Pharmacie de nuit à Hammamet

22h30, Douha Drisse Bouzid nous accueille dans sa pharmacie de nuit à Yasmine Hammamet. Véritable femme d’action, elle dégage une puissante sérénité. Elle est ce que l’on appelle une force tranquille. Dhouha est foncièrement passionné par son métier. Elle a beaucoup de qualités humaines. Il en faut beaucoup ! La patience, le sang froid, la disponibilité, l’écoute, l’empathie, un côté rassurant…

Kamel Bouaouina

“Après avoir quitté le lycée, la pharmacie  suscitait ma curiosité” se souvient-elle. J’étais toujours dans ce domaine de la science que j’aime tant, j’avais la possibilité d’aider les gens, d’être en contact avec des patients, alors je me suis dis pourquoi ne pas l’essayer ». Dhouha  décide de faire des études pharmaceutiques à Monastir. Elle  obtient son diplôme. Après avoir exercé chez un grossiste, elle décide de monter en 1999 sa propre officine  de nuit à Bouficha. A force de travail et de détermination, Douha s’est construit une belle vie professionnelle.  Passionnée par son métier, elle espère encore évoluer. En 2005, elle se décide de s’installer à Yasmine Hammamet où elle ouvre son officine de nuit.

Il est vrai qu’à l’époque l’activité touristique battait son plein. Les hôtels poussaient comme des champignons et le commerce marchait. « Il fallait foncer et ne pas reculer. » avoue-t-elle. « Mais ce n’est pas facile car le travail de la nuit diffère du jour. Il faut mobiliser et impliquer les techniciens et les préparateurs. C’est encore plus compliqué lorsqu’on a à faire à des jeunes filles qui parfois ne veulent pas passer toute leur nuit à l’officine. Mais trouver un préparateur est une tache encore plus ardue. Jusqu’à aujourd’hui, il est rare de trouver ces professionnels de la nuit sur le marché. Mais dit-elle, elle n’a pas de choix. Elle doit composer avec le staff actuel de son officine qui se donne vraiment à fond.

Le contact privilégié avec les patients

Dhouha aime son métier. Elle n’a pas le temps de s’ennuyer. Elle fait un peu de tout. « Avec mon personnel, toujours présent avec moi dans l’officine, j’assure les premiers secours tout en faisant preuve d’une patience d’ange vis-à-vis des patients, des familles souvent inquiètes. Mon rôle souligne-t-elle est important non seulement par la dispensation du médicament et des produits de santé, mais aussi dans le domaine de la prévention, du conseil et de la formation des patients au bon usage du médicament. Le pharmacien a des contacts privilégiés avec les patients. En officine, j’ai  pour responsabilité de guider mon équipe, de veiller au bon fonctionnement de ma société, notamment sur le plan financier. Je dois   également pouvoir conseiller les clients malades ou en quête de produits paramédicaux.  Pour une  pharmacienne de  nuit,  travailler dans une pharmacie c’est aussi devoir assurer ponctuellement des gardes de nuits ou de week-ends pour pouvoir répondre aux urgences médicales de la station   et des environs. Au-delà de délivrer des médicaments,  je m’occupe du rangement des commandes, d’actualiser les produits pharmaceutiques, de la vente  et des aspects administratifs  et comptables de l’officine. Mais être pharmacien, c’est avant tout être proche de ses clients  et aimer le contact. Il s’agit, entre autres de conseiller et d’être à l’écoute de la clientèle surtout la nuit  pour les rassurer et répondre aux divers besoins. Les difficultés  de nos concitoyens, souhaitant se procurer des médicaments, s’accentuent à partir de 20h00, l’heure de la fermeture habituelle des officines de jour. C’est encore plus compliqué, en hiver, les week-ends, les fêtes nationales et religieuses. Il faut faire preuve d’amabilité, et de serviabilité. L’objectif consiste à avoir des clients satisfaits. Bref c’est un métier vraiment passionnant si on s’emploie à aider et conseiller la clientèle. Le contact humain est très enrichissant si on s’investit pour aider les autres. Cependant, c’est un métier contraignant dans lequel il faut toujours donner de sa personne, se rendre disponible, notamment quand il y a des gardes. Il faut constamment être à la disposition des autres même si ce ne sont pas des situations d’urgence. »

Seul maître à bord

La nuit, avoue Dhouha, on a l’impression que tout nous appartient. La nuit, c’est nous qui la gérons. Quoi de plus séduisant que de se sentir le seul maître à bord ? « Je me sens comme l’ange gardien des personnes qui dorment », ajoute-t-elle. Privilège d’appartenir à un monde à part, travailler la nuit peut procurer un sentiment de puissance. Et surtout, le calme de ses nuits de travail, loin de la cohue qui peut régner le jour. Travailler la nuit, c’est échapper au brouhaha quotidien, aux coups de téléphone incessants, aux embouteillages… En un mot, à l’agitation du jour. La nuit, il y a moins de stress, c’est presque reposant. L’avantage au travail, c’est qu’il n’y a personne qui passe derrière toi pour te dire quoi faire ou comment le faire. La nuit rend plus autonome, plus responsable. Il faut savoir rentabiliser son activité si on désire progresser. Pour cela, il est aussi nécessaire d’avoir une bonne équipe pour se faire aider et gérer son temps la nuit le plus intelligemment possible ».

Une officine dans une station balnéaire

Le pouvoir d’achat en berne des vacanciers pèse t-il sur leurs achats ? « Les clients font attention à leurs dépenses et évitent les à-côtés », remarque Dhouha.  Les gens consomment moins de médicaments, ils prennent moins d’huiles de bronzage, de crèmes pour le corps et le visage, de nettoyants, d’hydratants, d’anti-âge, de solaires. Ce qui se ressent sur notre chiffre d’affaires et nos recettes surtout en hiver.» Mais   Dhouha   affiche un bon  moral malgré la conjoncture.  « J’arrive à m’en sortir et gagner ma vie. » dit-elle.  Finalement, recommanderiez-vous à vos enfants de s’inscrire en Faculté de pharmacie ? « Mes deux enfants Molka et Amir auront bien évidemment le libre choix de la profession qui leur plaira, mais Molka  s’intéresse à la pharmacie, je ne la découragerai en aucun cas. La pharmacie est un beau métier pour celui qui aime les sciences et les relations humaines »