Les produits solaires en pharmacie

produits solaires

De plus en plus de personnes boudent les achats de protection solaire en supermarchés.

Les beaux jours reviennent. Les vacances se profilent et les achats de crème solaire sont envisagés. Les lotions de protection sont mises en évidence dans les pharmacies, parapharmacies et dans les hypermarchés.

Jaouida Ben Aouali

L’an dernier, le marché du dermo-cosmétique a progressé dans les officines. Désormais, il est de plus en plus courant d’aller acheter sa crème solaire et le soin hydratant en pharmacie.

De manière générale, on constate un engouement pour les dermo-cosmétiques achetés en pharmacie. Même si le domaine du mass market (et donc les supermarchés et hypermarchés) reste majoritaire (74 % des achats dermo-cosmétiques), les achats en pharmacie progressent. En juin 2015, on constatait une progression de 3,2 % en termes financiers dans la vente de produits dermo-cosmétiques. En termes d’unités, une augmentation des ventes de 1,4 % est remarquée.

Accueil et conseil du pharmacien

Les crèmes solaires, par exemple, font partie de ces achats effectués en pharmacie. La raison ? Les conseils d’un professionnel. « On a toujours bien vendu les produits solaires en pharmacie, mais c’est vrai que les clients viennent de plus en plus en acheter en pharmacie », constate-t-on dans l’une des pharmacies de la capitale. « La raison est simple : les clients viennent pour effectuer des achats et nous poser des questions. Ils veulent avoir des conseils en fonction de leur type de peau, de leur lieu de vacances… ».

Même son de cloche dans une officine de la région du Cap Bon : « Aujourd’hui, les personnes, surtout les mères de famille, veulent avoir un conseil personnalisé pour elles et pour leurs enfants. Elles posent beaucoup de questions sur l’indice de protection solaire et les textures, alors qu’en magasin, il est parfois difficile de faire un choix ».

Il est en effet préférable d’acheter les crèmes en pharmacie. Pour assurer une meilleure protection au client, il est important de fournir de petites astuces et d’aiguiller vers un meilleur choix.

Lutte pour les agréments en pharmacie

Entre les cadors des officines, c’est à qui paraîtra le plus sérieux. «Le match commence dans les cabinets des dermatologues, raconte Claire Iacona, chez le panéliste IMS Health. Une part importante des achats de crèmes en pharmacie est prescrite par un médecin.» Les blouses blanches voient défiler les visiteurs médicaux des grands labos tous les trois mois et papotent protection UV dès avril. Les labos font ensuite la tournée des 1.586 officines tunisiennes. Soyons clairs, les conditions commerciales jouent dans le référencement des marques : des rabais sur les prix, des plans promo (un hydratant offert pour un solaire acheté) ou encore des achats de vitrine (le fabricant paie pour y exposer ses gammes) facilitent le dialogue. Mais les marques doivent aussi montrer patte blanche avec des produits distincts des supermarchés. « Car nos clients viennent pour leurs enfants ou parce qu’ils ont des peaux sensibles, précise un officinal. La preuve, les crèmes les plus achetées sont les indices très élevés ».

Le sérieux n’empêchant pas le marketing, les marques travaillent savamment leurs packagings. Et l’un de mettre en avant son eau thermale, l’autre son laboratoire dermatologique…

La segmentation des solaires

Dans la jungle des produits solaires, les marques multiplient les cibles avec des concepts de plus en plus techniques et à grand renfort de nouveautés, les marques cherchent à séduire de nouveau les consommateurs, tout en restant mesurées sur leurs actions marketing. De fait, après les efforts sur les textures et les formes galéniques (spray, mousse…), les acteurs du marché continuent de creuser le sillon des innovations avec des produits de plus en plus ciblés, voire personnalisés : enfants, peaux claires, peaux mates, sportifs, femmes actives, hommes… C’est un achat à court terme, souvent de dernière minute, et les marques ont réussi à faire passer le message aux consommateurs de ne pas conserver une crème d’une année sur l’autre. Il devient plus évident de proposer un produit pour chaque type d’activité.

