Produits de protection solaire Un étiquetage à changer

Creme solaire

L’été, la plage, le soleil… Des millions de personnes se pressent vers les destinations ensoleillées pour passer leurs vacances d’été. Et ils sont des millions à se demander quel produit solaire choisir pour bien se protéger des méfaits du soleil. Or, les systèmes actuels d’étiquetage des produits de protection solaire laissent à désirer. Le problème tient essentiellement à l’existence des deux types de rayons ultraviolets dangereux pour l’organisme : d’une part les rayons UVB, responsables des coups de soleil, et d’autre part les UVA, qui provoquent un vieillissement cutané prématuré, perturbent le système immunitaire et constituent un important facteur de risque de cancer de la peau. Le facteur de protection solaire (SPF) n’indiquant que la protection contre le coup de soleil (rayons UVB), améliorer le système d’étiquetage de ces produits et faire en sorte que l’industrie concernée applique des règles simples, compréhensibles et uniformes d’étiquetage des produits solaires était devenu nécessaire.

Jaouida Ben Aouali

Conscients des effets nocifs du soleil notamment sur la peau, de son implication dans le vieillissement et face à l’augmentation des cancers cutanés, les consommateurs savent désormais que plusieurs précautions sont à prendre et qu’il est indispensable d’utiliser un produit de protection solaire. A cet effet, l’étiquetage des crèmes solaires n’étant pas homogène et chaque marque possédant sa gamme de produits aux degrés de protection allant de 6 à 60, voire plus, jusqu’à l’écran total, choisir une protection adéquate par rapport au temps d’exposition et au type de peau devient extrêmement difficile puisque chaque laboratoire utilise ses propres critères.

Depuis 2007, une nouvelle réglementation sur l’étiquetage des produits de protection solaire apporte plus de précisions aux consommateurs. Cette décision a fait suite à une recommandation de la Commission européenne en septembre 2006 et est le résultat de la réflexion menée par un groupe de travail placé sous l’égide de la commission de cosmétologie et incluant des experts dermatologues, des représentants des différentes directions de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS), d’autres administrations et des représentants des consommateurs.

Les rayons solaires et leurs effets

Les UVA ou rayonnements longs.

Constants et forts tout au long de l’année et à tout moment de la journée, moins puissants que les UVB mais en plus grande proportion, les UVA représentent 95 à 98 % des ultraviolets qui atteignent la surface de la terre. Pénétrant plus profondément dans la peau, 30 % d’entre eux touchent le derme et provoquent la formation des radicaux libres à l’origine de la détérioration des lipides, des protéines et de l’ADN cellulaire et de la destruction des fibres de collagène et d’élastine. Rides, taches brunâtres et même cancer sont autant d’expressions de l’endommagement et du vieillissement prématuré de la peau induits par ces rayonnements. Lente et cumulative, leur nocivité n’est pas toujours ressentie dans l’immédiat, sans compter les allergies solaires et les réactions photo-sensibilisantes. Les UVA sont à l’origine du bronzage rapide.

Les UVB ou rayonnements moyens.

Représentant 2 à 5 % des rayonnements qui atteignent la surface de la terre, plus courts mais aussi plus puissants que les UVA et s’intensifiant en été, à haute altitude et près de l’équateur, les UVB sont quasi-complètement absorbés par l’atmosphère terrestre. Leur pénétration dans l’organisme étant limitée à l’épiderme, ils agissent essentiellement au niveau des couches externes de la peau et sont la cause principale des coups de soleil, du photo-vieillissement et des cancers cutanés. Bien que seulement 10 % d’entre eux pénètrent dans la couche la plus profonde de l’épiderme, ils sont capables d’endommager l’ADN cellulaire et de modifier le message génétique. En outre, ils agressent le système immunitaire et peuvent être responsables de la cataracte.

Bien que représentant une faible partie du rayonnement solaire, les ultraviolets ont des effets néfastes très importants sur la santé. Ils stimulent des photosensibilisateurs endogènes, comme la porphyrine ou la flavine, qui peuvent mener à l’activation de l’oxygène moléculaire et à la production de radicaux libres tels que les anions superoxydes (O2-), les radicaux hydroxyles (OH.) et alcoxyles (RO.), ou le peroxyde d’hydrogène(H2O2). L’énergie que ces rayons véhiculent suffit à rompre les liaisons chimiques carbone-carbone, carbone-hydrogène et carbone-oxygène, ces éléments chimiques à la base de l’ensemble des tissus biologiques, des composés organiques et polymères. C’est dire les multiples dégâts que les UV peuvent engendrer dans l’organisme.

Les produits de protection solaire

Les produits antisolaires doivent avoir une couverture spectrale maximale, soit présenter une efficacité tant à l’égard des UVB que des UVA. Tous les constituants de la formule, dont les molécules absorbantes des rayons UV, ne doivent ni se dégrader ni se modifier sous l’action de ces rayons et ce, afin de ne pas entrainer la chute de l’indice de protection ou la modification du spectre d’absorption entrainant la formation de photoproduits susceptibles de toxicité. On parle alors de photostabilité. Par ailleurs, le choix du sens de l’émulsion, celui de l’émulsionnant, la nature de la phase grasse et l’ajout d’agents filmogènes sont déterminants pour la résistance à l’eau et à la transpiration.

