Quand la transparence s’invite en officine

Design en transparence pour les officines

Déjà présent en architecture et dans certains mobiliers, le concept de transparence se concrétise petit à petit dans l’agencement des pharmacies. Tour d’horizon des différentes pratiques…

La transparence fait entrer la lumière dans l’espace. Elle prône l’ouverture, permet une perméabilité du regard. » Pour Hubert Linder, responsable design produit chez Mobil M, filiale du groupe Coupechoux spécialisée dans l’agencement et le design de pharmacies, la notion de transparence a toute sa place en pharmacie. « Dans l’univers de la santé – pharmacies mais aussi cabinets dentaires, opticiens, cliniques vétérinaires… –, la transparence apporte une lisibilité, une clarté de l’espace et transforme la perception du consommateur avec l’objet. »

Ce n’est donc pas par hasard si, depuis quarante ans, Mobil M développe un savoir-faire avant-gardiste dans l’agencement de pharmacies. De la vitrine au comptoir, en passant par les linéaires, la société propose une gamme de mobilier perméable à la lumière.

 

La frontière entre la rue et le monde officinal est tombée

 

Concept dans l’air du temps, la transparence en officine ne s’est pourtant pas faite en un jour. Jusqu’à la fin des années 1970, la pharmacie était synonyme de confidentialité. Le secret des poisons était maintenu à l’écart des patients et les connaissances médicales étaient jalousement gardées. La vitrine opaque recouverte par une multitude d’informations (heures d’ouverture, spécialités de l’officine, coordonnées de la pharmacie de garde…) empêchait de distinguer ce qui se passait à l’intérieur. Les années 1980 ont marqué un tournant, avec l’influence de la grande distribution. Pressée par les attaques répétées de Leclerc, la profession n’a eu d’autre choix que de communiquer, informer. Finies l’opacité et la confidentialité, place à l’ouverture. La vitrine désormais dégagée donne à voir l’ambiance qui règne dans la pharmacie. Elle n’est plus la frontière entre la rue et le monde officinal. Elle touche le patient comme une « invitation à entrer ».

« A l’intérieur de l’officine, les choses bougent également, observe Serge Simounet, directeur associé de Fahrenberger, société pionnière dans l’agencement de pharmacies. En s’inspirant des concepts de la grande distribution, les pharmaciens ont opté pour des linéaires moins hauts et moins opaques. Le support doit se faire oublier. Le regard du consommateur doit passer au travers. Seule compte au final la valorisation du produit ». Les lignes de meubles sont épurées. Les étagères sont vidées de leur fond pour gagner de la profondeur. L’éclairage met en exergue une perspective, une ligne de fuite. « Il y a eu une révolution dans le traitement de l’espace, confirme Hubert Linder. La gamme de mobilier historique a été retravaillée en tenant compte du concept de transparence. Les agenceurs ont réussi à convaincre les pharmaciens que la transparence produisait un écrin autour du contenu. »

 

Au-delà de cette transformation architecturale, un changement s’opère au niveau des comportements. Pour Hubert Linder, « la transparence donne l’image d’un professionnel qui ne se cache pas, qui dévoile son métier. Dans le cas du pharmacien, qui délivre des conseils toute la journée derrière son comptoir, la transparence est tout à fait légitime, pour ne pas dire indispensable. »

 

Une réflexion sur les matériaux

et la lumière est indispensable

 

Facilité de mise en œuvre, légèreté, esthétisme, robustesse, possibilité de recyclage : en fonction de l’usage recherché, plusieurs matériaux peuvent être proposés pour accentuer la transparence en pharmacie.

Matériau noble par excellence, le verre a la particularité de conserver sa qualité dans le temps. Mobil M a ainsi élaboré la gamme MK3 qui se caractérise par la forme élaborée de ses tablettes, son socle affirmé, la texture de son revêtement et par ses parois d’extrémité en verre. A la clé, une nouvelle perception de l’officine, plus structurée et plus lisible pour les clients. Fahrenberger, de son côté, conçoit régulièrement des meubles dont le corps central est en matériaux opaques. Les ailes, destinées à la délivrance, sont suspendues, aériennes, pour laisser passer le regard du client. Autre alternative : le verre dépoli à l’acide produit une apparence satinée et translucide qui masque la vue tout en laissant passer la lumière. Enfin, le polyméthacrylate de méthyle, plus connu sous son nom commercial de Plexiglas, peut être utilisé en pharmacie. Attention toutefois à sa résistance qui est de moins longue durée.

Au-delà du choix des matériaux, les luminaires jouent une place prépondérante dans l’ambiance de votre pharmacie. « Lumière et transparence sont intrinsèquement liées, confirme Serge Simounet. L’adage ‘‘C’est souvent la première impression qui compte’’ se vérifie en officine. Pour permettre aux pharmaciens de donner à leurs clients une bonne impression de leur officine, nous avons lancé, il y a quelques années, les ‘‘atmospharms’’, des ambiances lumineuses et sensorielles pour distinguer les différentes zones d’une pharmacie – cosmétique, bio, espace bébé… Ces ambiances valorisent l’espace et subliment les mobiliers. »

 

Les pharmacies françaises ont un train de retard en Europe

 

On le voit, le concept de transparence a fait son nid en pharmacie. « Le pharmacien a des idées pour agencer son officine, reconnaît Serge Simounet. Le problème c’est qu’il ne sait pas toujours comment les mettre en forme. Avec la transparence, il a l’impression qu’il peut tout se permettre. D’où le rôle de l’agenceur pour apporter une certaine cohérence au projet. » Si les pharmaciens, dans leur ensemble, sont plutôt favorables à ce concept et en perçoivent les avantages, certaines parties de l’officine demeurent mystérieusement opaques au client. C’est le cas du préparatoire ou du laboratoire de préparation des doses à administrer. Alors que chez nos voisins européens, cet espace fait parfois partie du parcours du consommateur au sein de l’officine, en France il reste quasi confidentiel, à l’abri des regards.

« Le réagencement s’arrête aux portes du laboratoire, confirme, fataliste, Hubert Linder. Le pharmacien français n’ose pas assez, il fait le strict minimum dans cette zone comme s’il avait peur d’aller à l’encontre du cadre réglementaire. »

Comment expliquer cette timidité ? Un élément de réponse se trouve dans le coût d’un tel réagencement. « Ce parti-pris architectural peut représenter un investissement financier très lourd, reconnaît Hubert Linder. Ce qui explique que plusieurs pharmaciens peuvent être réticents à se lancer dans de tels projets. Pourtant, que ce soit en Suisse, en Belgique, en Italie ou aux Pays-Bas, les pharmacies qui ont fait le pari de la transparence ne regrettent rien. Elle apporte un confort de travail et transforme la relation pharmacien-patient. Le retour sur investissement est payant. » A bon entendeur…

Olivier Valcke

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