Les marques vendues en pharmacie, le circuit qui a connu la plus forte croissance l’an dernier, ont tendance à jouer sur leur image santé et technique pour multiplier les cibles spécifiques.

Recommandation solaire personnalisée

Depuis peu de temps, un outil d’aide à la détermination du produit solaire adapté est disponible dans certaines pharmacies européennes notamment en Allemagne et en Espagne. Cet outil permet d’orienter le consommateur vers une recommandation de produits solaires personnalisée. En premier lieu, le consommateur répond à une série de questions concernant son lieu de destination, la période de l’année, ses habitudes d’exposition solaire, son type de peau, etc. Une caméra permet ensuite de capturer une image de la peau à trois endroits : la joue, le cou et l’intérieur du poignet. Ces images sont ensuite analysées par spectrométrie et le logiciel fait une moyenne des 3 spectres pour définir le phototype de la personne. Enfin, le logiciel fait la synthèse de l’ensemble de ces données pour établir une recommandation précise des produits de protection solaire que le consommateur doit utiliser pour une protection optimale. Ceci lui permet de savoir quels indices utiliser la première semaine d’exposition et ceux à utiliser les semaines suivantes. Le pharmacien peut ensuite l’orienter vers les produits correspondants. On pourrait donc envisager une implémentation de ce type d’outil au sein des pharmacies en Tunisie, répondant ainsi au besoin des consommateurs et aidant le pharmacien à proposer une recommandation personnalisée et adaptée en termes de protection solaire.

Les différents produits solaires

1. Les produits solaires conventionnels

Les produits solaires conventionnels peuvent contenir divers filtres minéraux et organiques en association à condition qu’ils fassent partie de la liste des 26 produits autorisés en Europe. L’usage des filtres étant réglementé, il existe pour chacun une concentration maximale d’emploi qui doit être respectée. Les diverses associations de filtres présentes dans les formulations permettent une efficacité optimale vis-à-vis des rayons UVB et UVA.

2. Les produits solaires minéraux et bio

Les produits solaires minéraux et bios ne contiennent dans leur formulation que des filtres minéraux, soit uniquement de l’oxyde de zinc et/ou du dioxyde de titane.

Concernant les produits bio, on trouve également dans leur composition des huiles et autres composants végétaux présentés comme possédant une action filtrante.

Les produits d’appellation « bio » doivent également répondre à une charte précise dont le label peut être délivré par divers organismes parmi lesquels Cosmebio et Ecocert.

La dangerosité potentielle des produits solaires

1. Le risque allergique

• L’octocrylène. Récemment, plusieurs études ont montré le risque allergique important lié à l’utilisation d’octocrylène. Une étude a mis en évidence l’implication de ce filtre dans des dermatites de contact photoallergiques chez plusieurs patients suite à l’application d’un produit de protection solaire. De plus, une allergie associée avec le kétoprofène a également été démontrée. L’octocrylène étant l’un des allergènes majeurs que l’on peut retrouver au sein d’un produit de protection solaire et l’allergie croisée entre ce produit et le kétoprofène semblant évidente, il est donc plus prudent de conseiller aux personnes ayant déjà présenté une photoallergie lors de l’application d’un produit de protection solaire ou de kétoprofène d’utiliser des produits de protection solaire sans octocrylène.

• Les benzophénones. La benzophénone-3 est une molécule allergisante et sa présence dans une formulation doit être mentionnée clairement sur l’emballage lorsque sa concentration est supérieure à 0,5 %. De façon générale les benzophénones sont des filtres organiques relativement allergisants, il est donc préférable de déconseiller les produits solaires les contenant pour les patients avec des antécédents de photoallergies de contact.