Devant pénétrer et se fixer à la couche cornée sans s’infiltrer dans les tissus vivants, les produits de protection solaire doivent répondre aux exigences toxicologiques, c’est-à-dire ne pas présenter de toxicité aiguë ou chronique ni de pouvoir mutagène et cancérigène. Il faut également éviter d’y incorporer des substances photosensibilisantes comme les parfums pour une bonne tolérance par la peau et les muqueuses. Enfin leur fluidité doit correspondre à l’application, ceux-ci devant former un film continu et homogène sur la peau.

Crèmes, laits, huiles, gels, sticks, sprays, lingettes… se présentant sous différentes formes, les filtres solaires sont capables de réduire les effets délétères des rayons UV par absorption, réflexion ou diffusion. Leur efficacité est déterminée par une vaste gamme d’absorption et un excellent pouvoir absorbant des rayons UV. La plupart d’entre eux comptent actuellement deux ou trois absorbants et sont en mesure de bloquer un taux plus élevé et une large gamme de longueurs d’ondes.

Le facteur de protection solaire (FPS ou SPF)

Indiquant le taux de protection anti-UVB octroyé par le produit, le facteur de protection solaire est une mesure de l’efficacité des photoprotecteurs qu’il contient quant aux effets à court terme des rayonnements UV. Il indique aussi la durée pendant laquelle l’exposition au soleil sans brûlure est possible par rapport à celle sans protection. Plus l’indice est élevé, meilleure est la protection.

Plusieurs facteurs sont à prendre en compte pour déterminer l’efficacité d’un écran solaire. Ainsi,

− les caractéristiques de la personne, telles que l’âge, le type de peau, sa teneur en mélanine et le degré de bronzage pré-acquis, sa température, le niveau d’hydratation, la transpiration, la partie exposée du corps et l’épaisseur de la peau

− les conditions environnementales comme l’intensité des UV, la température de l’air et son degré d’humidité, le moment de la journée et de l’année, le lieu d’exposition, le degré de couverture nuageuse, le niveau d’ozone ou l’intensité de réflexion de la lumière

− la qualité de l’écran solaire, s’il est waterproof ou non, la quantité appliquée, la fréquence d’application ou le spectre de l’écran

Nouvelles mesures pour plus de transparence et de conformité

La Commission européenne avait déjà établi une liste de conditions devant être respectées par tout établissement de fabrication, de conditionnement et d’importation de produits cosmétiques, dont les produits de protection solaire, le code de santé précisant les mentions obligatoires, lisibles, compréhensives et indélébiles, suivantes concernant leur étiquetage : nom ou raison sociale et adresse du fabricant, contenu nominal au moment du conditionnement, date de validité minimale, précautions particulières d’emploi, numéro de lot de fabrication, fonction du produit, liste des ingrédients dans l’ordre décroissant de leur importance pondérale au moment de leur incorporation.

Cependant, face à une prise de conscience de la grave nocivité des rayonnements solaires sur la santé et au manque de clarté de l’étiquetage des produits de protection solaire, l’Afssaps constitue, en 2003, un groupe de réflexion chargé de plancher sur la question. Rendu public en janvier 2006, le rapport de synthèse a servi de base à l’élaboration de recommandations, elles même ayant été à la source de lignes directrices européennes.

Visant à inciter les industriels à améliorer la qualité des produits mis sur le marché et à faire modifier leur étiquetage en vue d’harmoniser la communication des fabricants, de simplifier la comparaison entre produits et de faciliter le choix du consommateur, ces recommandations contribueront à l’intégration des progrès scientifiques sur les risques liés à l’exposition au soleil.

Ainsi, un produit de protection solaire doit garantir un minimum de protection contre les rayons UVB et UVA et tenir compte de la photodégradation, le degré minimum de protection UVB étant de 6 et celui contre les UVA étant le 1/3 du SPF, avec une longueur d’onde critique de 370 nm. Il doit aussi comporter un étiquetage en harmonie avec les allégations, les précautions d’emploi et les instructions d’utilisation.

Allégations

Les produits de protection solaire ne pouvant garantir une protection totale contre les UV, ils ne doivent en aucun cas porter la mention « écran total » ou « protection totale ». La non nécessité de renouveler l’application du produit n’est pas réaliste et la phrase « prévention durant toute la journée » ne doit pas figurer lors de l’étiquetage. La protection UVB et UVA ne peut être évoquée que si la protection est supérieure ou égale aux niveaux indiqués précédemment. L’efficacité des produits solaires doit se faire par catégories, chacune d’entre elles correspondant à un niveau défini de protection contre les UVA et les UVB, à savoir « Faible protection » (6 à 10), « Protection moyenne » (15 à 25), « Haute protection » (30 à 50) et « Très haute protection » (50 à 60).

Précautions d’emploi

Les produits de protection solaire doivent faire mention des précautions à prendre en plus de leur utilisation et ce, sous forme d’avertissements contre les expositions prolongées ou les risques d’exposition directe des bébés et jeunes enfants au soleil, etc.

Instructions d’utilisation

Les étiquettes des produits antisolaires doivent conseiller l’application avant exposition ou le renouvellement fréquent de l’application. Elles doivent aussi indiquer la nécessité d’en appliquer en quantités suffisantes sur la peau.

L’Afssaps recommande, en outre, de délivrer au consommateur un guide lui permettant, lors de l’achat, de choisir son produit solaire de façon adaptée à son type de peau et au temps d’ensoleillement, le changement d’étiquetage ne suffisant pas, à lui seul, à garantir une bonne protection contre les effets négatifs du rayonnement solaire.

Intégrer, à long terme, les recommandations de la Commission européenne à des dispositions plus contraignantes réglementant la mise sur le marché d’un tel produit ne peut qu’être bienvenu, dans l’intérêt de la Santé publique.

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