de la cosmétique stérile. L’objectif de ce type de cosmétique est de limiter les conservateurs. Il y avait des conservateurs qui sont autorisés et d’autres non autorisés, les perturbateurs
endocriniens, les conditions de la commission européenne. Et puis après on s’est dit qu’on peut travailler dans les cosmétiques, comme on travaillait pour les médicaments.
À l’origine, il y avait des produits endostériles, pour les peaux très sensibles, les endostériles étaient utilisés parce qu’à l’époque on ne savait pas comment stabiliser les produits à gros volume. Donc, c’était à petites doses, qui n’étaient pas utilisées plus que la journée et puis vous avez de quoi couvrir le visage comme un écran.
Les grandes composantes sont aussi stériles.
En gros, on passe dans une formule stérile de sept à douze ingrédients. De ce point de vue, on n’a que l’essentiel. On stérilise la formule. Et donc il a fallu tout reformuler, stériliser et mettre le produit dans un packaging stérile.
Tout le long de l’utilisation, dans la partie spécialement conçue dans le capot du bouchon, il y a un système qui empêche l’air de rentrer, pour ne pas contaminer la formule.
C’est un concept que Pierre Fabre a inventé, et c’est aussi du développement durable, puisque cela permet d’utiliser moins de produits, de conserver les produits plus longtemps, etc.

« M. Fabre a développé le concept de la cosmétique stérile. »

Quelles sont les dernières innovations des laboratoires Pierre Fabre ?

Dans les innovations, il y a Xeracalm qui est assez emblématique, parce que ça a consisté à isoler dans l’eau thermale d’Avène un principe actif, et ce en partenariat avec une branche de l’INSERM, On a isolé en fait une particule dans l’eau qu’on a pu déposer officiellement et on a obtenu une molécule qui réduit l’atopie pour les enfants à 60% et c’est un score comparable au score d’un médicament dans un essai clinique.
C’est un bon exemple qu’on a développé, Xeracalm est aujourd’hui une référence, et c’est beaucoup prescrit par les médecins pour soigner l’atopie.
Pour la réparation cutanée, il y a eu le lancement chez A-Derma de l’Epithéliale AH DUO, qui a montré un taux de réparation cutanée phénoménal dans les brûlures.
A-Derma a été spécialisée sur l’atopie et a développé une gamme spéciale de protection solaire qu’on appelle « A-Derma protect » et qui vient d’être lancée en Tunisie.
En Tunisie, la gamme « Malascreen » est très utilisée pour les tâches pigmentaires et la protection solaire et on a lancé « Malascren photo aging », qui agit en plus en tant qu’anti-âge.

Propos recueillis par Saïma Ksibi

Commentaires

commentaires