• Les cinnamates. Ces filtres sont associés à des effets indésirables de type allergique. Il faut noter une sensibilité croisée avec des molécules de la même famille présentes dans l’huile essentielle de cannelle ou le baume du Pérou.

2. L’effet œstrogénique

• Les dérivés du benzylidène camphre. Une étude réalisée sur le 3-benzylidène camphre et le 4-méthylbenzylidène camphre ayant permis de comparer l’activité œstrogénique de ces deux filtres organiques avec le 17-β œstradiol a démontré que l’effet œstrogénique des dérivés du benzylidène camphre est négligeable sur l’organisme et ne peut en aucun cas être responsable d’effets indésirables sur les individus. Néanmoins, l’utilisation du 3-benzylidène camphre a été interdite en France du fait de son effet œstrogénique.

Les benzophénones. Une étude ayant permis de comparer l’activité œstrogénique de la benzophénone-3 avec le 17-β œstradiol a montré que celle-ci a une activité œstrogénique 4 millions de fois inférieure à celle du17-β œstradiol. Ce qui signifie que le risque de cancer induit par ce filtre organique est négligeable et que son utilisation ne présente pas de réel danger.

3. Les modifications génétiques et le risque cancéreux

• L’oxyde de zinc et le dioxyde de titane. L’oxyde de zinc et le dioxyde de titane sont présents dans la plupart des produits de protection solaire sous forme de nanoparticules, ce qui permet d’améliorer leur efficacité. Même si ces deux filtres peuvent subir des réactions photochimiques susceptibles de provoquer des dégâts sur l’ADN ou l’ARN ou altérer l’hémostasie cellulaire, avec un effet photoclastogène sous l’action des radiations ultraviolettes induisant des aberrations chromosomiques, un revêtement à base d’oxyde de silicium (SiO2) ou de diméthicone permet toutefois de stabiliser les particules micronisées. D’autant que ces nanoparticules ne pénètrent pas dans la peau et ne peuvent donc pas interagir avec les cellules nucléées situées au niveau de la couche épidermique la plus profonde. Il semble donc évident que l’utilisation des filtres minéraux au sein des produits de protection solaire ne présente qu’un risque négligeable pour la santé face au danger bien réel que représentent les rayons ultraviolets.

• Les benzophénones. La benzophénone-3 est un filtre très stable en milieu apolaire grâce à une liaison hydrogène forte qui la maintient dans sa conformation la plus efficace. En milieu polaire elle présente un risque d’instabilité. Sa conformation est différente, elle peut agir comme un catalyseur et induire des réactions de photo-décomposition.

Pour ce qui est de l’oxybenzone, elle peut être très rapidement oxydée sous l’effet des UV, conduisant à la formation de sémiquinones qui vont agir avec les fonctions thiolates des molécules présentes dans les cellules épidermiques. Cette réaction aboutit à la formation de complexes R-SH. Sous cette forme, les systèmes antioxydants de défense de l’épiderme ne sont plus actifs. Cette molécule, en particulier chez les individus de phototypes I et II, présente le risque potentiel de rendre la peau plus sensible aux espèces réactives de l’oxygène.

• L’intoxication par les salicylées. Le risque d’intoxication salicylée suite à l’usage de produits contenant des filtres de cette famille a été évoqué mais le passage de l’octylsalicylate au travers d’un fragment de peau humaine évalué in vitro est minime.

En conclusion

Les produits de protection solaire bio et minéraux ne sont pas suffisamment efficaces pour protéger des rayonnements ultraviolets du soleil, leur effet protecteur étant limité et ne dépassant pas un SPF de 30 malgré des étiquetages 50+. Ces résultats sont inquiétants lorsque l’on sait que ces produits sont souvent conseillés aux enfants, aux femmes enceintes et aux personnes souffrant d’hypersensibilité cutanée. Sachant que ces catégories de populations doivent être particulièrement vigilantes quant aux effets néfastes du soleil il conviendrait de mettre fin à cette situation.

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