La grogne continue en Tunisie.

Partis et syndicats ont appelé à manifester à l’occasion du septième anniversaire de la révolution, après une vague de troubles sociaux marqués par les mêmes slogans qu’en 2011 : « travail, liberté, dignité ». Le mois de janvier est traditionnellement caractérisé par une mobilisation sociale dans le pays depuis 2011. Le contexte est particulièrement tendu cette année à l’approche des élections municipales de l’après-révolution, plusieurs fois reportées et prévues en mai, et suite à l’application de la Loi de Finances 2018, votée le 10 décembre 2017.
Si la Tunisie est parvenue jusque là à faire avancer sa transition démocratique, elle reste engluée dans la morosité économique et sociale. Le mécontentement est alimenté par un chômage persistant chez les jeunes (plus de 30 %) et des hausses d’impôts grignotant un pouvoir d’achat déjà éprouvé par l’inflation (plus de 6 % fin 2017). Baromètre de la santé économique d’un pays, la classe moyenne tunisienne s’appauvrit et la société, confiante au début dans la transition politique, exprime un ras-le-bol général face à cette dégradation.
En dépit d’un certain essoufflement, l’on est quand même loin de la fin du mouvement, dans la mesure où les conditions qui ont poussé la jeunesse dans la rue sont toujours là. Le prix à payer de la révolution est très lourd sur le plan économique puisque le pays est l’otage de l’influence de plusieurs Etats et que le voisinage de la Libye ne facilite pas une transition douce.
En termes de transition politique, notre révolution est un modèle… mais elle ne remplit pas les assiettes.

Jaouida Ben Aouali